| Page 1 |
Médiocrité
ou Sainteté
Mahanaïm
Gaston Racine
ITINÉRAIRE SPIRITUEL
Gaston Racine, prédicateur évangélique, conférencier et
écrivain.
Né en Suisse dans le canton de Neuchâtel en 1917. De famille
huguenote, il fut élevé dans un milieu très pieux, appartenant à une
communauté issue du Réveil spirituel qui secoua une partie du
protestantisme au dixneuvième siècle.
Converti au Christ en 1931, hors de son contexte familial.
Arrêté en pleine jeunesse par la maladie, il dut apprendre durant
de longues années, à I' Ecole de la souffrance, à renoncer à ses plans
et à ses projets les plus chers, pour se soumettre simplement à la
volonté divine.
Appelé au service de Dieu en 1936, lors de sa convalescence en
Italie. Chapitre de sa vocation personnelle: Jérémie, chapitre 1, ver-
sets 4-10.
Exerce depuis 35 ans un ministère évangélique dans dès
communautés diverses, dans des camps de jeunesse et dans des
salles populaires en différents continents. A une prédilection pour le
pays d'Israël et ses voisins arabes.
Dès 1947, ne dépend d'aucune église particulière.
Habite Montréal depuis 1962. Tout en restant foncièrement
attaché à la Bible et sans sombrer dans un syncrétisme religieux, G.
R. reste disponible pour témoigner de sa foi aux croyants et aux non-
croyants de tous les milieux, catholiques, orthodoxes, protestants,
juifs, musulmans, bouddhistes, hindouistes, rationalistes et
marxistes.
C'est dans ce but qu'il a commencé avec sa femme, le Dr Eva C.
Racine-Arendt, M. D., les camps « Mahanaim» destinés aux jeunes
gens et jeunes filles de 18 à 30 ans.
Témoigner de l'importance de ce livre, c'est pour moi dire à son
futur lecteur qu'ayant découvert devant Dieu mon état de «
médiocrité» et sa signification profonde, le péché », c'est-à- dire ce
qui m'empêchait de bénéficier de la communion avec mon Créateur,
qu'ayant cru ce que Dieu disait de moi et de son Fils par Sa Parole,
j'ai découvert « d'un même mouvement l'amour de son Coeur,
l'efficacité et la totalité de son pardon ». Témoigner de l'efficacité de
la PAROLE prêchée et rappelée dans ce livre, c'est pour moi dire à
celui qui en prendra connaissance, qu'elle a changé ma vie.
Les saints » ? Comme le souligne l' auteur en accord avec toute
la révélation biblique, ils ne sont rien d'autre que ces pécheurs qui
ont accepté la grâce de Dieu. Ils sont saints, oui, mais par Celui qui
habite en eux, par la Vie du Cep qui coule dans les sarments ». Et ce
Jésus qui disait à ses disciples, Moi je suis le vrai cep et vous êtes
les sarments », veut habiter chez tous les hommes, toutes les
femmes, tous les enfants de cette terre. Encore faut-il qu'ayant
rencontré JésusChrist, ils lui aient ouvert la porte de leur coeur, afin
qu'Il fasse Sa demeure en eux. C'est ce que j'ai fait ce soir d'avril
1954, alors que le monde christianisé se préparait à se souvenir du
Crucifié du Golgotha par qui tout fut, non seulement possible, mais
déjà accompli ». C'était pour moi l'heure de Dieu. Si cet ouvrage,
comme on dit d'ordinaire, « vient à son heure», eh bien ! que ce soit
pour vous lecteur, l'heure de Dieu, qui enfin sonne ou re-sonne »
dans votre vie.
J.-B. Racine (voir préface page 11).
DU MÊME AUTEUR :
Un message de Dieu aux veuves, 2e édition 1938
Opinions ou Convictions? La Foi, (épuisé)
1943
Révolté, Résigné, Vainqueur?, 3e édition
1946
L'Unité du Corps du Christ, 2e édition
1948
Jésus revient !... Es-tu prêt ?..., 3e édition
1951
Le vrai visage de l'Affliction
1952
Ê tre Chrétien, 2e édition
1957
Les leçons de Marie, Mère de Jésus
1957
Le Christ Inconnu
1958
Donnez gloire à votre Dieu
1961
Textes abrégés de Conférences :
1956
Dieu est-il responsable du péché?
L'Athéisme pratique
Croyance ou Foi
Connaissance ou obéissance
Que pensez-vous du Christ?
Peut-on naître de nouveau?
L'homme face à la soufrance
L'homme faceà la mort
Vivre
L'homme et sa destinée
Le monde et sa destinée
L 'Église et sa destinée
Israël et sa destinée
A paraître prochainement:
Peut-on connaître la volonté de Dieu?
Copyright © 1971 4
Gaston Racine
Médiocrité ou Sainteté
EDITIONS « MAHANAIM»
Gaston Racine
Librairie Robert Mudry
1745, Cedar Avenue, Appt 602 12, rue de La Louve
Montréal 109 (P. Québec) CH - 1000 Lausanne 17
A mon fils Jean-Bernard
TABLE DES MATIÈRES
Au lecteur
9
Préface
11
Introduction
17
CHAPITRE PREMIER
Savoir choisir
25
Une vérité oubliée
25
Le choix, conséquence de la grâce .
27
Les deux voies
27
Les deux Maîtres
29
Les deux positions
29
L'importance du choix quotidien
30
Le choix de Lot
31
Le choix d'Abraham .
31
Le choix de Joseph
32
Le choix de Moïse
33
Ê tre comme tout le monde
34
CHAPITRE II
Qu'est-ce que la médiocrité ?
37
Définitions et citations.
37
Le témoignage des Écritures
38
Lot
38
Balaam
40
Eli
40
Saül
41
Guéhazi
42
Des analogies significatives
44
Dernière analyse
45
CHAPITRE III
Qu'est-ce que La Sainteté ?
47
Définition et manifestation .
47
Le triomphe de la sainteté
48
Un suprême appel .
49
Le défi du profane
50
Un rappel nécessaire .
51
Que dit l'Écriture ? .
52
A chacun son Espérance
53
Un retour à la Bible .
54
La sainteté en nous .
55
La sublime rencontre .
56
Une sérieuse mise en garde
57
La vie des hommes de la Bible .
59
Jésus, le Saint et le Véritable .
60
En route vers la sainteté .
62
CHAPITRE IV
La Sainteté ou la Vie en Christ .
64
Se revêtir du Seigneur Jésus-Christ .
64
Apprendre le Christ
64
Se nourrir de Christ
65
Des tableaux incomparables
65
Une réalité pour notre temps
65
Le témoignage de Paul
67
Le témoignage de Jacques
68
Le témoignage de Pierre
68
Le témoignage de Jean .
69
Le témoignage de Jude
70
Le témoignage de Luc .
71
Une com araison nécessaire
71
Une confession honnête
73
Un diagnostic sévère
74
Une guérison possible .
76
CHAPITRE V
La Sanctification, ou le chemin qui mène à la Sainteté 79
La sagesse infiniment variée de Dieu
79
Les immenses richesses de Sa grâce
80
Un si grand salut .
81
La découverte de la lumière
82
La repentance envers Dieu .
83
La foi en notre Seigneur Jésus-Christ .
84
Justification et sanctification .
85
Un rappel nécessaire .
86
Dispenser droitement la parole de la vérité
86
Des vérités inséparables .
87
Le fruit naturel de la foi .
88
Comme Christ
89
La nécessité de la sanctification
90
CHAPITRE VI
Le Secret de la Sanctification : une opération de l'Esprit
de Dieu .
93
Ê tre en Christ .
93
Une doctrine essentielle
95
L'Esprit, l'Eau et le Sang .
96
Les caractères d'une vie sanctifiée : unité, progrès, liberté
97
CONCLUSION
Sur le Chemin qui mène à la Sainteté .
100
La vigilance
102
La prière permanente
102
La contemplation habituelle de Jésus-Christ . 103
La méditation personnelle de la Parole de Dieu .104
Une tâche urgente .
105
Devant le choix .
108
8
AU LECTEUR
« Médiocrité ou Sainteté » est un thème qui a réveillé la
conscience et parlé au coeur de plusieurs jeunes gens et jeunes filles
réunis dans des Camps bibliques, à la Chartreuse de Valbonne dans
le Gard, au « Genêt d'Or » en Haute-Loire, puis à « Poggio
Ubertini » près de Florence, entre les années 1950 et 1960. Ce sujet
fut traité une fois encore en 1968, dans une Retraite spirituelle de
fin de semaine près de la ville de Québec.
Sur la demande maintes fois renouvelée d'anciens campeurs et
campeuses actuellement adultes, pères et mères de famille, j'ai
repris mes notes et ai publié au cours de l'année 1970, l'essentiel de
mes exposés d'il y a plus de quinze ans, dans le périodique français
« Servir en L'attendant ».
Augmenté d'une préface qu'a bien voulu écrire mon propre fils,
j'ai revu et quelque peu développé mon travail original, pour
demeurer dans le feu de l'actualité.
Certains lecteurs trouveront pourtant que je n'apporte rien de
nouveau à ceux qui cherchent un sens à leur vie et aux choses qui
les entourent.
Dans des terres et des êtres labourés par les char-
9
rues de la technique moderne et à l'heure où la science croit pouvoir
très bientôt tout comprendre et tout expliquer, sauf l'essentiel,
n'avons-nous rien d'autre à semer que « l'éternel grain de blé ? ».
Existerait-il une autre semence de vie ?
Sommes-nous si assurés que les problèmes des temps modernes
sont si différents dans leur essence, de ceux qu'ont eu à résoudre nos
ancêtres ?
A Ses disciples et à quelques Grecs qui voulaient Le voir, Jésus
de Nazareth disait un jour :
L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. En
vérité, en vérité, je vous le dis ,si le grain de blé qui est tombé en
terre ne meurt, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de
fruit.
(Évangile de Jean ch. 12.23-24.)
Dieu veuille trouver en nous un terrain favorable pour y jeter
Sa semence, afin qu'aujourd'hui encore nous puissions recevoir Sa
Parole, l'entendre, la comprendre et porter du fruit dans ce monde
qu'Il a tant aimé.
G. R.
Montréal, février 1971
10
PREFACE
Malgré les habitudes et la mode, chacun sait que les préfaces,
(de « proefari », dire d'avance) sont le plus souvent parfaitement
inutiles. Que dire alors d'un préfacier qui loin d'être un écrivain
présentant l'oeuvre d'un jeune auteur est plutôt un jeune lecteur pré-
sentant l'oeuvre d'un écrivain. Il s'agira donc moins ici de préface
que de « témoignage ».
Fils de l'auteur, j'ai trente ans au moment où j'écris ces lignes. Je
viens de lire et relire le texte qui sera bientôt offert à l'attention des
lecteurs qui auront le privilège d'avoir ce livre entre les mains. Mais
il y a quinze ans déjà, qu'un soir du Jeudi Saint, dans le midi de la
France, alors que je participais à un camp biblique de vacances,
j'entendais ce même message, celui du même évangéliste, celui de
l'Évangile en fait, la bonne nouvelle de la Grâce de Dieu en Jésus-
Christ. Ce message devait me conduire, dans les
uqui suivirent, à ce choix qui donne son titre à cet ouvrage, et
dont allait dépendre l'orientation future de ma vie personnelle :
MÉDIOCRITÉ OU SAINTETÉ !
Témoigner de l'importance de ce livre, c'est pour moi dire à son
futur lecteur qu'ayant découvert devant Dieu mon état de «
médiocrité » et sa signification
11
profonde, le « péché », c'est-à-dire ce qui m'empêchait de bénéficier
de la communion avec mon Créateur, qu' ayant cru ce que Dieu
disait de moi et de son Fils par Sa Parole, j'ai découvert « d'un même
mouvement l'amour de son Coeur, l'efficacité et la totalité de son
pardon ». Témoigner de l'efficacité de la PAROLÉ prêchée et
rappelée dans ce livre, c'est pour moi dire à celui qui en prendra
connaissance, qu elle a changé ma vie.
Les « saints » ? Comme le souligne l'auteur en accord avec
toute la révélation biblique, ils ne sont rien d'autre que ces pécheurs
qui ont accepté la grâce de Dieu. Ils sont saints, oui, mais « par
Celui qui habite en eux, par la Vie du Cep qui coule dans les sar-
ments ». Et ce Jésus qui disait à ses disciples, « Moi je suis le vrai
cep et vous êtes les sarments », veut habiter chez tous les hommes,
toutes les femmes, tous les enfants de cette terre. Encore faut-il
qu'ayant rencontré Jésus-Christ, ils lui aient ouvert la porte de leur
coeur, afin qu'Il fasse Sa demeure en eux. C'est ce que j'ai fait ce soir
d'avril 1954, alors que le monde christianisé se préparait à se
souvenir du Crucifié de Golgotha par qui tout fut, non seulement
possible, mais déjà « accompli D. C'était pour moi l'heure de Dieu.
Si cet ouvrage, comme on dit d'ordinaire, « vient à son heure, » eh
bien, que ce soit pour vous lecteur, l'heure de Dieu, qui enfin sonne
ou « re-sonne » dans votre vie.
*
Après avoir souligné l'importance de la notion de choix, d'un
choix initial, mais aussi d'un choix qui se renouvelle
quotidiennement, en l'illustrant par les choix de ces hommes de la
Bible, qui se révèlent être
12
à l'image de chacun de nos propres choix, l'auteur parle au coeur,
sans artifice, se contentant de faire défiler devant nos yeux ces
personnages qui meublent tant de souvenirs religieux et stérilement
dévôts, et qui, tout pleins de poussière, semblaient avoir perdu toute
signification existentielle. Sous la plume combien inspirée et
incisive de l'auteur, ils reprennent pourtant un relief saisissant et une
actualité que j'oserais qualifier, pour utiliser le jargon de mon
métier, « d'opérationnelle » dans la « planification » de nos vies
personnelles. Au delà des patriarches et des prophètes archétypes
provisoires de Celui qui devait venir, culmine la divine personne du
Christ.
Quel renouveau de ma conviction, à la lecture de ce livre, de la
validité de ce jugement de l'auteur quant à la vanité des procédés
artificiels « d'actualisation » de la Parole de Dieu ! Actualisons-nous
le verre poli de nos miroirs ? Quelle que soit la forme ou la couleur
de son cadre, la surface qui réfléchit la lumière reste la même, au fil
de nos jours, au fil de nos heures. Ce miroir qu'est la Bible est
toujours capable de nous convaincre, à tout âge, de la nécessité du
salut de Dieu et de nous assurer que ce salut a été accompli en Jésus-
Christ.
La lumière soudain a jailli dans les ténèbres. L'homme voit sa
misère et, de la repentance à la foi en la justification acquise pour
nous par le sacrifice du Christ, il est conduit sur le chemin de la
sanctification, qui n'est autre que « la vie en Christ », vécue quoti-
diennement grâce à l'opération de l'Esprit de Dieu. Elle débouche,
bien au-delà de l'esclavage, la stagnation, le mélange, la tristesse
d'une « médiocrité » dominée par la dictature de notre MOI, sur la
joie, l'unité, le progrès et la liberté d'une vie « sanctifiée » par la
présence en elle du CHRIST-JÉSUS, Jésus de Naza-
13
reth. C'est Lui qui montrait il y a bientôt deux mille ans le chemin du
salut, la CROIX, mais qui, l'ayant suivi à notre place, pouvait déjà,
ressuscité d'entre les morts, donner à ceux qui avaient cru à la vertu
salvatrice de son sacrifice, ce bien ineffable après lequel nous
courons tous, la PAIX, non pas celle que le monde croit parfois
pouvoir donner, promettre ou prédire, mais la Sienne, la Paix de
Dieu, « qui surpasse toute intelligence », scellée une fois pour toutes
pour tous les rachetés dans le sang de l'Agneau de Dieu, qui ôte le
péché du monde ».
Toutes ces promesses qui parcourent ce livre rempli de la Parole
de Dieu — et auxquelles renvoient d'opportunes références bibliques
en notes infra-marginales — sont pour nous. « A nous de nous en
emparer par la foi », nous dit l'auteur. En effet, le même Jésus qui
disait dans son sermon sur la montagne : « Bienheureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage », devait dire un peu plus tard
que ce sont les violents » qui s'emparent du Royaume des Cieux.
Peut-être faut-il se faire violence en effet pour ouvrir la porte de son
coeur à Celui qui vous dit :
« Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu un entend
ma voix et ouvre la porte, j entrerai chez lui pour souper, moi près
de lui et lui près de moi. A celui qui vaincra je lui donnerai de
prendre place auprès de moi sur mon trône, comme moi-même,
après ma victoire, j ai pris place auprès de mon Père sur son' trône.
Celui qui a des oreilles, qu il écoute ce que l Esprit dit aux Églises. »
(Apocalypse, ch. III, versets 20-22.)
Jésus ne force pas l'accès. Il frappe. Mais cette demande d'un
accueil libre et personnel, Il me l'adressait le soir où j'entendais cette
prédication intitulée :
«
Médiocrité ou Sainteté », à moi fils de pasteur, ayant
14
toujours cru « être chrétien », mais qui n'en avais que l'inévitable
habit tissé par le conditionnement familial et ecclésiastique, tout
plein de déchirures et d'éclaboussures d'ailleurs.
Et, ce même message, le Christ glorifié le dit encore aujourd'hui
à l'Église, quelle que soit son appellation — puisqu'à l'origine cette
parole interpellait l'Eglise primitive de Laodicée, bien avant
qu'interviennent les grands schismes et leurs prolongements actuels.
Ottawa, janvier 1971
Dr J.-B. Racine,
Professeur à l'Université d'Ottawa,
Département de Géographie.
15
INTRODUCTION
La Bible, Parole de Dieu, est le livre des positions nettes et
tranchées.
Celui qui lit les Écritures et laisse ses pensées se former par
elles sait que le Livre saint est ennemi des compromis, des attitudes
équivoques, des coeurs hésitants et partagés.
Tout lecteur se laissant critiquer par le Texte entend sans cesse
résonner aux oreilles de son coeur ses expressions catégoriques : «
Vie ou mort »... « Bonheur ou malheur »... « Bénédiction ou
malédiction »... « Vérité ou mensonge »... « Lumière ou ténèbres »...
« Justice ou iniquité »... « Sainteté ou souillure »... (( Bouillant ou
froid »... « Amour ou haine »... « Dieu ou Mammon »... « Christ ou
Bélial »... « Ésprit ou chair »...
L'esprit du « monde », au contraire, la sagesse des hommes ne
cessent de proclamer qu'il existe un juste milieu, un moyen terme,
une possibilité d'unir ces contraires, qu'il est impossible de suivre à
la lettre les exhortations de la Parole sans tomber dans le fanatisme
religieux...
Ce monde est pour le mélange, pour l'union, et le
résultat de ce soi-disant équilibre, c'est la confusion.
Au sein de ce chaos d'idées, de ces opinions em-
17
brouillées, Dieu pourtant parle toujours, et notre âme s'humiliant
sous Sa main puissante Le supplie d'atteindre par ce message les
coeurs et les consciences de ceux qui ont encore « des oreilles pour
entendre ». Dieu seul peut éclairer Ses créatures et leur donner ce
que la parole humaine est impuissante à produire : « la joie très pure
de la vérité divine entrevue », comme disait saint Augustin.
Et parce que nous devrons dans les derniers chapitres exposer
des doctrines très profondes et une réflexion devenue de plus en plus
étrangère à nos contemporains, nous éprouvons le besoin de faire
nôtre l'essentiel de la prière de l'auteur de « l'Imitation de Jésus-
Christ ». Après avoir rappelé la demande des enfants d'Israël à
Moïse : « Parle-nous et nous t'écouterons, mais que le Seigneur ne
nous parle point, de peur que nous ne mourrions », il s'écrie :
« Ce n'est pas là Seigneur, ce n'est pas là ma prière; mais au
contraire je vous implore, comme le prophète Samuel, avec un
humble désir, disant : Parlez, Seigneur mon Dieu, vous la lumière de
tous les prophètes, et l'Esprit qui les inspirait... sans vous, ils ne
pourraient rien.
»
Ils peuvent prononcer des paroles, mais non les rendre
efficaces.
»
Leur langage est sublime ; mais si vous vous taisez, il
n'échauffe point le coeur.
»
Ils exposent la lettre, mais vous en découvrez le sens.
» Ils proposent les mystères ; mais vous rompez le sceau qui en
dérobait l'intelligence.
» Ils publient vos commandements, mais vous aidez à les
accomplir.
» Ils montrent la voie, mais vous nous donnez des forces pour y
marcher.
18
«
Ils n'agissent qu'au dehors, mais vous éclairez et instruisez
les coeurs.
«
Ils arrosent extérieurement, mais vous donnez la fécondité.
» Leurs paroles frappent l'oreille ; mais vous ouvrez
l'intelligence...
» Seigneur, mon Dieu, éternelle vérité ! Parlez-moi, de peur que
je ne meure et que je n'écoute sans fruit, si averti seulement au
dehors, je ne suis point intérieurement embrasé ; de peur que je ne
trouve ma condamnation dans votre Parole, entendue sans être
accomplie, connue sans être aimée, crue sans être observée.
» Parlez- moi donc, Seigneur, parce que votre serviteur écoute :
Vous avez les paroles de la vie éternelle ! (1) » .
Dieu a parlé. Dieu parle encore. Nous le savons. Nous le
croyons de tout notre coeur car, dans un temps comme le nôtre,
seule cette Parole nous fait vivre.
Pourtant, étrange paradoxe, plus que jamais nous sentons notre
incapacité à parler de Dieu. Comme plusieurs auteurs l'ont souvent
souligné, « dès que l'homme parle de Dieu, il lui arrive de découvrir
avec effroi qu'il parle d'autre chose que de Dieu ».
Si la Parole de Dieu était vraiment sur nos lèvres, notre
interlocuteur aurait la vraie réponse, celle qui correspond à sa
question ou au seul problème réel qui tourmente l'homme moderne
et qu'il n'a pas osé ou voulu nous poser ouvertement.
Cependant, nous avons un témoignage oral ou écrit à rendre à la
vérité centrale de la Parole de Dieu.
19
« Prêcher, disait en substance Karl Barth, c'est être le messager
chargé de faire entendre la Bonne Nouvelle, c'est être la voix qui
transmet la parole , la Parole que Dieu seul peut prononcer, Parole
qui n'est autre que Dieu lui-même devenu homme en Jésus-Christ.
Les idées et les particularités du prédicateur n'ont aucun intérêt. Si
Dieu n'utilise sa parole comme véhicule de la Sienne, tout est vain et
stérile. La prédication est donc l'attente et le risque sans cesse repris
de ce miracle par lequel aujourd'hui Dieu parle aux hommes de notre
temps, de tous les temps, depuis le jour où Il appela Abraham à
partir pour la terre promise 2. »
Aujourd'hui comme hier, un authentique homme de Dieu ne
peut prêcher que sous la croix. Il ne se croit pas déjà au but et ne
prétend pas avoir atteint la perfection.
C'est dans une grande détresse intérieure qu'il s'adresse au coeur
et à la conscience de ses frères. Il se sent lui-même interpellé par
Dieu et se voit aux côtés de tous ceux qui s'interrogent au sein d'une
salutaire angoisse.
Il ne pense être dans la vérité parce qu'il est « intégriste » ou «
progressiste » ou encore parce qu'il ferait partie d'une communauté
évangélique dans laquelle il a été baptisé et: où il communie une ou
plusieurs fois par mois.
Il ne se réjouit pas du trouble qui agite les grandes
dénominations religieuses et ne se permet pas de triompher au nom
de la Bible en constatant le désarroi qui s'empare de beaucoup
d'âmes. Il demande à Dieu
20
d'éclairer tous les hommes et n'aspire plus qu'à servir ses frères.
S'il doit dénoncer le péché et les infidélités de tout ce qui porte
le nom de chrétien, il le fait en se frappant lui-même la poitrine, prêt
à reconnaître sa propre responsabilité dans la situation lamentable de
la chrétienté.
Parce qu'il connaît la plaie secrète de son coeur et les misères de
sa communauté, il est assez honnête pour ne pas affirmer que tout va
bien pour lui ou qu'aucun problème ne se pose dans son milieu spiri-
tuel. L'Église primitive avait déjà ses luttes et les apôtres leurs
perplexités.
Toute attitude humble et ouverte permet à Dieu d'intervenir.
Alors un véritable miracle se produit. L'infinie bonté de Dieu nous
est à nouveau révélée. La certitude de sa justice s'empare de notre
coeur. La rémissions des péchés, la résurrection d'entre les morts, la
vie éternelle, en un mot toutes les vérités essentielles du
christianisme acquièrent une nouvelle fraîcheur. Ce ne sont plus de
simples articles de foi d'un Credo orthodoxe, des doctrines figées par
les siècles, ni des mots abstraits et incompréhensibles pour l'homme
moderne. Dieu a une réponse pour quiconque s'interroge. E t cette
réponse est dans Son Fils unique, dans le pardon qu'Il nous accorde
en Lui, dans cette grâce et cette vérité qui vinrent par JésusChrist.
Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment, des choses que l'oeil n'a
point vues, que l'oreille n'a point entendues, des choses qui ne sont
pas montées au coeur de l'homme3 ».
21
Ces trésors cachés, ces richesses enfouies, cette sagesse et cette
science ineffables ne sont dévoilés qu'à ceux qui acceptent de
descendre de leur piédestal religieux ou mondain, pour suivre
l'Esprit-Saint dans la nuit, le silence et la solitude des profondeurs de
Dieu
Graduellement, les yeux trop longtemps éblouis les clartés
artificielles d'un monde sans vraie lumière s'habituent à l'obscurité
divine. Ils découvrent soudaiceux nement des valeurs éternelles et
inconnues de qui courent après les vanités mensongères d'un jour.
Loin des bruits assourdissants de la terre, l'oreille perçoit à son
tour un son doux et subtil. Ce n'est encore qu'un murmure, mais
bientôt des mots deviennent audibles et la Parole de Dieu, vivante et
,s'entend clairement. Pas besoin de l'actualise] puisqu'elle est la
Parole éternelle de Celui qui est « le même, hier, aujourd'hui et
demain ». Divine lumière lampe prophétique, c'est elle qui éclaire
l'actualité.
Au fond de notre coeur le Saint-Esprit nous rappelle des
promesses admirables. Elles suffisent à nous fain vivre et travailler
dans la certitude que Celui qui promis est puissant pour accomplir.
Oui, ces pro s messes sont pour nous et nos frères. A nous de nou en
emparer par la foi. Leur accomplissement n'est pa; notre affaire,
mais celle de Dieu. D'avance nous acceptons que Son heure soit
notre heure. Nouvellement éclairée, notre conscience sait aussi que
le jugement de Dieu sera inexorable. Là encore, c'est Lui et Lu seul
qui rendra à chacun selon ses oeuvres. Et cela es vrai pour tous les
hommes, quelles que soient leur; croyances ou leur incrédulité, car
devant Dieu il n'a pas « d'acception de personnes ».
Dans les profondeurs de Dieu où nous conduit Saint-Esprit, la
solitude du coeur prend fin. Une compagnie immense de rachetés
nous entoure sans nous
22
presser. Ce sont tous ceux qui, autrefois loin de Dieu, sont rentrés en
eux-mêmes, ont retrouvé leur Père et vivent de son divin pardon.
C'est avec eux que nous connaissons la véritable communion des
saints, loin des amitiés charnelles et des fraternités artificielles.
C'est là que coule la source pure du véritable esprit
oecuménique qui n'est ni romain, ni orthodoxe, ni protestant, mais
unique, eschatologique et messianique.
Puissions-nous
vivre
toujours
davantage
l'expérience
oecuménique dans l'Unité du Corps du Christ. Et si dans cette
longue marche, nous devions rencontrer encore beaucoup
d'obstacles et traverser des vallées bien sombres, que tous nous
fassions nôtre la parole du Psalmiste : « Si je dis : Au moins les
ténèbres m'envelopperont, alors la nuit est lumière autour de moi.
Les ténèbres ne sont pas obscures pour me cacher à toi et la nuit
resplendit comme le jour, l'obscurité est comme la lumière (4) ».
RÉFÉRENCES DE L'INTRODUCTION
1 Imitation, Livre III, Ch. II.
Page 7
2 G. Casalis — Portrait de K. Barth, p. 77-78 8
3 1 Corinthiens 2 v. 9 »
10
4 Psaume 139 v. 11-12 »
11
23
CHAPITRE PREMIER
SAVOIR CHOISIR
Une vérité oubliée
Adam n'avait pas à choisir, mais à obéir. Une mission lui avait
été confiée (5). Un commandement lui avait été donné (6). La vie, le
bonheur, l'accomplissement de la véritable destinée de la race
humaine, tout dépendait de la soumission par amour du premier
homme à son Créateur.
Certes, dans tous les temps, diverses Écoles théologiques ont
dépouillé l'histoire biblique de toute réalité. Pour plusieurs, Adam
n'était pas vraiment le premier homme, ni Éden un vrai Paradis, ni le
serpent un animal des champs. S'il en est ainsi et s'il ne s'est rien
passé réellement à l'aurore de l'humanité, comment la mort est-elle
entrée dans le monde et quel sens a notre salut ?
L'apôtre Paul qui savait discerner le langage allégorique de
l'Ancien Testament (7) croyait pourtant en la réalité des événements
décrits dans la Genèse. Ainsi, dans l'épître aux Romains, il se réfère
à la désobéissance d'Adam 8 et dans la deuxième épître aux
Corinthiens, à la séduction d'Éve par le serpent (9). Ailleurs il
reconnaît que le premier homme, Adam,
25
a été tiré de terre, poussière (10). Enfin, à l'instar de Jésus Lui-
même, il cita à plusieurs reprises le texte se rapportant à la création
et à l'unité du premier couple (11)
Une fois ces choses admises, une étude attentive des premiers
chapitres de la Bible nous dévoile qu'Adam ne fut pas victime d'une
épreuve dont Dieu serait l'auteur. Jacques nous confirme dans ce
sentiment quand il écrit dans son épître : « Que personne lorsqu'il est
tenté, ne dise : C'est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté
par le mal, et Il ne tente personne. Mais chacun est tenté quand il est
attiré et amorcé par sa propre convoitise. Puis la convoitise,
lorsqu'elle a conçu, enfante le péché ; et le péché, étant consommé,
produit la mort.» (12)
Le livre de la Sagesse déclare : « Dieu n'a pas fait la (13) mort,
il ne se réjouit pas de la perte des Selon l'épître aux Romains, « le
salaire du péché, c'est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c'est la
vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (10).
Enfin dans son Apocalypse, l'apôtre jean annonce la disparition
de la mort, lorsqu'au jugement dernier, tous les suppôts du péché
auront été voués à la seconde mort (15)
Placé en Eden dans l'univers harmonieux créé par Dieu,
l'homme n'était pas habilité à choisir entre le bien et le mal. Il devait
simplement observer le commandement du Seigneur en
accomplissant toutes ses tâches dans la communion de son Dieu
(16). C'est donc bien par un acte de révolte, par une désobéissance,
par une transgression volontaire que « le péché est entré dans le
monde et par le péché la mort, qui a passé à tous les hommes, du fait
que tous ont péché » (17) .
Avant de savoir rejeter le mal et choisir le bien (18),
26
Adam rompit l'alliance divine (19) et fut chassé de son lieu (20). Par
son attitude et son désir d'indépendance, Adam donna libre cours à
sa convoitise. Il compromit l'harmonie du monde et y introduisit le
suprême désordre, plaçant toute sa descendance sous l'empire du
péché, la puissance de la mort et l'esclavage de Satan.
Le choix, conséquence de la grâce
Concernant le salut, personne ici-bas n'a le choix. Tout homme
est perdu sans l'avoir voulu, comme Adam était innocent par état,
sans avoir à choisir.
Cependant la réponse de Dieu à la faute d'Adam n'a pas été
uniquement la condamnation. Dans sa souveraineté, Dieu fit grâce
au pécheur, grâce reposant sur la justice d'un seul, Jésus-Christ, le
dernier Adam (21)
Seul le refus de cette grâce offerte à tous les hommes, confirme
le pécheur dans sa perdition, alors que l'acceptation de la vérité qui
est en Jésus-Christ sauve parfaitement le coupable (22)
Si le salut de l'individu et de l'humanim n'est pas le fait d'un
choix, mais d'une grâce l'homme sauvé, pardonné, justifié par la foi
est sans cesse placé devant un choix, une décision qui engage son
être tout entier (24)
L'histoire d'Israël nous fournit trois exemples précis le peuple
fut solennellement sommé de choisir. Chaque fois, l'appel de Dieu
s'adresse au cœur et à la conscience d'hommes qui connaissent la
puissance de Dieu, mais hésitent à faire sa volonté.
Les deux voies
Par la bouche de Moïse, Dieu dira à son peuple arrivé au terme
de son pèlerinage dans le désert :
27
« J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre :
j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction.
Choisis la vie, afin queÉtu vives, toi et ta postérité, pour aimer ton
Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t'attacher à lui ; car c'est là ta vie
et la longueur de tes jours, afin que tu habites sur la terre que
l'Éternel a juré à tes pères, à Abraham, à Isaac et à Jacob, de leur
donner (25). »
Dans ce passage célèbre dont le contexte concerne sans
contredit l'observation de la Loi, nous entendons Moïse s'écrier :
«Ce commandement que je te prescris aujourd'hui n'est certainement
point audessus de tes forces et hors de ta portée... C'est une chose, au
contraire, qui est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur,
afin que tu les mettes en pratique (26) »
L'apôtre Paul, qui si souvent dans ses épîtres a démontré
l'impossibilité pour un homme d'accomplir la Loi (27), emploie
justement ce texte de Deutéronome pour affirmer que la justification
de l'homme vient de sa foi en la Parole de Dieu (28). . La foi qui
justifie n'est donc pas une simple croyance religieuse, une adhésion
intellectuelle à une vérité orthodoxe. La foi est une obéissance, un
engagement, une marche dans un sentier que Dieu nous a clairement
tracé.
Ainsi, l'enseignement de Moïse et celui de Paul se confondent et
trouvent une merveilleuse synthèse dans les paroles de jésus : «
Entrez par la porte étroite ; car large est la porte, et spacieux est le
chemin qui mène à la perdition et nombreux sont ceux qui entrent
par elles ; car étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la
vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent (29) ».
28
Les deux maîtres
Accepter la grâce, faire l'expérience de la bonté de Dieu, habiter
le pays et connaître le repos de l'âme n'autorisent personne au
relâchement, à la paresse spirituelle ou à l'infidélité. C'est pourquoi
Josué, après avoir introduit Israël en Canaan, rassemble les douze
tribus à Sichem pour rappeler au peuple de Dieu les merveilleuses
délivrances dont il a été l'objet.
Sentant sa mort prochaine, Josué exhorte encore une fois Israël
à demeurer attaché au Seigneur. Il s'écrie avec force : « Et
maintenant, craignez l'Eternel, et servez-le en intégrité et en vérité ;
ôtez les dieux que vos pères ont servis de l'autre côté du fleuve et en
Égypte, et servez l'Éternel. Et s'il est mauvais à vos yeux de servir
l'Éternel, choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir, soit les dieux
que servaient vos pères au-delà du fleuve, soit les dieux des
Amoréens dont vous habitez le pays maintenant. Pour moi et ma
famille, nous voulons servir l'Éternel (30) »
Devant la réponse positive des enfants d'Israël, Josué ajoute : «
Vous êtes témoins contre vous-mêmes que vous avez choisi l'Éternel
pour le servir (31) ». Ces paroles du successeur de Moïse s'accordent
parfaitement avec celles de jésus : «Nul ne peut servir deux maîtres.
Car, ou il haïra l'un et aimera l'autre ; ou il s'attachera à l'un, et
méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon (32) ».
Servir le Seigneur est donc un privilège et non point une
contrainte. C'est le fruit de la foi rendue agissante par l'amour (33)
Les deux positions
Au temps des Rois, le prophète Élie apostrophe tout Israël
rassemblé avec les prophètes de Baal sur le
29
Mont Carmel. S'approchant de tout le peuple, Elie s'écrie : « Jusques
à quand clocherez-vous des deux côtés ? Si l'Éternel est Dieu,
suivez-le ; si c'est Baal, allez après lui ! (34) ». Un silence honteux
accueille les paroles du prophète. « Le peuple ne lui répondit rien ».
Ce silence, qui n'a d'égal que le mutisme de Baal, prendra fin quand
le feu du ciel tombera et consumera l'holocauste préparé par Élie.
Quand tout le peuple vit cela, ils tombèrent sur leur visage et dirent :
C'est l'Éternel qui est Dieu ! (35). La prière du prophète était
exaucée. N'avait-il pas dit au moment de la présentation de
l'offrande : « Eternel, Dieu d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, que je
sache aujourd'hui que tu es Dieu en Israël, que je suis ton serviteur,
et que j'ai fait toutes ces choses par ta parole ! Réponds-moi,
Eternel, réponds-moi, afin que ce peuple reconnaisse que c'est toi,
Éternel, qui es Dieu, et que c'est toi qui ramènes leur coeur ! (36) »
L'importance du choix quotidien
Les trois exemples cités plus haut suffiraient à nous montrer que
nous avons à vivre le moment présent dans l'aujourd'hui de Dieu
(37). Trop de chrétiens s'enferment dans leur passé tandis que
d'autres s'évadent dans l'avenir. Les expériences d'hier et les
délivrances de demain ne doivent pas nous faire oublier la minute
présente, les tâches et les ressources que Dieu nous donne
maintenant pour nous permettre de vivre pleinement cette parcelle
de temps que nous pouvons vraiment posséder.
Sauvé par grâce, l'homme n'est pas appelé immédiatement à
entrer dans la gloire. Il doit marcher dans un monde qui ne
manquera pas de solliciter son amitié afin de le pousser à conformer
sa vie au présent siè-
30
cle (38). C'est alors qu'il faut savoir joindre à notre foi, la vertu 39,
afin de ne pas tomber dans l' adultère spirituel, oubliant que l'amitié
du monde est inimitié contre Dieu (4).
L'histoire d'Abraham et de Lot, illustre magistralement ce que
procure l'amitié de Dieu dans une vie solitaire « sur la montagne » et
ce qu 'apportent les avantages du monde dans les plaines populeuses
et opulentes de Sodome.
Le choix de Lot
Quand l'oncle et le neveu décidèrent de se séparer pour éviter
toute querelle, l'Écriture nous dit : « Lot leva les yeux, et vit toute la
plaine du Jourdain, qui était entièrement arrosée. Avant que l'Eternel
eût détruit Sodome et Gomorrhe c'était, jusqu'à Tsoar, comme un
jardin de l'Éternel, comme le pays d'Égypte. Lot choisit pour lui
toute la plaine du Jourdain, et il s'avança vers l'Orient (41) ». Élevé
dans la foi, Lot n'avait cependant pas compris qu'il n'était plus à lui-
même mais appartenait au Dieu qu'il connaissait. Cet homme fixe
ses yeux sur des objets qui correspondent aux penchants de son
coeur. Son choix se révéla désastreux. Sa vie est une démonstration
de la parole de Jésus : « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra (42)
». Lot connut la guerre, la captivité, la tristesse et le tourment d'une
âme qui n'est pas à sa place. Il perdit finalement ses biens, ses
gendres, sa femme et son honneur (43).
Le choix d 'Abraham
En revanche, Abraham, l'appelé de Dieu qui à son tour a choisi
Dieu, s'en remettait au Dieu Très-Haut pour toutes choses (44). Ne
voulant rien pour lui, il voit
31
la bénédiction de l'Éternel reposer sur lui. Dieu lui apparaît,
l'encourage par ses promesses et lui dit : « Abraham, ne crains point
; moi je suis ton bouclier et ta très grande récompense(45). ».
Abraham saisit ces paroles par la foi et fit confiance à Dieu. Nous
savons comment Dieu tint ses promesses et fit de ce patriarche le «
père de tous les croyants ». Puissions-nous aujourd'hui encore
marcher dans les traces de la foi qu'a eue notre père Abraham (46).
Ce choix entre Dieu et le monde se renouvelle chaque jour pour
le chrétien, et plusieurs fois par jour. A tout instant le monde nous
presse. C'est pourquoi il importe beaucoup de savoir de quel côté
nous sommes. Comme Abraham, celui qui a l'amour du Père en lui,
est appelé à refuser sans cesse les offres du monde 47 . Sachant que
l'Ecriture ne connaît pas de principe intermédiaire, de position
neutre, la règle du croyant est simple. Au lieu d'être perplexe et de
rechercher où commence le « monde » et où il finit, ou en quoi con-
siste la mondanité, il se demande simplement : « Ceci est-il du Père
? » Dans des centaines de cas, en regardant la chose elle-même, il
serait impossible de dire où la mondanité commence et où elle finit.
Mais nous pouvons rapidement reconnaître si la chose est du Père !
Et quand nous voyons qu'elle n'est pas du Père, nous savons qu'elle
est du monde (48).
Le choix de Joseph
Mais nous ne sommes pas seulement dans un monde qui nous
tente par ses attraits, ses possibilités et ses commodités. Nous vivons
dans une sphère où règne le péché qui sollicite constamment notre
chair. Et de nouveau le choix est là. Nous connaissons tous cette
alternative . succomber, satisfaire notre passion,
32
ou fuir, au risque même d'être dépouillé et mal jugé. C'est le choix
de Joseph (49). L’emprisonnement, la souffrance, l'injustice furent
les résultats immédiats de la décision qu'il avait prise de ne pas
pécher contre Dieu. Cependant l'Eternel ne tarda point à
récompenser son serviteur pour la crainte qu'il avait eue de Son
Nom. Nous lisons : « L'Éternel fut avec joseph, et il étendit sa bonté
sur lui (50). L'option difficile de Joseph devait finalement conduire
ce dernier à la joie, la louange et la gloire.
Ce choix entre l'Esprit et la chair se renouvelle à toute heure et
pour s'orienter, il faut appliquer la même règle que pour discerner ce
qui vient du monde. Tout ce qui n'est pas de l'Esprit est de la chair
(51). Aujourd'hui, nous avons à fuir la convoitise si nous voulons
honorer notre Dieu (52). C'est donc chaque jour qu'il faut fuir le mal
et poursuivre la foi, l'amour, la justice, et la paix avec ceux qui
invoquent le Seigneur d'un coeur pur (53).
Le choix de Moïse
Enfin, en plus de Satan, du monde et du péché, nous avons à
affronter les satisfactions légitimes que réclame notre moi, qui
voudrait profiter des avantages naturels que la chair nous procure.
Ici, nous arrivons au choix de Moïse. Cet homme refusa d'être
appelé fils de la fille du Pharaon, « aimant mieux être maltraité avec
le peuple de Dieu que d'avoir pour un temps la jouissance du péché,
regardant l'opprobre de Christ comme une richesse plus grande que
les trésors de l'Égypte, car il avait les yeux fixés sur la rémunération.
C'est par la foi qu'il quitta l'Égypte, sans être effrayé de la colère du
roi ; car il se montra ferme, comme voyant celui qui est invisi-
33
ble (54) ». Là était toute la force du grand législateur.
Nous trouvons un choix semblable chez l'apôtre Paul qui put
renoncer à tout à cause de l'excellence de la connaissance du Christ
son Seigneur (55).
Le renoncement du vrai disciple est donc quotidien. Tout
l'enseignement de jésus précise ces vérités. Chaque jour pour suivre
le Maître, il faut prendre sa croix (56). Sans cet exercice, il n'y a pas
de vie victorieuse (57).
CES DIFFÉRENTS CHOIX CONDUISENT A LA
MÉDIOCRITÉ OU A LA SAINTETÉ.
Êtrecomme tout le monde
Etant des hommes de chair, il est très difficile, même si nous
sommes « nés de nouveau » (58), de ne pas nous laisser influencer
par le monde. Laissé à luimême, l'homme reste charnel. Ses oeuvres
sont celles de la chair qu'il imite, non pas toujours dans ses actions
les plus grossières, mais également dans ses agissements les plus
raisonnables.
L'histoire du peuple d'Israël nous fournit encore un exemple
frappant de ce que nous venons de souligner. Dieu était Roi d'Israël.
Il avait avec son peuple une relation directe. Un jour pourtant, ce
peuple s'approcha de Samuel en disant : « Établis sur nous un roi
pour nous juger, comme il y en a dans toutes les nations » 59.
Pourquoi cette démarche ?
Les Israélites avaient cessé de fixer leurs yeux sur leur grand
Dieu Sauveur. Ils regardaient vers la terre, vers les hommes, vers les
nations et ce qu'ils voyaient les amenait à croire qu'il manquait
quelque chose à leur peuple. Israël n'avait pas de roi visible.
Israël voulut être semblable à tous les autres peuples de la terre,
imitant leurs moeurs et leurs coutu-
34
mes. Cessant d'être un exemple et un modèle pour les nations, le
peuple de Dieu s'identifia au monde et tomba dans l'idolâtrie. Ce fut
un recul au lieu d'un progrès, un appauvrissement et non un
enrichissement.
Alors qu'Israël avait tout reçu de Dieu, le roi auquel il serait
asservi allait tout lui prendre : ses fils, ses filles, ses champs, la dîme
de ses récoltes, ses serviteurs, sa liberté(60). En réclamant et en
choisissant un roi, Israël supprimait sa raison d'être.
Dieu l'avait mis à part pour la liberté et l'unité. Grâce à la
relation directe qui existait entre Dieu et Israël, ce peuple ne
connaissait pas les obligations et les charges qui incombaient aux
nations soumises à un joug charnel.
Il en est de même pour l'Église de Dieu, peuple racheté, mis à
part, indépendant du monde. Le jour où l'Église veut être reconnue
du monde, elle perd peu à peu la glorieuse liberté qu'elle possède en
Christ et s'asservit au monde.
Divisée, déchirée, écartelée, l'Eglise ne connaît plus d'unité.
Infidèle à son Maître, elle finit par l'abandonner.
La pauvreté et l'impuissance spirituelles dont souffre
actuellement l'Eglise viennent essentiellement de son « flirt» et de
son amalgamation avec le monde.
Dieu ne suffit plus. Nous avons soif du monde et de ses
convoitises. Nous voulons vivre comme tout le monde. Ayant
commencé avec Dieu, on ne veut plus aller jusqu'au bout avec Lui.
On s'arrête à mi-chemin pour s'installer dans la médiocrité.
Dès cet instant, nous sommes non seulement incapables de
répondre aux réels besoins du monde, mais nous devenons inutiles et
même nuisibles aux âmes qui nous entourent.
35
RÉFÉRENCES DU CHAPITRE PREMIER
5 Gen. 1. 28.
24 1 Thess. 5. 23.
43 II Pierre 2. 7-8.
6 Gen. 2. 16-17
25 Deut. 30. 19-20.
44 Gen. 14. 22-23.
7 Gal. 4. 24.
26 Deut. 30. 11-14.
45 Gen. 15. 1.
8 Rom. 5. 12-14.
27 Gal. 3. 10-11.
46 Rom. 4. I1-12.
9 2 Cor. 11. 3
23 Rom. 10. 5-17.
07 Jean 14.27.
10 1 Cor. 15. 45-47
29 Matth. 7. 13-14.
48 I Jean 2. 15-17.
11 1 Cor. 6.16.
30 Josué 24.14-15.
49 Gen. 39. 1-20.
12 Jacq. 1. 13-15.
31 Josué 24. 22.
50 Gen. 39. 21-23.
13 Sagesse 1. 13.
32 Matth. 6. 24.
51 Jean 3. 6.
14 Rom. 6. 32.
33 Gal. 5. 6.
52 I Pierre 2. 11-12.
15 Apoc. 20. 14 ; 21. 5 34 I Rois 18. 21.
53 II Tim. 2. 22.
10 Gen. 2. 15, 19-20. 35I Rois 18. 38-39.
54 Heb. 11. 24-27.
17 Rom. 5. 12.
36 1 Rois 18. 36-37.
55 Phil. 3. 7-11.
18 Es. 7. 16.
37 Héb. 3. 7.
56 Luc 9. 23.
19 Osée 6. 7.
38 Rom. 12. 2.
57 I Jean 5. 5.
20 Gen. 3. 23-24.
39 II Pierre 1. 5.
58 Jean 3. 3.
21 Rom. 5. 17-21.
40 Jacq. 4. 4.
59 I Sam S. 4-6.
21 1 Cor. 15 45.
41 Gen. 13. 10-11.
60 I Sam. 8. 10-18.
22 Heb. 7. 25.
42 Jean 12. 25.
23 Ephés. 2. 8.
43 Gen. 14. 19.
36
CHAPITRE II
« QU'EST-CE QUE LA MÉDIOCRITÉ ?»
Définition et citations
Le mot « médiocre » — en latin « mediocris » — vient de «
médius », qui est au milieu. Ainsi étymologiquement, la médiocrité
est la nature, le caractère de ce qui est entre le grand et le petit, le
bon et le mauvais. C'est ce qui est peu considérable, peu bon, peu
distingué. C'est une insuffisance, une position entre l'opulence et la
misère, entre l'élévation et la bassesse.
Pour Voltaire, le choix est clair : « Il ne faut se moquer ni de
ceux qui font du bon, ni de ceux qui font du très mauvais, mais de
ceux qui, étant médiocres, se croient des génies et font les
importants ».
Il convient de citer ici les fameux vers de l'Art poétique de
Boileau :
« ...dans l'art dangereux de rimer et d'écrire, il n'est point de
degrés du médiocre au pire.»
D'aucuns voient cependant dans la médiocrité, l'image de la
modération et du juste milieu.
Pascal semble faire écho à ce sentiment quand il dit :
«L'extrême esprit est accusé de folie, comme l'extrême défaut ; rien
que la médiocrité n'est bon ».
37
Dans ses lettres persanes, Montesquieu déclare : «
L'approbation universelle est plus ordinairement pour l'homme
médiocre ». Pourtant pour Henri de Montherlant : « Souffrir de la
médiocrité des gens, c'est souvent signe qu'on est un demi-médiocre
soimême ».
De son côté, Ernest Renan écrivait : « En toutes choses, ce qui
réussit de nos jours, c'est le médiocre ».
Et pour clore ces quelques citations nous pouvons ajouter avec
le moraliste français J. Joubert : « Le médiocre est l'excellent pour
les médiocres ».
En fait, la médiocrité est un manque de grandeur, d'élévation
d'esprit, d'excellence, de mérite, c'est l'insuffisance en quantité ou en
qualité ». (Dictionnaire Robert).
Le témoignage des Écritures
Le mot « médiocrité » n'est pas employé dans la Bible.
Toutefois, ce que cet état représente se trouve dépeint en de
nombreuses pages de l'Écriture Sainte. La Bible nous donne des
exemples d'hommes médiocres, vivant médiocrement dans la
médiocrité. Un simple coup d'oeil dans l'Ancien Testament nous
fournira quelques portraits d'hommes médiocres.
Lot
Nous avons déjà parlé de cet homme dans notre précédent
chapitre.
Lot n'est pas démuni de tout. Il possède des biens spirituels et
matériels (61). Avec son oncle, il a quitté le paganisme et suit
Abraham dans ses marches. Il descend avec lui en Egypte et
remonte à ses côtés au pays de Canaan. Il s'enrichit avec Abraham et
l'accompagne dans tous ses déplacements.
38
A première vue, Lot a toutes les apparences de la supériorité. Il
connaît l'appel de l'Eternel, il obéit à l'ordre divin, il s'attache au
conducteur spirituel que Dieu lui a donné ; il participe à la marche
de la foi et aux bénédictions qui en découlent.
Pourtant une circonstance fortuite va manifester l'état réel de
son coeur. Une querelle, oeuvre de la chair, s'élève entre les bergers
d'Abraham et ceux de Lot. Abraham voulant éviter à tout prix de
nouvelles occasions de disputes propose à son neveu une séparation
dans la paix. Généreusement, le plus âgé laisse le plus jeune choisir
la partie du pays qui lui plaît. A cette heure, Lot dévoile soudain
combien son coeur est attaché aux biens « d'en-bas ». Ses yeux se
posent sur la riche plaine du Jourdain et il choisit pour lui Sodome et
ses environs. Aucun mobile spirituel ne détermine son choix. Ses
pensées sont aux choses terrestres (62).
Dans ce lieu, Lot vivra médiocrement. Il est à Sodome, mais
n'est pas de Sodome. Il veut les avantages et les honneurs de cette
ville sans accepter les moeurs relâchées des gens de cette contrée. La
conduite et les oeuvres criminelles de ces hommes seront un
continuel tourment pour son âme (63) . Dans ces conditions, même
le témoignage d'un homme juste est médiocre, sans puissance.
Compromis avec le monde, Lot ne gagne aucune âme, pas même
celle de ses gendres. En revanche, il perdra sa maison, ses biens, sa
femme et, victime de ses deux filles, il finira dans le déshonneur de
l'inceste.
Tous les médiocres sont destinés à vivre médiocrement et à finir
dans l'opprobre et la médiocrité. C'est une faillite. L'homme n'est
peut-être pas perdu, mais tout est perdu pour lui, pour les autres, et
pour Dieu (64).
39
Balaam
Balaam, le devin ou magicien qui vivait sur les bords de
l'Euphrate, nous donne un second portrait de l'homme médiocre. On
a appelé ce personnage « la figure la plus énigmatique de toute
l'histoire biblique ». Depuis longtemps cet homme connaît Jéhova,
car dès que Balak, roi de Moab, l'envoie chercher pour maudire
Israël 65, Balaam consulte immédiatement l'Eternel. Hélas, son
coeur hésite entre la gloire de Dieu et l'amour de l'argent. Après une
lutte intérieure, il finit par céder à l'appât du gain, et commet l'erreur
terrible qui le destine à l'obscurité des ténèbres éternelles 66. Balaam
a la connaissance des pensées de Dieu, mais sa volonté n'est pas unie
à celle du Seigneur. Il croit pouvoir servir deux Maîtres, mais en
réalité il n'en sert qu'un. Sa bouche est contrainte de proclamer les
oracles de Dieu alors que son coeur
recherche son intérêt personnel. La position de Balaam est des
plus inconfortables. Dieu en fait momentanément son prophète, mais
Balaam est déjà jugé et condamné. Son péché le trouvera. Il finira
sous le tranchant de l'épée et mourra enveloppé dans la défaite des
ennemis d'Israël (67) .
Dans les églises on retrouve parfois des Balaam qui prétendent
être au service de Dieu, mais acceptent le compromis avec le monde
par intérêt ou commodité. On a la bouche pleine des paroles de
Dieu, mais le coeur ne cesse de poursuivre les honneurs et les biens
du monde.
Éli
Après Lot et Balaam, Eli offre un troisième portrait (68)..Ce
sacrificateur a toutes les apparences de la sainteté. Il porte les saints
vêtements ; il a reçu l'onc-
40
tion de l'Eternel : il officie dans le lieu saint à silo. Cependant, il
honore ses fils plus que Dieu. Aussi, c'est un enfant, Samuel, qui
reçoit à sa place les communications de Dieu. Le peu de vertu d'Eli,
sa faiblesse morale aboutissent à la perte de ses fils, de son service
et de sa vie. Il mourra foudroyé à la nouvelle des désastres dont il est
en partie le premier responsable.
Aujourd'hui encore, Dieu ne communique pas avec les
médiocres, quels que soient leurs titres, leur importance ou leur
ordination. Il se révèle aux « saints », à ceux qui obéissent à Sa
Parole, qui ont le coeur entièrement tourné vers Lui pour écouter Sa
voix. Dieu veut la première place dans nos vies, avant père, mère,
femme, enfant, ami et église (69). Cette position l'honore et c'est
cela notre service pour lui.
Saül
Le roi Saül est pour nous un quatrième exemple d'homme
médiocre (70). Il fut le premier roi qui régna sur Israël. « Plus beau
qu'aucun des enfants d'Israël, il les dépassait tous de la tête ». Mais
Saül, qui a tout pour plaire à la chair, ne suit pas entièrement
Éet n'observe pas totalement Ses ordres. Il écoute la voix de
Dieu, il suit le plan indiqué par l'Eternel pour combattre Amalek,
mais n'accomplit pas jusqu'au bout l'ordre divin. Influencé par le
peuple, il croit pouvoir substituer ses pensées à celles de Dieu, et
Lui plaire tout en désobéissant à Sa voix (71). Saül s'arrête à mi-
chemin dans l'obéissance, dans l'humiliation, dans son repentir et ses
bonnes intentions. Sa fin est semblable à sa vie. Blessé par ses
ennemis, il n'a pas le courage d'affronter le sort qui l'attend et se
donne la mort sur la montagne de Guilboa (72).
41
Servir Dieu de tout son coeur consiste avant tout à observer
scrupuleusement Sa Parole, la volonté humaine étant complètement
soumise à celle de Dieu. «
L'obéissance veut mieux que le sacrifice et l'observation de la Parole
vaut mieux que la graisse des béliers ».
Guéhazi
Enfin, Guéhazi, serviteur d'Elisée, est le dernier type de
médiocre que nous empruntons à l'Ancien Testament 73. Cet
homme est au service du prophète qui lui remet un jour son bâton
pour faire revenir à la vie l'enfant de la Sunamite. Hélas ! Guéhazi a
le bâton, mais ne possède pas la puissance de l'homme de Dieu ; et si
cette puissance lui manque, c'est que son coeur est attaché à l'argent.
L'histoire de Naaman nous révèle l'état intérieur de Guéhazi. Il
ne suit pas l'exemple de son maître qui, pour un motif spirituel,
refuse les présents du général Syrien ; mais il court après ce dernier
pour obtenir au moyen d'un mensonge, les choses que son coeur a
convoitées. Dieu le punit de son infidélité en le frappant de lèpre.
L'homme au service de Dieu ne doit pas se laisser guider par ses
besoins ou par les circonstances. Les pensées de son coeur doivent
être captives du Christ, et sa manière d'agir, le reflet d'une
obéissance sans réserve qui a pour but la gloire de Dieu. Chaque
jour il faut apprendre de Dieu quels sont les dons qu'on peut
accepter, et ceux qu'on doit refuser.
Pour être vraiment disciple du Christ, il faut aller jusqu'au bout
dans le renoncement. Souvenons-nous toujours que notre position et
nos privilèges ne nous assurent pas une fin heureuse et bénie si nous
nous
42
arrêtons en chemin et ne nous jugeons pas de nos tendances
naturelles. Un patriarche termine sa vie dans l'inceste, un prophète
périt sous le glaive, un sacrificateur meurt subitement en se rompant
la nuque, un roi se suicide, et un serviteur considéré finit ses jours
lépreux.
Si nous ouvrons le Nouveau Testament, nous trouvons
également des exemples vivants de médiocrité parmi les pharisiens.
En Matthieu, chapitres quinze et vingt-trois, Jésus montre dans des
tableaux saisissants l'erreur fondamentale de ces hommes qui croient
honorer Dieu par des formes, alors que leur coeur est sans vie et
sans amour pour Lui. « Sépulcres blanchis », voilà l'énergique
expression dont se sert Jésus pour stigmatiser ceux qui ont une piété
apparente, mais dont le coeur est encore plein de choses souillées du
monde.
Jésus nous montre que la médiocrité c'est paraître et ne pas être.
C'est attacher une importance capitale au fait de se laver les mains
avant le repas, alors que le coeur ne s'inquiète pas d'être rempli de
mauvaises pensées, de meurtres, d'adultères, d'impudicité, de vols,
de faux témoignages, de calomnies. C'est
nettoyer le dehors de la coupe et du plat alors que le dedans est
plein de rapine et d'intempérance.
Les disciples eux-mêmes, avant qu'ils reçoivent le Saint-Esprit,
sont souvent caractérisés par la médiocrité. Plus d'une fois, Jésus
soupire en constatant leur peu d'intelligence, de persévérance et de
foi. Thomas et Philippe, depuis si longtemps avec Jésus, ne con-
naissent pas encore le chemin de la vie, et ne discer-
43
nent pas en Lui le Père (74). Et que dire de Pierre, si bouillant en
paroles...! A « l'Heure décisive » il dort. Au moment de prendre
position pour le Christ, il le renie, prouvant que lui aussi ne suit le
Maître que de loin. De même Jacques et Jean — qui réclament le feu
du ciel pour punir une offense faite à leur Maître — ne sont pas
capables à Gethsémané d'assister Jésus dans la prière et s'endorment
de tristesse.
La puissance de Dieu n'entraîne pas encore les apôtres avec
force dans le chemin du Maître, et, malgré leur bonne volonté, leurs
chutes sont fréquentes. Aussi quel changement quand Jésus, du haut
du ciel, leur envoie l'Esprit Saint ! Rendus bouillants et sages, ils
peuvent alors accomplir les oeuvres de Dieu et marcher
triomphalement sur les traces du Christ.
Ces faits prouvent que nous avons tous à veiller sur nos
sentiments pour être sans cesse à l'écoute de la volonté de Dieu.
Nous sommes les disciples du Christ, et c'est à nous que s'adressent
toutes les exhortations de l'Ecriture. C'est pourquoi il nous faut
connaître les embûches de la médiocrité afin de pouvoir, par la foi et
la puissance du Seigneur, les éviter et rejoindre ceux qui, dans le
passé, ont servi Dieu d'un coeur pur, avec un zèle inaltérable et par
un don total d'euxmêmes.
Des analogies significatives
Ces embûches nous sont dépeintes par la Parole. Elle nous
présente la médioWité sous les images suivantes : le sel sans saveur
la lampe sous le boisseau (77) , le morceau neuf au vieil habit (78),
le vin nouveau dans de vieilles outres (79), l'airain qui résonne (80),
la cymbale qui retentit (81), la fontaine sans eau (82), la nuée sans
pluie, poussée par les vents (83), la rosée qui
44
s'en va de bonne heure (84), les arbres d'automne, sans fruit (85),
l'étoile errante (86). C'est également le souci que l'homme se donne
pour le vêtement et la nourriture, croyant pouvoir servir deux
Maîtres (87). C'est mettre la main à la charrue et regarder en arrière ;
vouloir d'abord ensevelir son père » ou prendre « d'abord congé de
ceux de sa maison » quand le Seigneur nous appelle à Le suivre
(88). C'est la tiédeur de Laodicée, la prétention d'être riche et de
n'avoir besoin de rien alors qu'on est « pauvre, aveugle et nu » (89).
C'est l'irrésolution, l'inconstance dont parle Jacques (90); c'est
l'adultère spirituel que dénonce le même auteur (91). Ce sont « les
petits enfants », ballottés et emportés çà et là par tout vent de
doctrine (92). C'est le caractère charnel » du chrétien décrit dans les
Épîtres (93) ; c'est le zèle pour Dieu, mais sans intelligence (94).
Dernière analyse
Ainsi définie, cette médiocrité se manifeste dans notre existence
par le peu de capacité à donner le goût des choses de Dieu aux âmes,
le manque de puissance pour marcher nous-mêmes dans la lumière
et éclairer les autres.
Elle devient visible dans nos insuccès, nos déficits, nos fatigues,
notre faible amour, notre absence d'espérance, notre vie déçue,
stérile et soucieuse, nos craintes de la souffrance, notre inertie
spirituelle.
Elle se dévoile enfin dans toutes les oeuvres de la chair que
l'apôtre Paul oppose au fruit de l’Esprit (5). Ne s'identifie-t-elle pas
alors, pour le Chrétien, au manque de plénitude dans le bonheur ?
Le Chrétien médiocre est celui qui n'aime pas entièrement, qui
n'obéit pas entièrement, et qui ne renonce pas entièrement. Le
médiocre, c'est celui qui ne veut
45
pas aller jusqu'au bout. Mais aller jusqu'au bout, pour le chrétien,
c'est aller à la croix. Qui est celui qui ne veut pas aller à la croix ?
C'ÉST MOI, MON MOI, MA PERSONNALITÉ. LA
MÉDIOCRITÉ, CE N'EST PLUS QUELQUE CHOSE, C'EST
QUELQU'UN, C'EST MOI.
En. opposition à cette médiocrité, il y a LA SAINTETÉ.
Cette sainteté n'est pas quelque chose, un certain degré de
pureté, de justice, de vérité.
La sainteté opposée à la médiocrité, ce n'est pas une chose
opposée à une autre, C'EST QUELQU'UNÉ POSE A QUELQU'UN
: C'EST DIEU OPPOS AU MOI !
La sainteté, c'est Dieu Lui-même dans Son essence. C'est la
dernière fin de l'homme.
REFERENCES DU CHAPITRE II
61 Gen. 4; 13-14 et 19.73 2 Rois 4-5.
85 Jude 12.
62 Phil. 3. 19.
74 Jean 14. 5-11.
86 Jude 12.
63 2 Pi. 2. 7-8.
75 Matth. 5. 13.
87 Matth. 6. 24.
60 1 Cor. 3. 15.
76 Matth. 5. 15.
88 Luc 9. 59-62.
65 Nomb. 22-24.
77 Matth. 25. 3.
89 Apoc. 3. 17.
66 2 Pi. 2. 15-17.
78 Matth. 9. 16.
90 Jacq. 1. 6-8.
67 Nomb. 31. 18.
79 Matth. 9. 17.
91 Jacq. 4. 4.
68 I Sam. 1-4.
80 1 Cor. 13. 1.
92 Ephés. 4. 14.
69 Luc 14. 26.
1 Cor. 13. 1.
93 1 Cor. 3. 1.
70I Sam. 9. 1-2.
82 2 Pi. 2. 17.
94 Rom. 10. 2.
71 I Sam. 15.
83 Jude 12.
95 Gal. 5. 19-20.
72 I Sam. 31.
84 Osée 6. 4.
46
CHAPITRE III
QU'EST-CE QUE LA SAINTETÉ?
Définition et manifestation
Des premières pages de la Bible aux dernières exhortations de
l'Apocalypse, Dieu se révèle aux hommes comme l'Être Saint par
excellence.
Le mot « saint » désigne ce qui est souverainement élevé et
parfait, essentiellement pur et conforme a la loi divine. Par son
étymologie, sainteté dit séparation, mise à part et aussi consécration.
L'image par laquelle l'Écriture nous la dépeint est celle de la
lumière, c'est-à-dire de la pureté même 1. La sainteté est donc
l'essence même de Dieu 2. Appliqué aux choses, ce terme est opposé
à « profane », « commun », « vulgaire » et parfois même à « souillé
» et « impur ».
Si l'on pouvait, à la rigueur, enlever à Dieu par la pensée tel ou
tel de ses attributs, sans qu'Il cessât d'être, le dépouiller de sa
sainteté serait l'anéantir. Appliquant ce principe à l'amour, quelqu'un
a pu dire qu'à supposer que nous fussions réduits à l'épouvantable
alternative de renoncer à l'amour de Dieu ou de renoncer à sa
sainteté, c'est celle-ci qu'il faudrait sauver, puisqu'en supprimant en
Dieu l'amour, l'homme
47
ne ferait que rendre impossible son propre bonheur, tandis qu'en
supprimant en Lui la sainteté, c'est l'Univers moral qu'il ébranlerait
jusque dans ses fondements. Le dernier fond des choses divines et le
dernier but des créatures morales n'existeraient plus (Voir J. Monod
: Enc. Sciences relig. Tom. XI, p. 407).
Selon Frédéric Godet, le surnaturel sous sa forme la plus élevée,
ce n'est pas le miracle, mais la sainteté. « La sainteté, écrit-il, c'est le
bien moral dans son apparition la plus sublime 3 ».
Mais qu'est-ce que le bien ?
Pour Ernest Naville, « le bien n'est pas un être ou une chose.
C'est un ordre déterminant les rapports des êtres, rapports qui
doivent être réalisés par des volontés 4 ».
En Dieu, la sainteté est donc la pleine possession de Lui-même,
ou l'union indissoluble et harmonieuse de toutes ses perfections.
C'est Sa volonté inébranlable de maintenir l'ordre qui doit régner
entre les êtres et les amener tous à une relation qui doit les unir.
En l'homme, la sainteté consiste dans la réalisation complète de
sa vocation véritable qui n'est autre que l'accord parfait de sa volonté
avec celle de Dieu. La sainteté chez la créature, c'est son
acquiescement volontaire à la position suprême de Dieu.
Ainsi, dans le domaine de l'absolu, comme dans celui du relatif,
la sainteté est en réalité toujours identique à elle-même.
Le triomphe de la Sainteté
En disant que Dieu est saint, la Bible n'affirme pas seulement
que Sa volonté est conforme au bien, mais qu'elle est la nature du
bien, la loi morale elle-même. C'est pourquoi cette sainteté s'appelle
aussi « la gloire
48
de Dieu » qui doit resplendir de tout son éclat après avoir triomphé
de toutes les contradictions 5.
Souverainement élevé au-dessus de toutes choses 6, de tous les
peuples et de tous les dieux 7 7, le Saint béni ne peut être atteint par
le mal, et aucune imperfection ne saurait être trouvée en Lui s. Toute
initiative sainte vient de Lui, car Ses perfections ne sont nullement
figées en Lui. Sa sainteté, loin d'être inerte et oisive est comme une
flamme qui consume le péché et, parfois le pécheur. Si Dieu se
possède pleinement, si Sa patience est longue à l'égard du coupable,
il n'en est pas moins vrai que le jour vient où Dieu sort de son
silence apparent et s ' affirme Lui-même avec une jalousie invincible
— qui n'est en réalité que l'activité de Sa sainteté 9. Le mal moral
attire Son courroux. Sa colère ardente anéantira finalement tous les
obstacles et Sa volonté sainte aura le dernier mot 10 .
Éprouvé , tenté de toutes manières, le croyant sait que Dieu est
Dieu. Il a l'assurance que le mal ne triomphera pas. Dans la foi, il
garde l'espérance et se réfugie dans l'amour du Père dont le
témoignage irrécusable lui a été donné à la Croix, dans le sacrifice
de Son Fils unique, Jésus-Christ. Là, dans la chair du Christ, Dieu a
condamné le péché des hommes tout en offrant à ces derniers un
merveilleux Sauveur. La sainteté de Dieu reste donc inséparable de
Son amour, Dieu ne voulant pas que le méchant meure, mais qu'il se
convertisse et qu'il vive 11
Un suprême appel
Que nous lisions l'Ancien Testament, ou le Nouveau, partout
retentit ce suprême appel de Dieu à Ses créatures : « Soyez saints,
car Moi, je suis saint 12 ».
Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de
49
la Loi, des Psaumes et des Prophètes, est le Dieu et Père de notre
Seigneur Jésus-Christ et de ses apôtres. Créateur et Rédempteur,
l'Être même « qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant » 13, est
proclamé trois fois saint par les séraphins que contemple Esaïe, et
par les quatre êtres vivants décrits par Jean, le voyant de Patmos 10.
Le nom de Dieu, symbole de Sa personne est Saint et redoutable, et
doit être reconnu comme tel 15. Pour toute créature, Il est le Saint
in- comparable 16. En relation avec les descendants
d'Abraham, il est le Saint d'Israël 17. Jésus Lui-même l'appelle
« Père saint » 18 et apprend à Ses disciples à sanctifier Son Nom 19.
Il leur demande même d'être « parfaits comme leur Père céleste est
parfait » 20. Cette sainteté consiste à être séparé du monde profane,
c'est-à-dire pécheur 21, et consacré à Dieu dans notre esprit, notre
âme et notre corps 22
Le défi du profane
Comme ce fut déjà le cas au cours de l'histoire du monde, nous
vivons à nouveau dans une époque où le sacré et le profane tendent
de plus en plus à se confondre. Les mots «sécularisation », «
désacralisation », «
démythification », sont à l'ordre du jour dans les discours et les
écrits des philosophes, des sociologues et des théologiens.
Si certains hommes se réclament encore d'un Dieu d'amour, la
majorité du monde, issu de « feu la chrétienté », ne se soucie plus
d'un Dieu saint. Quand la notion de la sainteté diminue, celle du
péché se perd et, par conséquent l'idée d'un châtiment temporel ou
éternel ne se conçoit même plus.
Nous serions les premiers à nous réjouir de la conjonction du
sacré et du profane, si nous pouvions
50
croire que tous les hommes et toutes les choses de l'existence sont
actuellement pénétrés par Dieu et réunis dans l'harmonie des
perfections divines.
Un rappel nécessaire
La distinction entre le sacré et le profane vient du péché.
Lorsque ce dernier ne sera plus, nous savons par les Écritures que
l'Univers entier participera à la sainteté de Dieu 23
Mais l'homme qui prétend aujourd'hui être arrivé à l'âge adulte,
a-t-il vraiment atteint la stature de la plénitude du Christ 24 ? A-t-il
renoncé à ce mal qu'il commet contre lui-même, contre son frère et
contre Dieu ? S'est-il débarrassé du péché et de ses funestes
conséquences ? Les progrès de la science et de la technique nous
font-ils avancer vers la plénitude des temps et la réunion de toutes
choses dans le Christ 25
Un simple coup d'oeil sur l'humanité en « mutation » nous
enlève toute illusion.
Aux jours où l'homme marche sur la lune et, de cet astre, fait
entendre sa voix et manifeste son image dans les foyers les plus
isolés de la terre, sous le même toit, des gens mariés n'ont plus rien à
se dire, et le dialogue entre parents et enfants devient souvent im-
possible.
D'autre part, dans l'ère spatiale où tout est fait pour faciliter les
communications, les rencontres et les ententes, paradoxalement, les
conflits politiques, sociaux et religieux se multiplient et
s'exacerbent.
Et tandis que l'homme justifie les dépenses qu'il consacre à la
domination du Cosmos, en répertoriant déjà « les fruits de l'espace »,
ces sensationnelles« retombées », tous les bienfaits dont l'humanité
bénéficiera bientôt grâce aux innombrables recherches et
51
aux découvertes révolutionnaires dues à la recherche spatiale, les
tremblements de terre multiplient leurs victimes, les guerres atroces
se perpétuent, les hommes, les femmes, les enfants des pays sous-
développés meurent de faim. Chez les peuples grisés par l'indé-
pendance, les idéaux racistes et nationalistes divisent les états et
rallument des incendies sanguinaires que les intérêts des grandes
puissances ne font qu'attiser par leur aide ou leur opposition
hypocrites. La torture, la violence, l'injustice, le meurtre, prolifèrent
sur notre planète. Eros et la Drogue sont divinisés, et tous ces
Molochs, nouveaux et anciens, dévorent les enfants des hommes.
Non ! jusque dans les pays les plus christianisés, ce n'est pas
l'Évangile qui pénètre les divers éléments du monde pour les
sanctifier. Au contraire, partout ce sont les éléments du monde qui
submergent les Églises demeurées trop longtemps infidèles. Ce qui
restait de saint se transforme en choses profanes par une
transvaluation des valeurs. C'est la sainteté à notre mode, une
sainteté selon nos vues, selon nos désirs, une sainteté qui ne coûte
rien et que dénonçait déjà Bourdaloue au 17e siècle.
Que dit l'Écriture ?
Bien avant le prédicateur de l'Ordre des Jésuites, Dieu, par la
bouche de son prophète Ézéchiel , reprochait aux sacrificateurs de
Jérusalem de violer Sa Loi et de profaner Ses sanctuaires.
Nous lisons : « Ils ne distinguent pas ce qui est saint de ce qui
est profane, ils ne font pas connaître la différence entre ce qui est
impur et ce qui est pur, ils détournent les yeux de mes sabbats et je
suis profané au milieux d'eux 26 ».
52
Dans le Lévitique, nous apprenons que Dieu avait pris certaines
mesures afin que les prêtres puissent distinguer ce qui est saint de ce
qui est profane, ce qui est impur de ce qui est pur, et enseigner aux
enfants d'Israël toutes les lois que l'Éternel leur avait données par
Moïse 27.
Au dernier chapitre de l'Apocalypse retentit également un
avertissement significatif pour nous tous : « Le temps est proche.
Que celui qui est injuste soit encore injuste, que celui qui est souillé
se souille encore ; et que le juste pratique encore la justice, et que
celui qui est saint se sanctifie encore. Voici, je viens bientôt, et ma
récompense est avec moi, pour rendre à chacun selon ce qu'est son
oeuvre 28 ».
A chacun son espérance
Mais faut-il rappeler des textes bibliques à une génération qui,
depuis juillet 1969, pense vivre déjà audelà de Babel ?
Après avoir vu l'empreinte du premier pas de l'homme sur la
lune, d'aucuns prétendent que l'humanité n'a plus rien à attendre
d'autre avant la fin du siècle que « le fatal second acte : la naissance
du premier enfant d'homme sur un autre monde, début de la
véritable colonisation de l'espace. Quand il y aura des hommes pour
ne plus tenir notre planète pour leur terre natale, les Terriens se
rapprocheront bien davantage les uns des autres » (Voir « Le Cour-
rier de l'UNESCO, mars 1970).
Grâces soient rendues à Dieu ! Nous n'attendons rien de fatal,
mais avec l'apôtre Paul nous aimons à redire en toute humilité : «
Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d'où nous attendons
ardemment, comme Sauveur, le Seigneur Jésus-Christ, qui
53
transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de
gloire, avec cette force qu'il a de pouvoir se soumettre l'Univers29 »
A chacun son Espérance et sa responsabilité.
Un retour à la Bible
Si nous voulons saisir ce qu'est la sainteté, il nous faut revenir à
la lecture et à l'étude de la Parole de Dieu.
Dans les Écritures, nous apprenons qu'invariablement Dieu veut
le salut de ses créatures 30. Pour atteindre ce but et faire rayonner Sa
sainteté parmi les hommes, Dieu a suivi une méthode d'éducation
progressive et historique.
Après l'appel d'Abraham et l'accomplissement de Ses promesses
en Isaac et Jacob, Dieu forma dans la fournaise égyptienne un
peuple à part. Au temps convenable, Dieu se révéla aux esclaves
hébreux comme le Dieu Saint, « le Saint d'Israël ». Ayant fait des
douze tribus Son peuple, Dieu le délivre, le protège et le guide avec
un soin jaloux. La vocation unique qu'II lui propose est de refléter
Sa sainteté : « ...vous serez pour moi une nation sainte ! Les nations
sauront que je suis l'Éternel qui sanctifie Israël 31 »
La proclamation de la sainteté de Dieu était le fond même des
institutions de ce peuple :
Les ordonnances multipliées et minutieuses qui constituaient
son culte, purification, distinction entre aliments, sacrifices divers,
ustensiles sacrés, n'étaient que l'expression infiniment détaillée et
sans cesse remise sous les yeux d'Israël de cette double vérité :
Jéhova est saint, son peuple est appelé à être saint. « Vous vous
sanctifierez et vous serez saints, car moi je suis saint 32 ».
54
Les prêtres chargés de la célébration du culte étaient à leur tour
séparés du reste du peuple, en qualité de représentants du Dieu
Saint, comme le peuple luimême l'était du reste de l'humanité 33.
Aaron, le premier grand prêtre, est appelé « le saint de l'Éternel » 34
Il devait ainsi que ses successeurs, porter au front ces mots gravés
sur une plaque d 'or : « Sainteté à l'Eter-nel » 35
Comme il y avait en Israël des personnes saintes et des
cérémonies saintes, il y avait aussi pour le service de Dieu des
instruments sacrés et des lieux saints, séparés de tous les autres, un
temple rempli de la sainteté de Jéhova u. Cet édifice était l'image
terrestre du temple céleste où Jéhova a Son trône 3 . Dans ce temple
même, il existait une séparation entre « le lieu saint » et « le lieu très
saint.
Enfin, il y avait tout au long de l'année, des époques saintes, des
sabbats, des fêtes solennelles où se concentrait la vie religieuse du
peuple de Dieu 39.
Le terme ultime de ce vaste symbolisme sera un état de choses
où toute la vie, et tous les objets de l'existence, seront consacrés à
l'Éternel, jusqu'aux clo- chettes des chevaux et aux chaudières 4 . La
séparation partout accentuée dans l'Écriture entre le sacré et le
profane — séparation rendue nécessaire à cause du péché -- sera
finalement abolie. Alors sera réalisée la pensée première de Dieu
pour la création, savoir le bonheur suprême de ses créatures par une
entière communion de volonté avec Lui.
La Sainteté en nous
En l'homme, la sainteté est l'affirmation invariable, humble,
joyeuse et filiale de Dieu, par toutes les puissances de son être et
jusqu'au complet sacrifice de lui-même 41
55
La sainteté en nous n'est donc pas un dépassement dû au travail
laborieux de notre nature. C'est Dieu manifesté dans notre chair
mortelle par le 42.Cette sainteté devient visible en nous dans la
mesure où nous diminuons nous-mêmes et où Dieu devient tout 03.
Par la foi nous plongeons dans l'océan de Sa sainteté. Sa vie, Son
royaume, Sa gloire, tout appartient aux disciples qui entendent leur
Seigneur s'écrier : « Soyez saints, car moi je suis saint » 04
La sublime rencontre
Un Dieu qui parle ainsi ne peut pas rester un inconnu pour ceux
qu'Il appelle et qui Lui obéissent 45. C'est pourquoi nous pouvons
affirmer que l'appel de Dieu ne va pas sans une révélation de Sa
Personne glorieuse à nos âmes46 .
C'est cette rencontre personnelle de l'âme avec Dieu qui fait de
la sainteté une réalité simple et lumineuse, alors qu'elle reste une
notion insondable pour la pure intelligence. Si nous n'avons au sujet
de la sainteté que des définitions abstraites, nous n'aurons aucun
goût pour elle, et nous serons sans force pour marcher dans le
chemin qui y conduit.
Le secret de tous les saints, qu'ils appartiennent à l' Ancienne ou
à la Nouvelle Alliance, réside dans la révélation personnelle que
Dieu leur accorda en les appelant. Cette révélation nécessaire n'est
pas donnée en vertu des mérites, des oeuvres, des expériences, de la
position sociale ou de l'âge de ceux qui en bénéficient. Elle vient
uniquement de la pure grâce de Dieu qui apporte le salut à tous les
hommes. Là où la grâce est reçue dans la vie, le Saint-Esprit déter-
mine un changement radical 07. Sans cette opération divine, la vie
de Dieu reste un désir, une espérance, mais n'est pas une possession,
une certitude 48
56
Dans tous les temps, une telle révélation a toujours eu pour effet
de jeter l'homme aux pieds de Dieu, dans le sentiment de son infinie
misère.
Le meilleur parmi les hommes se voit comme une ronce, et le
plus droit comme un buisson d'épines 09.
Le plus fort se sent devenir comme de l'étoupe devant un feu
consumant 50 .
Le plus sage reconnaît sa folie 51
Le plus parfait s'écrie : « Je suis une créature de rien » 52
Dans le faisceau lumineux des perfections divines, le plus fidèle
découvre son impureté, et toutes ses justices lui apparaissent comme
un vêtement souillé 53
Le visage du plus intègre change de couleur et se décompose 54
.
Devant Dieu, la lune même ne brille pas et les étoiles ne sont
pas pures à Ses yeux : combien moins l'homme, un ver, et le fils de
l'homme, un vermisseau 55
Si l'homme pourtant se relève après une telle révélation, ce n'est
que par une intervention providentielle de Dieu. Une grâce lui est
faite. S'il se met à marcher, c'est soutenu uniquement par une
promesse divine que son être entier croit et s 'approprie. Désormais,
il n'est plus le même. Sa vie se détache du monde et se fixe en Dieu.
Une création nouvelle paraît. Les tendances naturelles ne sont plus
maîtresses, mais dominées. L'entendement est renouvelé. Une vision
nouvelle est donnée. Un feu s'allume en lui. Une passion l'anime.
Une force surnaturelle le soutient et l'entraîne, et la course s'achève
dans une pleine victoire 56
Une sérieuse mise en garde
Dans l'histoire des premiers siècles de l'Église, il n'est fait
aucune mention d'honneurs religieux rendus
57
à ce qu'on appelle aujourd'hui des « saints ». Ce mot n'avait
nullement alors le sens qu'on lui a donné depuis. Il n'était point
exclusivement réservé aux fidèles morts dans la pratique des vertus
chrétiennes, et que la vénération des vivants plaçait au Paradis. Il
s'appliquait indistinctement à tous les membres « vivants » des
nouvelles communautés ecclésiastiques. Le livre des Actes des
Apôtres et les Épîtres du Nouveau Testament en font foi.
Les saints selon Dieu ne sont donc pas des hommes qui ont cru
une théorie, ou qui ont adhéré intellectuellement, ou même du coeur,
à une doctrine particulière. Ce ne sont pas non plus des individus
qui, à force de discipline et d'efforts sont parvenus à un dépassement
d'eux-mêmes, ils n'ont pas nécessairement accompli des miracles ou
des actions extraordinaires. Ce sont des êtres qui ont cru Dieu 57 —
Personne
vivante qui leur a révélé leur état et l'amour de Son coeur.
Désormais, ils connaissent Sa voix, ils savent en qui ils croient, et
qui ils adorent. S'ils ont encore des manquements et souffrent de
mille imperfections, ils savent pourtant qu'ils n'ont plus à croupir
dans leur misère, ni à se décourager et à s'arrêter en chemin. Ils
connaissent Dieu et n'acceptent plus la défaite, puisqu'ils se savent
aimés de Lui, et prédestinés à être conformes à l'image de son Fils
Jésus-Christ 58. Dieu n'a pu leur mentir. Aussi, cessant de regarder à
eux-mêmes, à ce qu'ils sont par nature, ils fixent sans cesse leurs
regards sur Celui qui a promis et qui est fidèle et puissant pour tout
accomplir en eux et par eux. Rachetés par le Christ, ils appartiennent
à Dieu qui a fait Sa demeure en eux par Son Esprit. Ils sont saints
par Celui qui habite en eux, par la vie du Cep qui coule dans les
sarments 59 .
58
Avec l'Évangile, nous voyons combien nous sommes loin des
indigestes inepties, des bigotes niaiseries, des légendes bouffonnes
et des balivernes que l'on trouve dans les « Vies des Saints » écrites
par des auteurs religieux du Moyen Age. Avec beaucoup d'autres,
nous sommes convaincus que des ouvrages de ce genre ont jeté sur
la religion un ridicule plus ineffaçable que les amers sarcasmes de
Voltaire.
La vie des hommes de la Bible
Si nous avons vu dans un précédent chapitre qu'en dernière
analyse « la médiocrité » n'était rien d'autre que notre « moi », nous
pouvons souligner maintenant que la « sainteté » c'est Dieu Lui-
même contemplé et possédé dans le sanctuaire de Sa gloire
Les vérités que nous venons de rappeler au sujet de cette
révélation que Dieu donne de Sa Personne, se voient comme à l'oeil
nu dans la vie des hommes de la Bible.
C'est cette révélation qui fit du païen Abraham, l'homme qui
obéit, quittant tout pour vivre de la vo- lonté de Dieu dans une terre
étrangère 61. Devenu « le père de tous les croyants », Abraham nous
laisse les traces de sa foi pour que nous y marchions 62.
C'est une rencontre avec Dieu qui fit de l'escroc Jacob un
homme au nom nouveau : Israël. C'est dans ce contact qu'il fut béni.
Après une nuit de lutte épuisante, son âme tourmentée fut enfin
délivrée 63
Moïse, un meurtrier en fuite, vit son exil prendre fin après la
vision du buisson ardent. Il devint le sauveur de son peuple et le plus
doux des hommes de la terre 64
Le craintif Josué, écrasé par de lourdes responsabilités verra
venir à Lui le Chef de l'Armée de l'Éter
-
59
nel. Il trouvera dans cette conversation sainte la force et les
directions nécessaires pour accomplir jusqu'au bout sa mission, et
conquérir le pays de Canaan 65 .
Le pauvre et chétif Gédéon deviendra, après son tête-à-tête avec
l'Éternel, le vaillant héros vainqueur des Madianites 66 .
Manoah et sa femme, couple âgé et stérile, mettront au monde
le puissant Samson après avoir vu et entendu Celui dont le Nom est
merveilleux 67.
Un enfant, Samuel, deviendra, par cette révélation, le
dépositaire des pensées de Dieu à la place du vieux sacrificateur Eli
8.
Esaïe, dans la vision de l'Ineffable, découvrira son impureté,
mais, après s'être vu perdu, il connaîtra le bonheur que procure
l'assurance de l'expiation de nos péchés, et la joie d 'un service pour
Dieu parmi les pécheurs 69.
Jérémie perdra ses complexes d'infériorité et deviendra le
prophète à la parole de feu, « une ville forte », « une colonne de fer
», « un mur d'airain », quand Dieu aura parlé avec lui 70.
Ézéchiel après avoir vu l'image saisissante de la gloire de
l'Éternel, sera dans la main de Dieu l'homme au front de diamant
plus dur que le roc, pour s'opposer aux Israélites infidèles 71 .
Daniel, décomposé et sans vigueur devant la vision divine, sera
fortifié et assuré de l'amour de son Dieu, qui le rendra capable de
comprendre et de connaître ce qui arrivera à la fin des temps 72.
Jésus, le Saint et le Véritable
L'enseignement de l'Ancien Testament n'est pas sans
importance pour nous, car toutes ces choses sont
60
les ombres de la sainteté véritable qui doit se manifester dans nos
vies par une consécration totale de tout notre être au Seigneur, et par
une séparation de tout ce qui peut Lui déplaire 73.
Mais tandis que le Mosaïsme, qui répond à la période de
l'enfance du peuple d'Israël, place surtout la sainteté dans les formes
extérieures 7 0 , les Prophètes, en prêchant, la mettent
principalement dans le coeur 75. Pour trouver la sainteté réalisée,
c'est pourtant à la Personne et à la vie de jésus-Christ qu'il faut
regarder 76 .
Lui seul a accepté toute entière la volonté de Dieu, et l'a
parfaitement accomplie 77. En lui, la sainteté est descendue du
domaine abstrait des préceptes, ou des promesses, dans la réalité
historique. Depuis Sa venue dans le monde, non seulement nous
savons, mais nous avons contemplé ce qu'est la sainteté véritable
dans les conditions de la vie humaine 78 .
Par la foi, ayant reçu jésus dans nos coeurs pour Sauveur et
Seigneur, fixons nos yeux sur ce Modèle parfait. Nourrissons nos
pensées de Sa Personne, et nous serons sûrs d'achever notre course
et de n'être confus en rien 79 .
Quand le Christ vint sur la terre, ceux qui s'approchèrent de Lui
avec foi connurent la profondeur de leur misère, mais virent aussi
leur vie physique, psychique et spirituelle complètement
transformée80 .
Après Son Ascension à la droite du Père, c'est encore par la
révélation de Sa gloire et de Sa sainteté, que le Christ saisit Saul de
Tarse pour en faire l'apôtre Paul 8
C'est aussi par la manifestation de la sainteté glorieuse du Christ
que jean, à Patmos, fut préparé à recevoir les révélations de
l'Apocalypse 82 .
61
En route vers la sainteté
Pour que toute gloire revienne à Dieu seul, c'est toujours par un
appel et une révélation que nous sommes rendus participants de Sa
sainteté 83 .
Comme pour le peuple élu, pour chacun de nous la sainteté
consiste, répétons-le, à être séparé du ondprofane, c'est-à-dire
pécheur, et à être consacré à
Dieu 84.
Le devoir absolu de tendre à la sainteté se fonde pour nous,
enfants de Dieu, sur la sainteté de notre Père céleste à laquelle nous
avons cru, et vers laquelle nous allons. Nous n'avons pas avec notre
Père céleste une relation sentimentale, mais une relation de nature
85. Nous sommes nés de nouveau et avons été engendrés par un
Père dont le caractère essentiel est la sainteté.
Ayant reçu le Christ par la foi, à mesure que nous croissons
dans la vie spirituelle, Sa personnalité doit se préciser en nous, se
former, se développer, se dégager, et cela par le Saint-Esprit, dans
une justice et une sainteté que produit la vérité 86
Dieu nous a choisis pour le glorifier par notre sainteté. Que
ferons-nous maintenant ? Écouterons-nous l'appel de Dieu ?
Aspirerons-nous de tout notre coeur à une révélation plus parfaite de
Sa personne, ou resterons-nous dans la médiocrité ?
Dieu attend la décision de notre coeur. Son désir est de nous
voir nous engager dans la voie qui conduit à la sainteté, état idéal et
définitif.
Ce chemin, c'est la sanctification, travail spirituel et continu
qu'opère le Saint-Esprit dans nos âmes, si nous Le laissons agir
durant notre course terrestre. Suivre ce chemin suppose cependant
une première rencontre avec le Fils de Dieu, Jésus-Christ.
62
RÉFÉRENCES DU CHAPITRE III
1 Esaïe 10. 17.
28 Apoc. 22. 10-12.
58 Rom. 8. 29.
1Jacques 1. 17.
20 Phil. 3. 20-22.
59 Jean 15. 1-3.
1 1 Jean 1. 15.
30 Ez. 18. 32.
66 Ps. 63. 2-3.
2 Exode 15. 11.
30 1 Tim. 2. 3-4.
61 Gen. 12. 4.
3 Fr. Godet :
31 Ex. 19. 6.
62 Rom. 4. 12.
«Conf. Apol.».
31 Deut. 4. 31-39.
63 Gen. 32. 24-31.
4 . Prob. du Mal »
31 Ex. 37. 28.
64 Ex. 3.
p. 17.
32 Lév. I1. 44.
65 Josué 5. 13-15.
5 Esaïe 60.
33 Ex. 28. 1 ; 29. 1.
66 Juges 6. 11 et ss
6 Esaïe 57. 15.
34 Ps. 106. 16.
67 Juges 13.
7 Psaume 99. 2-3.
35 Ex. 28. 36-38.
68 1 Sam. 3.
7 2 Ch. 2. 5.
36 1 Rois 8. 10-11.
69 Es. 6.
8 Jacques 1. 13.
37 Ps. 11. 4.
70 Jar. 1.
8 Hab. 1. 12-13.
38 Ex. 26. 33.
71 Ez. 1-3.
9 Exode 34. 6-7.
39 Lév. 23.
72 Dan. 10. 8-21.
10 Héb. 10. 26-31.
40 Zach. 14. 20-21.
73 Héb. 10. 1.
11 Ezéch. 18. 23.
41 1 Jn. 3. 16.
73 Rom. 12. 1-2.
12 Lév. 11. 44-45.
42 2 Cor. 4. 11.
74 19. 10-15.
12 1 Pierre 1. 16.
43 1 Cor. 3. 21-23.
75 Es. 1. 16-17.
13 Apoc. 1. 8.
44 Lév. 19. 2.
77 Jean 8. 48.
14 Esaïe 6.2-3.
45 Jn. 14.21.
77 Jean 6. 38.
14 Apoc. 4. 8.
46 Jean 17. 3.
77 Luc 22. 42.
15 Psaume 111. 9.
48 1 Jean 3. 6.
78 1 Jn. 1. 1-3.
16 Esaïe 40. 25.
47 2 Cor. 5. 17.
79 Phil. 1. 20.
17 Esaïe 47. 4.
48 1 Jn. 3. 1-3.
80 Les Évangiles.
18 Jean 17. 11.
49 Michée 7. 4.
81 Actes 9.
19 Matth. 6. 9.
50 Esaïe 1. 31.
81 Gal. 1. 13-16.
20 Matth. 5. 48.
51 1 Cor. 1. 20.
82 Apoc. 1. 9-20.
21 2 Cor. 6. 16-18.
52 Job 39. 37.
83 Col. 1. 12.
22 1 Thess. 5. 23.
53 Es. 6. 5.
83 2 Pi. 1. 3-4.
23 Actes 3. 19-21.
53 Es. 64. 5.
84 2 Cor. 5. 17-18.
24 Ephès. 4. 13.
54 Dan. 10. 8.
85 1 Jn. 3. 1.
25 Ephès. 1. 10.
55 Job 25. 5-6.
86 Col. 1. 26-29.
26 Ezéch. 22. 26.
56 2 Tim. 4. 7-8.
86 Ephés. 4. 23-24.
27 Lév. 10. 8-11.
57 Jean 6. 29.
63
CHAPITRE IV
LA SAINTETÉ. OU LA VIE EN CHRIST
Se revêtir du Seigneur Jésus-Christ
Dieu nous appelle à Son Royaume et à Sa gloire Son but pour
nous, c'est la sainteté 2 A cette fin, Il nous convie à revêtir pour
traverser ce monde la vie du Christ 3. Lui seul, en effet, nous permet
de répondre ici-bas à notre vocation sainte et de marcher d'une
manière digne de notre glorieux appel 0. Si nous n'avons rien en
nous, nous savons qu'en Lui habite toute la Plénitude de la Divinité,
et nous nous trouvons en Lui associés à Sa plénitude 5. Autrement
dit, c'est en Christ seul que l'homme est accompli et Dieu attend que
Ses enfants d'adoption manifestent dans ce monde la vie même de
Son Fils Afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu, c'est par Lui
que nous sommes dans le Christ Jésus qui, de par Dieu, est devenu
pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption'.
Apprendre le Christ
Ayant reçu le Christ dans une prédication et un enseignement
conformes à la vérité qui est en Jésus, nous apprenons la vie qu'Il a
eue sur la terre 8. De la crè-
64
che à la Croix, au sein de la pauvreté et dans un climat hostile, Jésus
fit resplendir la connaissance de la gloire de Dieu 9, dans une vie
d'amour, d'obéissance, de renoncement, de dépendance, d'humilité,
de douceur, de confiance, de foi, de lumière, de vérité, de justice, de
sainteté, de joie, de paix et de puissance. Le Christ a vraiment
souffert pour nous, nous laissant un modèle afin que nous suivions
Ses traces 10
L'approbation de Dieu reposa totalement sur cette vie. A
plusieurs reprises le ciel entier vibra et la voix du Père manifesta sa
satisfaction infinie, désignant publiquement Jésus comme Son Fils
bien-aimé, l'objet de toute Sa faveur, Son élu, le seul Maître que
nous ayons à écouter 11
Se nourrir de Christ
A ceux qui l'écouteraient et croiraient en Lui, Jésus promettait
la vie éternelle 12. Et cette vie était celle du Père,3la vie même de
Dieu incarnée en Son Fils uni que . Pour que cette vie devienne la
nôtre, Jésus devait nous la donner 14. Il fallait donc sa mort sans
laquelle Sa chair et Son sang ne pouvaient être un aliment et un
breuvage pour nos âmes 15. Croire, c'est s'approprier cette vie
donnée, c'est se nourrir de Christ et laisser Dieu manifester le fruit
de cette vie en nous.
Relisons les Évangiles et écoutons Celui qui a les paroles de la
vie éternelle décrire en diverses images ce que connaîtra celui qui
croira en Lui.
Des tableaux incomparables
C'est en nous le rafraîchissement d'une fontaine d'eau jaillissant
en vie éternelle. Celui qui boit de cette eau n'aura jamais soif 16.
C'est le rassasiement ineffable de l'âme par un ali-
65
ent céleste, le pain vivant. Si quelqu un mange de ce pain, il vivra
éternellement 17 .
Ce sont des fleuves d'eau vive coulant de notre sein sur nos
frères et sur le monde, notre corps étant devenu le temple du Saint-
Esprit
18.
C'est la lumière de la vie dissipant les ténèbres de notre route, la
possibilité de marcher ici-bas dans la pleine clarté de la face de Dieu
19.
C'est la protection et la direction d'un Bon Berger, une liberté
glorieuse de mouvement, une nourriture assurée, une vie abondante
à laquelle la mort ne saurait mettre fin 20
C'est une connaissance intime du Père, la présence même de la
Trinité en nous, une véritable puissance, la capacité de faire des
oeuvres plus grandes que le Christ et de porter beaucoup de fruit, et
du fruit qui demeure 21
C'est être consolés en toutes circonstances et conduits par le
Saint-Esprit dans toute la vérité22
Une réalité pour notre temps
Des hommes semblables à nous ont connu cette vie en Christ.
Comme l'annonçait l'antique prophétie, « le parfait Serviteur de
l'Éternel » après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, a
véritablement prolongé ses jours sur la terre 23, en animant de sa vie
des êtres aux mêmes passions que nous.
Jésus ne change pas et veut aujourd'hui encore manifester les
signes de Sa présence en ceux qui portent Son nom 20. Tous, nous
pouvons expérimenter dans notre existence, la réalité de toutes les
promesses du Fils de Dieu, devenir Sa postérité, une plantation du
Seigneur pour servir à Sa gloire 25.
66
Le témoignage de Paul
L'apôtre Paul proclame qu'en toutes choses, nous sommes plus
que vainqueurs par Celui qui nous a aimés 26. Dieu nous donne la
victoire par notre Seigneur Jésus-Christ 27. Il nous fait toujours
triompher en Christ et, par nous, répand en tous lieux le parfum de
sa connaissance. Car nous sommes bien, pour Dieu, la bonne odeur
du Christ parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui se perdent,
pour les uns, une odeur qui de la mort conduit à la mort ; pour les
autres, une odeur qui de la vie conduit à la vie 28. Être vainqueurs
en toutes circonstances, triompher de tout et toujours, voilà bien le
vrai moyen de faire connaître le Christ dans le monde d'une manière
capable de susciter de l'intérêt pour Lui parmi les hommes.
Paul nous dévoile le secret d'une telle vie en ces termes : « J'ai
été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n'est plus moi, mais le Christ
qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au
Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi » 29. Ailleurs, le
même apôtre dira encore : « Pour moi, certes, la vie c'est le Christ »
30. Il ajoutera plus loin : « Je puis tout par Celui qui me fortifie » 31
.
Depuis sa rencontre avec le Ressuscité, Paul ne s'arrêta jamais.
Les yeux fixés sur le Christ devenu le centre et le but de sa vie, il ne
dit pas : « Je marche », mais « Je cours » 32. Aussi termine-t-il sa
carrière en s'écriant : « J'ai combattu jusqu'au bout le bon combat,
j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi » 33
Que nul parmi nous ne détourne l'épée de son
propre coeur en affirmant que la vie de Paul fut exceptionnelle,
Dieu ayant choisi cet homme pour être le messager de l'Évangile
parmi les païens. Alors qu'il était en prison, il écrivait : « Devenez à
l'envi mes
67
imitateurs, frères, et fixez vos regards sur ceux qui se conduisent
comme vous en avez en nous un exemple » 34. Puis il s'écrie : « Ce
que vous avez appris, reçu, entendu de moi et constaté en moi, voilà
ce que vous devez pratiquer. Alors le Dieu de paix sera avec vous »
36.
Certes, le Seigneur a véritablement empoigné Saul de Tarse.
Mais ce dernier ne résista pas. Non seulement il se laissa saisir, mais
encore il courut de toutes ses forces après le Christ, cherchant lui-
même à le saisir 36.
Aujourd'hui, courons-nous, marchons-nous, ou traînons-nous
dans les traces du Christ ?
Le témoignage de Jacques
Jacques nous invite à tenir pour une joie suprême d'être en butte
à toutes sortes d'épreuves. L'épreuve à laquelle est soumise notre foi
produit la patience. Mais il faut que notre constance s'accompagne
d'une oeuvre parfaite, afin que nous soyons parfaits, irréprochables,
ne laissant rien à désirer.
Le même auteur nous assure que toute grâce
excellente et tout don parfait viennent d'en haut et descendent
du Père des lumières, en qui il n'y a aucune variation, ni aucune
ombre de changement 37. De lui, nous pouvons tout obtenir, si nous
ne doutons pas, car Dieu donne à tous libéralement, sans rien
reprocher.
Avons-nous, dans la prière, la sainte hardiesse et la puissance
que donne une vie vécue dans la présence de Dieu et en Dieu ?
Le témoignage de Pierre
La même note victorieuse se retrouve dans les
Épîtres de Pierre. Après la Pentecôte, cet homme est
68
transformé. Rempli de la puissance du Saint-Esprit, il voit sa
prédication couronnée de succès. A la fin de sa course il déclare,
pour l'avoir expérimenté, « que Dieu a donné tout ce qui contribue à
la vie et à la piété D. Et ce « tout », nous le saisissons par « la
connaissance de Celui qui nous a appelés par Sa propre gloire et par
Sa vertu, lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les
plus précieuses promesses, afin que par elles nous devenions
participants de la nature divine...38.
Dieu a tout fait pour que le caractère et les grâces de Son Fils se
trouvent en nous et y abondent, pour que nous ne restions pas oisifs
ni stériles dans la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ.
Ayons donc d'autant plus de zèle pour affermir notre vocation et
notre élection. Ce faisant, pas de danger que nous tombions jamais.
Car c'est ainsi que nous sera largement accordée par surcroît l'entrée
dans le Royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ
39.
Comme nous avons trouvé un chemin nouveau et vivant pour
aller à Dieu, à travers la propre chair de Jésus 00, de même notre
chair mortelle livrée à Dieu devient une voie par laquelle les
hommes peuvent parvenir au Christ. Nous avons été rachetés à un
grand prix et Dieu attend de nous l'offrande vivante, sainte et
agréable de nos corps 41.
Savons-nous dans le temps présent glorifier Dieu dans nos
corps?
Le témoignage de Jean
Pour l' apôtre Jean, la vie en Christ procure une joie parfaite
dans une communion totale avec le Père et Son Fils Jésus-Christ. La
marche du disciple devient semblable à celle du Maître. C'est une
vie dans la lumière, l'amour et la vérité. Étant né de Dieu, Ses corn-
69
mandements ne lui sont pas pénibles. Il a de l'assurance devant Dieu.
L'intimité avec Jésus le fait triompher de Satan, du péché et du
monde. L'espérance de Son retour le purifie comme Jésus est pur. La
vie en Christ le rend vainqueur du monde, et la victoire qui triomphe
du monde, c'est sa foi. Dans cette confiance qu'il a en Lui, le racheté
recherche la volonté de Dieu et possède la glorieuse assurance d'être
exaucé dans toutes ses prières. Dans un monde qui gît entièrement
dans le mal, l'Engendré de Dieu le garde, et le Mauvais n'a pas de
prise sur lui 02
Ayant reçu l'intelligence pour connaître le Véritable, avons-
nous une excuse pour ne pas être quotidiennement dans le Véritable
?
Le témoignage de Jude
Jude, le frère de Jacques, confirme à son tour que la vie en
Christ nous instruit à l'égard de toutes choses. Il affirme que la foi,
c'est-à-dire l'ensemble des vérités du christianisme, a été transmise
aux saints une fois pour toutes 03. Nous n'avons donc pas à modifier
l'enseignement reçu du Christ et de ses apôtres. Rien à ajouter, rien à
retrancher. C'est en demeurant fidèle à notre seul Maître et Seigneur
Jésus-Christ, en nous édifiant sur notre très sainte foi, priant par le
Saint-Esprit que nous nous maintiendrons dans l'amour de Dieu,
prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ pour
la vie éternelle. En Christ, nous sommes assurés que Dieu peut nous
préserver de toute chute et nous présenter devant sa gloire, sans
reproche avec abondance de joie.
Ayant un tel avenir, pourrions-nous murmurer , nous plaindre
de notre sort et marcher dans nos convoitises ?
70
Le témoignage de Luc
La lecture du livre des Actes des Apôtres devrait convaincre
ceux qui doutent encore de la plénitude du don de Dieu. Nous
voyons dans ces pages écrites par « le médecin bien-aimé », la vie
même de Jésus se manifester avec puissance dans la chair mortelle
des disciples. Personne ne peut contester que la Pentecôte fut l'heure
décisive des Apôtres. Avant l'événement de ce jour, leur témoignage
était celui de « la médiocrité dorée ». Ils avaient certes répondu à
l'appel du Christ. Sans retard, ils avaient tout quitté pour le suivre :
famille, biens matériels, gagne-pain. Toutefois, ils ne s'étaient pas
quittés eux-mêmes. Ils se préoccupaient encore de leur position
future. Quelles seraient pour eux les conséquences de leurs
sacrifices ? Leur vie n'était pas entièrement absorbée dans celle de
leur Maître 44
Ce miracle s'accomplit à la Pentecôte 05 .Le Saint-Esprit
s'empara d'eux et les transforma. Le Christ n'était plus
extérieurement avec eux. Mieux, il était venu habiter en eux 46. Ce
qui eut lieu le jour de la Pentecôte doit être une réalité pour chaque
croyant 07.
Connaissons-nous individuellement la plénitude et le
renouvellement du Saint-Esprit
?
Une comparaison nécessaire
Nous enseignons facilement que nos privilèges dans l'ère
chrétienne sont infiniment supérieurs à ceux dont jouissaient les
croyants de l'Ancienne Alliance. Le Saint-Esprit revêtait
momentanément ces hommes de Sa puissance. Par Lui, ils
accomplissaient des actes de valeur. Toutefois, le Saint-Esprit
n'habitait pas en eux d'une manière permanente 48. Dans l'économie
nouvelle, souligne-t-on, et depuis l'élévation du Christ
71
auprès du Père, l'Esprit promis, le Consolateur, a été envoyé sur la
terre et habite dans l'Église et dans chaque croyant 49. Si cela est
vrai, quelle vie devrionsnous avoir !
Toute âme régénérée qui contemple la vie des hommes de Dieu
de l'Ancien Testament ne peut que s'écrier :
—
comme ma compréhension des pensées de Dieu devrait être
plus excellente que celle d'Abel, dont les oeuvres étaient justes ! Il
avait saisi le conseil de Dieu au sujet du péché et du sacrifice. Son
offrande sanglante fut agréée par la divinité.
—
comme ma marche dans ce monde devrait être plus sainte et
plus fidèle que celle d'Hénoc ! Ce patriarche chemina trois cents ans
avec Dieu, au milieu d'une génération corrompue et perverse. En ce
tempslà, il sut plaire à Dieu à un tel point que Dieu l'enleva, en sorte
qu'il ne vît pas la mort.
—
comme mon oeuvre devrait être plus utile que celle de Noé !
Divinement averti des choses qu'on ne voyait pas encore, il fut saisi
d'une crainte respectueuse et construisit une arche pour sauver sa
famille.
—
comme mon obéissance devrait dépasser celle d'A braham !
Sur l'ordre de Dieu, cet Hébreu païen quitta son pays et sa parenté, et
partit ne sachant où il allait.
—
comme enfin ma foi devrait être plus vivante que celle de
tous ces héros cités dans l'Épître aux Hébreux ! Plusieurs
vainquirent des Royaumes, exercè- rent la justice, obtinrent des
promesses, fermèrent la gueule des lions, étreignirent la puissance
du feu, échappèrent au tranchant de l'épée, guérirent de leurs
maladies, furent livrés aux tourments et n'acceptèrent pas la
délivrance. D'autres subirent des moqueries et le fouet, les chaînes et
la prison. D'autres encore furent lapidés, sciés, torturés. Ils
moururent tués par le
72
glaive, ils allèrent çà et là, vêtus de peaux de brebis et de peaux de
chèvres, dénués de tout, opprimés, maltraités, errants dans les
déserts, les montagnes, les cavernes et les antres de la terre, eux dont
le monde était indigne 50
Malgré nos avantages spirituels, vivons-nous mieux que les
témoins de Dieu qui précédèrent l'ère chrétienne ?
Une confession honnête
Si nous sommes droits devant Dieu, nous voyons d'abord notre
misère et la grande faiblesse du témoignage chrétien.
Nous sommes devenus lents de coeur à comprendre et à croire
les pensées profondes de Dieu, même au sujet du péché et de son
expiation par le sang du Christ. Abel avait saisi ce que beaucoup de
nos contemporains ne peuvent encore concevoir.
Nos difficultés à marcher avec Dieu sont de plus en plus
visibles. Son approbation ne nous suffit plus. Sa sainte compagnie
ne fait guère les délices de notre coeur. Nous ne supportons pas un
tête à tête avec Dieu. Nous nous conformons au monde et faisons
amitié avec Lui. Hénoc, lui, marchait avec Dieu.
La crainte salutaire du jugement de Dieu tend à se perdre. En
face des choses terribles qui vont venir sur la terre, nous sommes
frappés d'inconscience. Où est É notre zèle pour avertir les âmes et
annoncer à ceux qui vont périr ? Il nous répugne de prendre position
et de travailler à une oeuvre qui condamne le monde. Il nous est dur
d'aller contre le courant de la pensée et de la sagesse humaines.
Religieux ou athée, l'homme veut améliorer le monde, alors que le
dessein de Dieu est de tirer du monde qu'Il va juger, un
73
peuple qui porte Son nom. Noé croyait, craignait, prêchait et
travaillait à son propre salut.
Nous ne savons guère obéir aux ordres de Dieu dès que Sa voix
déroute nos pensées, nos projets et nos plans. En plein paganisme,
Dieu trouva un homme dont Il put disposer : Abraham était
disponible pour Dieu.
Reconnaissons combien nous hésitons à renoncer à tout pour
Dieu. Nos avantages, nos aises, notre réputation, notre prestige, nos
droits, comptent encore tellement pour nous ! Moïse savait refuser
une position en vue et faire la perte de tout pour son peuple et son
Dieu.
Notre incrédulité nous paralyse. Nous ne croyons pas vraiment
que Dieu peut tout par nous, si nous nous abandonnons à Lui. Nous
avons oublié que Sa puissance s'accomplit dans notre faiblesse 51.
Même à l'époque critique des juges, Gédéon et d'autres avec lui, et
après lui, crurent. Ils connurent des victoires éclatantes.
Enfin notre peur de la souffrance, notre attachement à nos biens,
notre recherche des honneurs, toute notre attitude crie au monde que
nous tenons encore à notre vie, à ce moi haïssable auquel nous
n'avons renoncé qu'en théorie. Nous n'avons pas vécu, ni appliqué
les idéaux que nous professons. Les héros de l'Ancienne Alliance,
malgré leurs fautes, avaient fait la perte de tout, méprisant le monde
et leur propre vie par amour pour leur Dieu.
Un diagnostic sévère
Inutile de dogmatiser. Si nous voulons la guérison, il est temps
d'admettre notre médiocrité. Elle se tra-
74
duit dans l'Église et dans notre témoignage par tous les maux dont
nous souffrons collectivement et individuellement. Médiocre
intelligence spirituelle des vérités fondamentales du Christianisme,
marche boiteuse, oeuvres mortes, désobéissance flagrante aux ordres
de Dieu. Les uns vont dans une direction opposée à la volonté de
Dieu. D'autres restent où ils se trouvent bien. On tolère l'idolâtrie,
les fausses doctrines, voulant à tout prix demeurer dans « le pays de
sa naissance et de sa parenté ». On ne sait plus renoncer. En
revanche, on insiste sur ses droits, on s'accroche à ce que l'on
possède, on s'incruste. Sans toujours s'en rendre compte, certains
s'opposent de toute leur force au Saint-Esprit qui voudrait les
emporter plus loin. De ces attitudes naissent les fatigues, les
disputes, les querelles, les jalousies, les divisions qui attristent et
éteignent l'Esprit.
Dans cet état, les églises et les assemblées ne connaissent plus
la prière victorieuse. Les exaucements sont rares. Le doute ronge les
coeurs. Tout en exposant nos requêtes à Dieu, nous éprouvons le
besoin de nous appuyer à droite et à gauche, nous fermant ainsi l'ac-
cès du ciel par notre manque de foi. Tout en prétendant servir le
Seigneur, nous n'avons plus de temps pour Dieu et nous nous
employons à organiser notre vie et nos communautés de telle
manière que Dieu n'ait plus à intervenir. Sans nous en apercevoir,
nous construisons des abris contre les dispensations de la
Providence, nous assurant dans ce monde contre tous les risques
possibles.
Et cette vie conforme au monde est devenue tellement normale
dans les églises, que l'on trouve étrange tout ce qui ne ressemble pas
à la médiocrité. C'est ici qu'on peut rappeler une fois encore le
propos de
75
J. Joubert : « La médiocrité est l'excellent pour les médiocres ».
Une guérison possible
Dieu veut pour les siens une vie de plénitude 52 Réveillons-
nous et considérons sérieusement notre appel et notre élection.
Nous ne sommes pas allés jusqu'au bout dans l'expérience
chrétienne. Nous connaissons Noël, Vendredi-Saint et Pâques, mais
nous paraissons ignorer la puissance de la Pentecôte. Ou, si nous
l'avons connue, nous avons perdu notre premier amour et contristé le
Saint-Esprit de Dieu qui est en nous 53 .
Ne nous bornons pas à écouter ou à défendre la Parole.
Pratiquons-la. Les promesses de Dieu sont certaines et véritables, les
conditions d'exaucement à notre portée.
Ayant reconnu et confessé notre péché, marchons dans une
obéissance nouvelle aux ordres du Seigneur. Il veut notre bonheur.
Ne craignons pas de renoncer à nous-mêmes. Sinon, nous
restons à mi-chemin, et être à mi-chemin, c'est avoir choisi la
médiocrité comme but de notre vie. C'est se servir et non servir le
Christ.
Le service auquel Dieu nous appelle doit être accompli avec
joie 50. Pour servir avec joie, il faut L'aimer. Cet amour nous
conduit à Lui obéir. Ét cette obéissance nous amène à renoncer à
tout pour Lui. Par ce renoncement, nous vivons au milieu du monde
dans une entière dépendance de Lui, manifestée par la confiance, la
foi, l'humilité et la douceur du
Christ 55
Nous devons avoir une intelligence claire de ce que Dieu attend
de nous. Nous sommes appelés:
76
—
à faire aimer Dieu ;
—
à amener les âmes à se soumettre à Dieu ;
—
à les conduire à renoncer à tout pour Dieu.
Dieu n'attend rien d'autre de nous. Il n'a que faire de nos
initiatives et de notre imagination. Nous n'avons pas à nous
préoccuper de ce que nous sommes ou serons un jour aux yeux du
monde, mais à savoir si par notre amour, notre obéissance et notre
renoncement total, Dieu peut et pourra faire quelque chose avec
nous auprès des âmes. Ne perdons jamais cela de vue, car bien vite
nous serons dans l'impasse de la médiocrité.
«
Savez-vous ce qui est important, disait il y a quatre siècles
une chrétienne remarquable, c'est d'avoir sa vie en horreur et de ne
faire aucun cas des honneurs. Quand les apôtres proclamaient la
vérité et la défendaient pour la gloire de Dieu, il leur importait peu
de tout perdre ou de tout gagner. Car celui-là est indifférent à l'un et
à l'autre, qui en réalité, sacrifie tout pour Dieu... Oh ! de quelle
grande liberté on jouit, quand on considère comme un esclavage de
vivre et de se diriger d'après les lois du monde...»
Comme cette liberté s'obtient de Dieu, il n'est pas d'esclave ici-
bas qui ne doive être disposé à tout risquer pour Christ. Il est le vrai
chemin. Marchons en Lui sans nous arrêter, car nous ne pourrons
arriver à la pleine possession d'un si riche trésor qu'à la fin de notre
course.
Que le Seigneur nous donne la grâce d'y parvenir.
«
Alors ta lumière se lèvera comme l'aurore et ta guérison
avancera promptement ; ta justice marchera devant toi, et la gloire
de l'Éternel sera ton arrièregarde. Alors tu appelleras, et l'Éternel
répondra ; tu crieras, et il dira : Me voici ! » 56.
77
RÉFÉRENCES DU CHAPITRE IV
1 1 Thess. 2. 12.
19 Jean 8. 12.
39 2 Pi. 1. 5-11.
2 1 Pi. 1. 15-16.
20 Jean 10. 1-10.
40 Héb. 10. 19-20.
3 Rom. 13. 14.
20 Jean 11. 25-26.
41 Rom. 12. 1-2.
4 Col. 2. 6-7.
21 Jean 14 et 15.
41 1 Cor. 6. 20.
5 Col. 2. 9.
22 Jean 16.
41 2 Cor. 4. 10-12.
6 Ephés. 1. 4-6.
23 Esaïe 53. 8-11.
42 1 Jean 1 à 5.
7 1 Cor. 1. 29-31.
24 Héb. 13. 5, 8.
43 Jude 3.
8 Ephés. 4. 20-24.
25 Esaïe 61. 3.
44 Matth. 19-27.
9 2 Cor. 4. 6.
26 Rom. 8. 37.
45 Actes 2. 1-4.
10 1 Pi. 2. 19-21.
27 1 Cor. 15. 57.
46 Jean 14. 23.
11 Matth. 3. 17.
28 2 Cor. 2. 14-16.
47 Actes 2. 39.
11 Luc 9. 35.
29 Gal. 2. 20.
48 Jean 7. 39.
11 Jean 12. 28.
30 Phil. 1. 21.
49 1 Cor. 12. 13.
12 Jean 3. 16.
31 Phil. 4. 13.
50 Héb. 11.
13 Jean 1. 4, 14.
32 1 Cor. 9. 26.
51 2 Cor. 12. 9.
13 1 Jean 1. 2.
33 2 Tim. 4. 7.
52 Ephés. 5. 18.
14 Jean 10. 11, 17-18.34 Phil. 3. 17.
53 Ap. 3.
15 Jean 6. 50 et ss.
35 Phil. 4. 9.
54 Ps. 100. 2.
18 Jean 4. 14.
36 Phil. 3. 12.
55 2 Cor. 10. 1.
17 Jean 6. 35 et ss.
37 Jacques 1. 17.
56 Esaïe 58. 8-9.
18 Jean 7. 37-39.
38 2 Pi. 1. 3-4.
78
CHAPITRE V
LA SANCTIFICATION,
OU LE CHEMIN
QUI MÈNE A LA SAINTETÉ
La sagesse infiniment variée de Dieu
Dieu n'a pas encore fini d'étonner les disciples de Son Fils, par
la conversion des personnes les plus éloignées ou les plus proches de
Lui.
Il veut nous faire comprendre aussi que a toutes les routes qui
mènent au bien » 1, ne suivent pas nécessairement l'itinéraire qu'Il a
tracé pour nous, ou que nous sommes toujours prêts à imposer aux
autres.
Qui aurait pu prévoir la conversion de la femme samaritaine à
l'issue de sa rencontre avec Jésus au puits de Jacob ? Qui aurait
pensé que cette femme amènerait à la foi au Sauveur du monde, une
multitude de ses concitoyens ? 2
Qui espérait encore une délivrance pour le dangereux forcené,
vivant dans les sépulcres du pays des Gadaréniens ? Qui pouvait se
douter de tout le travail que ce démoniaque guéri accomplirait pour
Jésus dans la Décapole ? 3
Qui pensait qu'à Jéricho Jésus, malgré les murmures de la foule,
irait loger chez le publicain Zachée, faisant entrer le salut dans la
maison d'un tel pécheur et y produisant des fruits immédiats ? 4
79
Qui s'attendait à la conversion du brigand sur la croix et qui
aurait cru que le Paradis était pour lui, alors que peu de temps avant
sa mort il avait insulté avec son camarade le Seigneur crucifié ? 5
Qui aurait cru qu'après sa grave défaillance et son triple
reniement, Pierre restauré amènerait dans sa première prédication de
Pentecôte, trois mille âmes au Seigneur ? 6
Qui songeait qu'au moment même où Saul de Tarse marchait
vers Damas, respirant encore la menace et le meurtre, Dieu allait le
terrasser en chemin et faire ?7 de cet homme l'apôtre des païens
Qui supposait qu'en la ville de Philippes, une femme, nommée
Lydie, serait amenée à croire ce que Paul disait dans une réunion de
plein air au bord d'une rivière ? Qui pouvait deviner que cette
marchande de pourpre mettrait immédiatement sa maison à la
disposition de l'apôtre et de ses compagnons ? 8
Dans cette même ville de Macédoine, qui aurait cru que le
geôlier de la prison, au cours d'une nuit ,entendrait la parole du
Seigneur et serait sauvé et aussitôt baptisé, lui et tous les siens ? 9
Et nous pourrions citer d'autres exemples de conversions, tant
dans l'Ancien Testament que dans les Évangiles, les Actes et les
Épîtres. Toutes corroborent la parole de Jésus au pharisien
Nicodème : « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ;
mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme
qui est né de l'Esprit 10»
Les immenses richesses de sa grâce
Quand Dieu, dans Sa souveraineté absolue, offre sa grâce à une
âme, il n'est limité ni par les hommes, ni par les lieux, ni par les
circonstances. Glorieusement
80
libre, Son heure n'est pas toujours notre heure et bien souvent la
manière dont le Seigneur se révèle à Sa créature et les moyens qu'Il
emploie ne correspondent nullement à nos petits schémas
évangéliques et à notre compréhension théologique des choses spiri-
tuelles 11
Même les « inconvertis » ont aussi leurs idées sur la façon dont
Dieu devrait opérer à leur égard pour les rendre purs. Naaman, le
Syrien en est un exemple 12. Sans les exhortations pressantes de ses
serviteurs, ce général passait à côté de la bénédiction et
retournait, furieux, mais toujours lépreux dans son pays. Pour
être guéri, il dut abandonner son orgueilleuse révolte, et les propos
de son propre coeur pour faire plier sa volonté à la Parole de Dieu
prononcée pour lui par le prophète Élisée
13
Pas plus que nos bonnes oeuvres et nos formes de piété, ce ne
sont pas nos conceptions personnelles de la vérité, ni les lumières
reçues qui font notre salut. Seule la foi nous sauve lorsqu'elle saisit
la grâce de Dieu au temps où Sa longue patience nous l'accorde.
Un si grand salut
Une chose pourtant ne varie pas. Dans tous les temps le salut
offert à l'homme par un Dieu saint ne peut être que la sainteté même.
L'oeuvre rédemptrice de notre Créateur ne s'arrête pas à la
justification des pécheurs. Elle comprend toujours leur sanctification
et leur glorification. Voilà pourquoi la Parole de Dieu est totalement
étrangère à ce « petit salut » qui donnerait gratuitement à l'homme
perdu, l'assurance du pardon de ses péchés et une garantie contre
l'Enfer et les tourments éternels, tout en laissant cette créature vivre
sous la domination du péché 10
81
Si nous avons déjà démontré comment la grâce de Dieu, source
de salut pour tous les hommes se manifeste de plusieurs manières,
en revanche, il est bon de souligner encore que l'enseignement de la
grâce est le même dans tous les temps et pour tous les hommes.
Cette grâce apprend à ceux qui sont sauvés à renoncer à l'impiété et
aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la
sagesse, la justice et la piété, en attendant la bienheureuse espérance
et la manifestation de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur
Jésus-Christ 15.
La révélation du si grand salut de Dieu aux hommes est l'oeuvre
du Saint-Esprit 16. Du début et jusqu'à la fin de la course chrétienne
l'Esprit poursuit Son action en nous, désirant atteindre tous les do-
maines de notre existence.
Chez les uns, Il opère par une illumination subite qui leur fait
tenir pour vrais, non seulement l'existence de Dieu, mais aussi le
témoignage que les Écritures rendent de l'homme et ce qu'elles
attestent de la personne et de l'oeuvre de Jésus-Christ.
La découverte de la lumière
Le plus souvent, disons-le, c'est à l'ouïe de la prédication fidèle
de l'Évangile ou par la simple lecture de la Bible que les « ignorants
» viennent en contact
avec le Seigneur. Ils apprennent pour eux-mêmes qu il n'y a de
salut en aucun autre qu'en Jésus ; car il n'y a sous le ciel aucun autre
nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions
être sauvés 17 .
Loin de produire chez l'auditeur ou le lecteur de la Bible, une
joie exaltante, la Parole de Dieu provoque premièrement dans le
coeur de celui qui la reçoit, une crainte salutaire et une humiliation
profonde 18.
82
Si parfois dans l'oeuvre de la grâce, la foi précède la repentance
comme la connaissance de l'amour de Dieu peut venir avant la
révélation de Sa justice et de Sa sainteté, nous pouvons être assurés
que tôt ou tard l'Esprit de Dieu nous amènera à nous connaître nous-
mêmes et nous révélera les turpitudes de notre coeur charnel. Ce
n'est pas en nous sondant nousmêmes que nous apprenons à
découvrir le péché en nous et notre faiblesse naturelle. La lumière
qui éclaire tout notre être émane de la vie même du Christ et
l'excellence de cette vie nous fait découvrir notre
propre déchéance. Saisis d'horreur en face de ce que nous
sommes devant Dieu, nous comprenons qu'avec ou sans nos oeuvres
nous ne méritons que la condamnation et la mort.
La repentance envers Dieu
Cette vive douleur, cette tristesse selon Dieu, n'est autre que la
repentance qui est le commencement ou l'approfondissement de
l'oeuvre de la grâce en l'hom- me 19. Qu'elle vienne avant ou après
la foi, il n'y a pas de vie profonde avec Dieu sans que l'âme humaine
sache par expérience ce qu'est la repentance. Les plus droits et les
plus purs des hommes ont connu ce labourage de l'âme qui conduit à
la vie abondante et permet de porter davantage de fruit pour Dieu.
Notre Père des cieux ne laisse pas vivre ses enfants dans des
illusions ni même dans l'éblouissement de l'aurore. Par des voies
bien à Lui et correspondant à l'état de chacun de nous, Dieu fait
notre éducation. Son Esprit nous présente les déclarations formelles
de l'Écriture sainte. La conscience du pécheur étant enfin réveillée,
réclame impérieusement l'expiation de
83
ses fautes. Mais quelle expiation saurait donner la paix à une
conscience travaillée et le repos à un coeur troublé ? Une expiation
qui nous laisserait la vie et qui s'accomplirait par des oeuvres, des
pénitences, des mortifications, et un ascétisme très strict, ne serait
pas à la mesure de nos péchés. Une conviction née de l'action du
Saint-Esprit et de la Parole de Dieu nous fait admettre que « le
salaire du péché, c'est la mort » 20, et que « sans effusion de sang il
n'y a pas de rémission ou de pardon » 21. Dans l'aube grise d'un jour
nouveau le croyant s'écrie : « Malheur à moi ! je suis perdu » 22. Ou
encore : « Misérable que je suis ! Qui me délivrera du corps de cette
mort ?... » 23.
La foi en notre Seigneur Jésus-Christ
La conviction de péché, l'aveu de notre impuissance à nous
sauver nous-mêmes sont généralement parmi les premiers signes de
la grâce de Dieu opérant dans un coeur.
Le Saint-Esprit dirige alors nos yeux sur le Christ, dont la
mission terrestre n'a pas seulement consisté à faire connaître aux
hommes ce qu'ils sont devant Dieu, mais à leur manifester Son
amour et à les con- vaincre de Sa parfaite justice 20. Par le don de
Son Fils unique, Dieu veut sauver quiconque croit en Lui de la
perdition éternelle.
En nous révélant les perfections infinies de Son Fils unique,
Dieu nous affirme que cette vie a répondu à toutes les exigences de
Sa sainteté. Cette vie a été don-née pour nous. Par la Parole de Dieu,
le Saint-Esprit applique à notre conscience le sang versé du Christ et
nous rappelle que jésus a expié nos iniquités à la croix du Calvaire
afin que Sa vie de résurrection devienne notre vie.
84
Devant les déclarations de Dieu qui ne peut mentir et qui nous a
témoigné Son amour dans le fait de Golgotha, la foi jaillit du coeur
et s'approprie ce divin Sauveur. En confessant de notre bouche le
Seigneur Jésus, et en croyant dans notre coeur que Dieu l'a
ressuscité des morts, nous sommes sauvés 25
Justification et sanctification
Dès l'instant où une âme vient au Christ, par la foi en Sa Parole,
la justification du pécheur est totale devant Dieu 26. Il a cru ce que
Dieu lui disait de l'homme et ce qu'Il lui révélait de Son Fils. Il sait
désormais que ses péchés sont expiés et que Dieu ne s'en souvient
plus 27. Les certitudes de la Parole de Dieu remplissent son coeur de
joie et le Saint-Esprit vient lui-même rendre témoignage à son esprit
qu'il est un enfant de Dieu, qu'il possède la vie éternelle.
Alors commence chez le racheté du Seigneur l'oeuvre de la
sanctification qui est le travail spirituel continu du Saint-Esprit
voulant reproduire la vie de jésus dans notre chair mortelle. Fixant
nos yeux sur jésus, Il nous transforme en la même image, de gloire
en gloire 29, jusqu'à ce que le Seigneur jésus, à Sa ve- nue,nous
rende semblables à Lui quand nous le verrons tel qu'il est 31
C'est à cette oeuvre de sanctification qui suit la justification et
précède la glorification, que nous sommes appelés à travailler avec
crainte et tremblements 32, en renonçant totalement à nous-mêmes
et à ce que nous sommes par nature, pour suivre le Christ, devenu
notre vie, notre modèle, notre but.
« En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est
tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s'il meurt, il porte
beaucoup de fruit. Celui qui
85
aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la
conservera pour la vie éternelle. Si quelqu'un me sert, qu'il me suive
; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, le
Père l'honorera 33»
Un rappel nécessaire
Dans le langage scripturaire, sanctifier veut dire mettre à part
pour le service de Dieu.
Si la sainteté est le terme à atteindre, la sanctification est le
chemin qui conduit à ce but glorieux.
Dieu veut former sur la terre, en le séparant du mal, un peuple
de franche volonté qui l'honore et le serve 34 ,en attendant des cieux
Son Fils, qu'il a ressuscité d'entre les morts, Jésus, qui nous délivre
de la colère qui vient 35.
Le Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés et
parviennent à la connaissance de la vérité 36 nous appelle dès
maintenant à participer à sa sainteté qui est plus que Son caractère,
mais Sa nature propre37.
Selon les Écritures, la sanctification n'est pas seulement une
condition du salut, mais elle en fait partie intégrante. Elle y entre
comme un élément nécessaire. De même que « sans effusion de
sang, il n'y a pas de pardon » 38, « sans la sanctification nul ne verra
le Seigneur » 39
Dispenser droitement la parole de la vérité
Quand nous prêchons l'Évangile , il s'agit donc pour , nous
d'apporter aux âmes tout le conseil de Dieu 40, afin de ne pas laisser
les hommes vivre dans la plus tragique des illusions. Celui qui
dispense droitement la Parole de la vérité 41 ne pourra jamais assez
souli
86
gner le prix de la grâce de Dieu 42. Si le péché a régné par la mort,
la grâce règne par la justice pour la vie éternelle 43. Aussi, la foi qui
sauve ne consiste pas simplement à croire au sacrifice rédempteur
du Christ. Toute foi réelle dépose en nos coeurs le germe d'une vie
nouvelle et nous entraîne dès notre conversion, dans la voie du salut.
Sur ce chemin, nous apprenons que notre personne et notre vie,
notre être tout entier, l'esprit, l'âme et le corps, appartiennent au
Seigneur qui veut les consacrer par Son Esprit au service de Dieu 44
.
Quand la conversion est l'oeuvre du Saint-Esprit — et non le
produit d'un conditionement religieux artificiel, tendant à arracher
une décision à un coeur charnel, trompeur et désespérément malin,
— la foi qui saisit la grâce de Dieu opère un renouvellement inté-
rieur total 45. C'est la vie entière qui se trouve transformée 46.
Désormais nous ne nous appartenons plus à nous-mêms 47, mais
nous sommes devenus esclaves de Dieu Nous sommes son ouvrage,
ayant été créés en Jésus-Christ pour les bonnes oeuvres que Dieu a
préparées d'avance, afin que nous les pratiquions 48.
Des vérités inséparables
Comme nous l'avons déjà souligné, la sanctification est
inséparable de la justification par la foi sans laquelle elle n'est pas
possible. Cependant il serait faux de les confondre. Les Écritures
distinguent mais aussi associent toujours ces deux éléments de notre
salut concentrés l'un et l'autre en Jésus-Christ. L'apôtre Paul écrit
aux Corinthiens : « C'est par Lui que vous êtes en Jésus-Christ,
lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et
sanctification et rédemptison 49 »
87
La justification est dès le premier instant complète pour
quiconque désespérant de soi-même a répondu à cet appel du
Sauveur : « Venez à moi ! »50 . L'homme pécheur trouve alors en
Jésus, le pardon et la paix. Il boit gratuitement à la source de l'eau de
la vie 51
La sanctification au contraire n'est jamais achevée. Elle est
l'assimilation progressive par l'âme de la vie du Christ, et la réponse
du croyant à cet autre appel de Jésus : « Demeurez en moi, et je
demeurerai en vous 52 »
Une sanctification qui n'aurait pas pour base la justification par
la foi n'a aucune valeur devant Dieu. De même, une justification qui
ne serait pas suivie de sanctification n'existe pas.
Le fruit naturel de la foi
Le si grand salut que nous présente la Parole n'est autre que la
possession de Dieu dans la béatitude éternelle.
A la conversion, Dieu nous fait prendre conscience de Son
immense amour pour nous. Nous comprenons non seulement qu'Il
nous aime 53 , mais qu'Il nous a toujours aimés 54, et que rien ne
pourra jamais nous séparer de Son amour55.Cependant, Il ne nous
rend pas instantanément conformes à l'image de Son Fils et ne nous
introduit pas immédiatement dans la gloire. C'est pourquoi l'Écriture
déclare que « nous sommes sauvés en espérance » 56. Dieu nous
promet le salut rendu possible par l'oeuvre parfaite du Christ. La foi
s' empare de cette promesse et le Saint-Esprit dépose dans notre
coeur le germe d'une vie nouvelle. Ce germe se développe et sa
croissance est la sanctification ou si l'on veut, le détail de la
régénération.
La sanctification n'est donc pas un effort de la
88
vieille nature qui chercherait un redressement ou une nouvelle
orientation. Elle est le fruit naturel de la foi en Jésus-Christ, une vie
par l'Esprit qui nous conduit également à marcher aussi par l Esprit
57.
Cette marche par la foi consiste à ne plus suivre nos propres
voies et les regards de no§6yeux, à ne plus obéir aux penchants de
nos coeurs.Dès le jour où nous avons connu l'amour que Dieu a pour
nous, dès l'instant où nous avons cru 59, l'Esprit-Saint est venu
habiter en nous Lui seul peut réduire la chair au silence, la
maintenant dans la mort avec ses passions et ses désirs 61.
Remplissant notre âme de la connaissance de la volonté de Dieu, en
toute sagesse et intelligence spirituelle, le Saint-Esprit nous fait
marcher d'une manière digne du Seigneur, afin de lui être en-
tièrement agréables, portant des fruits en toutes sortes de bonnes
oeuvres et croissant par la connaissance de Dieu. Fortifiés ainsi à
tous égards par Sa puissance glorieuse ; Il peut nous rendre toujours
et avec joie, persévérants et patients 62
Comme Christ
Le type de la sanctification, c'est le Christ. Serviteur de Dieu
par excellence, Il se sanctifie Lui-même pour les Siens 63. Il se
consacre toujours à Dieu et à Son oeuvre de salut. Jésus est le
chemin. Il est la vérité, Jésus-Christ est la vie !6 0 . Les disciples ont
marché sur Ses Traces, et en vertu de notre foi, nous sommes
engagés dans les voies de la sanctification 65.
Hélas, au cours de l'Histoire, beaucoup d'Églises méconnaissant
la spiritualité du Christianisme ont ramené la sanctification à un
judaïsme dépassé. L’œuvre de l'Esprit en nous ne nous conduit pas à
un ascétisme extérieur : célibat, abstinences, mortifications...
89
Beaucoup d'âmes ignorant le simple enseignement de l'Évangile ont
donné par leurs pratiques et leur manière de vivre, une image
caricaturale et repoussante de la sanctification. La vie chrétienne
authentique ne se passe pas dans la privation des êtres et des choses,
mais dans le don total de soi au Seigneur et à ce prochain pour
lequel Jésus-Christ est mort. Il n 'est pas question donc pour nous
d'obéir à des règles, et des ordonnances humaines — ne prends pas,
ne goûte pas, ne touche pas ! 66. Tout ce qui est vraiment naturel est
bon, étant un don de Dieu et pouvant être sanctifié par la prière et
rapporté à la gloire de Dieu 67. Le devoir du chrétien n'est donc pas
de s'abstenir, mais de subordonner le visible à l'invisible. C'est ainsi
que le Christ a uni dans Sa vie la discipline spirituelle et la liberté
pratique.
En nous affranchissant, le Christ nous a placés dans la liberté
68. Seulement nous n'avons pas à user de notre liberté comme d'une
occasion pour satisfaire la chair. Au contraire, par amour, nous
allons nous servir l'un l'autre puisque toute la loi est accomplie dans
cette seule parole : « Tu aimeras ton prochain comme ».toi même 69
La nécessité de la sanctification
Étant nés de Dieu, nous avons reçu l'Esprit de Son Fils dans nos
coeurs. N'étant plus sous la loi, mais sous la grâce, nous nous
considérons par la foi comme morts au péché et vivants pour Dieu
en Jésus-Christ. Cependant le combat contre le péché et par consé-
quent le travail de la sanctification se renouvelle sans cesse, parce
que les ennemis de notre salut, s'ils sont vaincus, ne sont pas encore
anéantis.
Il nous faut compter avec Satan, le tentateur, appelé
90
aussi : notre adversaire, le diable. Il rôde autour de nous comme un
lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer 70. Il se transforme
aussi en ange de lumière attendant l'occasion favorable pour séduire
les élus et les faire tomber dans ses terribles filets 71. Jusqu ' au bout
du chemin, nous sommes appelés à être sobres, à veiller et à prier
afin de résister et de vaincre le Prince de ce monde.
Le monde dans lequel nous évoluons et où Dieu nous laisse
pour y rendre témoignage fera tout, lui aussi, pour nous séduire par
ses attraits trompeurs. Sachant que tout ce qui s 'y trouve, la
convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la vie est
étranger à la vie de Dieu 72, nous repousserons les avances de ce
présent siècle, nous souvenant que Jésus, l'amour du Père, n'a pas de
place dans le coeur de ceux qui aiment le monde 73 .
Le péché ne pouvant plus dominer sur nous cherchera
cependant à trouver dans notre chair un terrain propice pour y
manifester ses oeuvres. Avec les soucis quotidiens, nous savons que
le péché nous enveloppe aisément 70. La seule manière biblique de
le rejeter est de nous tenir pour morts au péché et vivants pour Dieu
en Jésus-Christ 75 .
Nous devons savoir enfin, que notre mort avec Christ et notre
nouvelle naissance, n'ont pas mis fin à la chair, mais à son règne, à
ses grossières manifestations, à ce vieil homme, à cette ancienne
manière Ende vivre qui manifestait notre être irrégénéré 76. En effet,
notre vieil homme, manifestation du péché et de la chair, a été
crucifié 77. Nous avons donc à nous en dépouiller totalement 78,
ayant revêtu le nouvel homme 79, créé selon Dieu pour être nourri
par la Parole et dirigé par le Saint-Esprit. Le nouvel homme n'est pas
débiteur à la chair pour vivre selon la
91
chair 80. Les droits qu'elle réclame, elle les a perdus. C'est pourquoi
l’Écriture nous exhorte èa ne pas prendre soin de la chair pour en
satisfaire les convoitises 81
C'est ainsi que tout ce qui précède nous fait comprendre
pourquoi la vie chrétienne qui suit la conversion nous est toujours
présentée dans les Évangiles et les Épîtres comme une course, une
lutte, un effort, un acte continu de vigilance pour rester dans une
dépendance complète du Seigneur et dans un abandon total à Sa
volonté 82 .
RÉFÉRENCES DU CHAPITRE V
1 Prov. 2. 9.
29 2 Cor. 3. 18.
56 Rom. 8. 24.
2 Jean 4. 4-42.
30 Phil. 3. 20-21.
57 Gal. 5. 25.
3 Marc 5. 1-20.
31 I Jean 3. 3.
58 Ecclés. 12. 1.
4 Luc 19. 1-10.
32 Phil. 2. 12-13.
59 I Jean 4. 16.
5 Matth. 27. 44.
33 Jean 12. 24-26.
60 Rom. 8. 9.
6 Marc 14. 37.
34 Ephés. 1. 4-5.
61 Gal. 5. 24.
7 Actes 9. 1-16.
35 1 Thess. 1. 10.
62 Col. 1. 9-11.
8 Actes 16. 12-15.
36 1 Tim. 2. 3-4.
63 Jean 17. 19.
9 Actes 16. 23-24.
37 Héb. 12. 10.
64 Jean 14. 6.
10 Jean 3. 8.
38 Héb. 9. 22.
65 1 Cor. 1. 2.
11 Rom. 11. 33-36.
39 Héb. 12. 14.
66 Col. 2.20-21.
12 II Rois 5. 1-19.
40 Actes 20. 27.
67 1 Tim. 4. 1-5.
13 Cf. Job. 23. 12.
41 2 Tim. 2. 15.
67 1 Cor. 10. 31.
14 Rom. 6. 14.
42 1 Cor. 6. 20.
68 Gal. 5. 1.
15 Tite 2. 11-14.
42 I Pierre 1. 18-20.
69 Gal. 5. 13-14.
16 I Cor. 2. 9-10.
43 Rom. 5. 21.
70 I Pierre 5. 8.
17 Actes 4. 12.
44 1 Thess. 5. 23.
71 2 Cor. 11. 14.
18 Habakuk 3. 2.
45 Rom. 6. 19.
72 I Jean 2. 15-17.
19 2 Cor. 7. 9-11.
46 2 Cor. 5-17.
73 Jacques 4. 4.
26 Rom. 6. 23.
47 1 Cor. 6. 19.
74 Héb. 12. 1.
21 Héb. 9. 22.
47b ) Rom. 6. 22.
75 Rom. 6. 11.
22Esaïe 6. 5.
48 Ephés. 2. 10.
76 I Pierre 1. 18.
23 Rom. 7. 24.
49 1 Cor. 1. 30.
77 Rom. 6. 6.
24 Jean 16. 8-11.
50 Matth. 11. 28-30.
78 Col. 3. 9.
25 Rom. 10. 9-10.
51 Apoc. 22. 17.
79 Ephés. 4. 20-24.
26 Rom. 3. 21-26.
52 Jean 15. 4.
80 Rom. 8. 12.
26 Rom. 5. 1-2.
53 Apoc. 1. 5. 81
81 Rom. 13. 14.
27 Héb. 10. 17.
54 Jér. 31. 3.
82 Col. 4. 12.
28 Rom. 8. 16.
55 Rom. 8. 38-39.
92
CHAPITRE VI
LE SECRET DE LA SANCTIFICATION :
UNE OPÉRATION DE
L'ESPRIT DÉ DIEU
Étre en Christ
Par amour, le Christ s'est sanctifié lui-même pour les Siens 1. Il
est donc le chemin dans lequel tout disciple doit marcher en
traversant ce monde. Il n'existe pas de vie chrétienne véritable en
dehors de cette route nouvelle et vivante. A travers Sa propre chair,
Jésus a inauguré ?our tous Ses rachetés la seule voie qui mène au
Père .
Si par la foi, nous demeurons en Christ, Lui demeure en nous, et
nous n'avons rien d'autre à montrer au monde que le Christ.
Jésus étant notre sanctification, ceux qui sont en Lui se trouvent
protégés par Lui de tout mal. Quiconque demeure en Christ n'a plus
à se demander de quoi il doit se séparer ou de quoi il doit s'abstenir.
Le Christ est entre lui et tout ce qui l'environne.
Tout ce qui pourrait détruire le caractère de Christ devant les
hommes doit être considéré comme une chute, bien que ce ne soit
peut-être pas un péché grossier. Trop souvent, ce sont ces choses
auxquelles nous ne faisons pas attention qui contristent le Saint-
Esprit et retardent nos progrès spirituels dans le chemin de la
sanctification.
93
Dans cette marche en Christ qui doit caractériser tout racheté du
Seigneur, l'âme apprend à connaître la vérité qui est en Jésus 8.
Cette vérité, c'est la pensée de Dieu à l'égard de toutes choses. Celui
qui a reçu la Parole divine et qui croit au Fils de Dieu, obtient du
Seigneur la force nécessaire pour poursuivre la
.Par cette puissance nouvelle, il peut combattre le bon combat et
achever sa carrière terrestre en gardant la foi 5.
A tout âge, selon le dessein de Dieu, l'homme régénéré est prêt
à quitter cette vie dans des circonstances douces ou violentes.
Jusqu'au bout, le sentiment de la grâce de Dieu et l'assurance de la
rémunération remplissent son coeur. Son passage de ce monde au
Père sera l'acte final par lequel l'enfant de Dieu scellera son
témoignage auprès des incrédules et des croyants.
Cette vie de dépendance totale du Seigneur ne peut se concevoir
que si Dieu est devenu l'objet de nos affections les plus chères. La
force pour suivre les traces du Christ a sa source dans l'amour de
Dieu révélé par le don ineffable de Son Fils. Cet amour de l'homme
pour Dieu est le fruit de l'Esprit-Saint qui nous conduit dans une
connaissance de plus en plus intime de Dieu et de Ses pensées de
grâce pour nous.
devenus par la foi enfants de Dieu, nous adorons le Père en
esprit et en vérité, en rapportant tout à Dieu dans la vie pratique.
Que Dieu nous éprouve ou nous châtie, qu'Il nous délivre ou nous
réjouisse, tout est reçu de Sa main, dans l'assurance que les
motivations du Père viennent toujours de Son infinie bonté à l'égard
de l'homme. Nous demeurons ainsi dans la certitude que donne la
grâce en la présence de Dieu, qui est au-dessus de tout et partout et
en nous tous 6. Là est le secret d'une marche sainte et paisible dans
une
94
parfaite tranquillité d'esprit 77. L'amour du Père, la grâce du Fils et
la communion du Saint-Esprit sont sans cesse en activité dans notre
vie 8.
Une doctrine essentielle
Toute la doctrine du salut dans le Nouveau
Testament est fondée sur le principe de notre mort et de notre
résurrection avec le Christ.
Non seulement Jésus est mort et ressuscité pour nous, mais nous
sommes morts et ressuscités avec Lui et associés avec Lui et
associés intimement à Lui dans Sa gloire.
La foi nous fait prendre au sérieux les Écritures , E n
accomplissant de mieux en mieux la volonté du Seigneur, nous
apprenons expérimentalement que la doctrine de Jésus est divine et
qu'Il n'a pas parlé de Lui-même 9.
Dans notre état naturel, étrangers à la vie de Dieu, nous étions
considérés comme morts dans nos fautes et dans nos péchés, donc
incapables de nous sauver nous-mêmes 10
En revêtant un corps de chair semblable à celle du péché, Jésus
a rendu possible la condamnation du péché dans la chair. Par Sa
mort sur la Croix, le Fils unique de Dieu a pleinement satisfait les
justes exigences de la loi .11 Mais le Christ n'a pas seulement expié
toutes nos fautes en les prenant sur Lui. Par l'offrande de Son corps
faite une fois pour toutes, Jésus a voulu nous séparer du péché en
nous entraînant avec Lui dans Sa mort et Sa résurrection 12. Ayant
souffert pour nous dans la chair, Jésus en a fini avec le péché, nous
donnant la possibilité de ne plus vivre selon les convoitises des
hommes, mais selon la volonté de Dieu, pendant le temps qui nous
reste à vivre
95
dans la chair 13. Nous avons donc à nous regarder comme morts au
péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ 14.
L'Esprit, l'eau et le sang
Dieu opère notre sanctification par Son Esprit qui a pour organe
la Parole de Dieu et pour fondement le sang précieux de Christ.
L'Esprit de Dieu, distinct de notre esprit, agit dans l'homme tout
entier. Il pénètre notre esprit, le régénère, l'illumine, le persuade et le
dirige. Faisant Son habitation en nous, l'Esprit-Saint soumet
graduellement les puissances de notre âme. Il éclaire notre
intelligence aux rayons de la foi. Il submerge notre mémoire en la
plongeant dans l'espérance vivante que nous apportent les promesses
du Seigneur. Enfin , il captive notre volonté en versant l'amour de
Dieu dans nos coeurs.
Le Saint-Esprit ne paralyse jamais les puissances de notre âme.
Au contraire, Il les libère, les oriente et se sert de nos sens et de nos
membres pour en faire des instruments de justice. Son action nous
porte à nous affectionner aux choses de l'esprit. Ce point une fois
obtenu, tout le reste en découle. Quand nous sommes amenés à
aimer la volonté de Dieu, nous la pratiquons avec joie.
Le canal employé habituellement par le Saint-Esprit pour notre
sanctification, c'est la Parole de Dieu. Semblable à l'eau qui purifie,
la Parole de Dieu appliquée à nos coeurs et à nos consciences par la
puissance du Saint-Esprit nous lave de toutes les souillures que nous
pouvons contracter dans la marche. Là où la Parole de Dieu fait
autorité, il n'y a pas d'occasion de chute, car la Parole de vérité nous
sanctifie, nous cor-
96
rige, nous enseigne et nous instruit pour nous rendre 16 propre à
toute bonne oeuvre
Mais le Seigneur Jésus n'est pas venu à nous seulement avec
l'eau de la Parole 1 7 . Il est venu avec Son propre sang qu'Il a versé
pour nous. Gardons-nous donc de tenir pour profane ce sang de
l'alliance par lequel nous avons été sanctifiés et n'outrageons pas
l'Esprit de la grâce en foulant aux pieds le Fils de Dieu 18. Le sang
de Christ nous entoure. Il borde le chemin de la sanctification et
nous sépare du mal. Celui qui sait discerner le sang du Seigneur ne
marche pas sur ce sang qui nous purifie de tout péché 1 °.
Les caractères d'une vie sanctifiée : unité, progrès, liberté.
Un des premiers traits d'une vie sanctifiée, c'est son unité.
D'un bout à l'autre, la vie est homogène, étant dirigée dans tous
les détails par un seul et même principe, celui que formulait Jésus à
l'âge de douze ans : « Ê tre occupé des affaires de son Père2 ° D. Ou
comme le disait l'apôtre Paul : « Offrir à Dieu ses membres, comme
des instruments de justice », ou encore : « Faire tout au nom du
Seigneur Jésus-Christ ». La vie entière se passe « en Christ », en
étroite communion avec Lui. II n'y a pas une vie civile et une vie
religieuse. C'est dans le Seigneur que nous travaillons, que nous
aimons nos frères, que nous accueillons les âmes, que nous les
saluons. C'est en Lui que nous parlons, que nous nous reposons, que
nous nous marions et que nous mourons.
Celui qui marche ainsi dans la sanctification, c'està-dire en
Christ, apporte dans toute sa vie, dans l'usage des biens terrestres,
dans les affections de la fa-
97
mille, dans les rapports professionnels, dans les joies et les douleurs,
un esprit de renoncement, de fidélité et de charité, même dans les
petites choses. Le but d'une telle vie est la seule gloire de Dieu.
Le second caractère d'une vie sanctifiée, c'est le progrès 21
La sanctification étant une direction nouvelle don-née à la vie,
elle se développe, s'accentue, se confond toujours davantage avec la
vie elle-même. Notre croissance spirituelle suit le modèle de
croissance de l'homme naturel, bien que l'âge de la grâce ne corres-
ponde pas toujours à l'âge de la nature. Nous sommes tout d'abord
enfants, puis adolescents, et enfin hommes faits. Le chrétien ne
cesse de courir, s'affranchissant des soucis et des entraves du péché
20. Il
accroît son trésor de biens spirituels. Il laisse le Seigneur
l'émonder afin qu'il porte plus de fruit et du fruit qui demeure. Ayant
appris à se connaître, il a en horreur sa vie et méprise les honneurs.
Il devient conscient d'être le temple où Dieu habite. Son ambition est
d'atteindre une telle transparence que seul Jésus soit vu en lui.
Un troisième trait d'une vie sanctifiée, c'est la liberté 23
La sanctification a pour point de départ un acte de liberté. La
grâce de Dieu offerte au pécheur a été acceptée par l'homme
coupable 24. La haine de l'esclavage du péché et la consécration
volontaire et filiale à Dieu par Jésus-Christ marquent désormais
cette vie. L'âme est maintenant affranchie du joug de Satan, du
monde, du péché et de la chair. Cette libération obtenue en Christ
donne au croyant une grande ardeur pour servir le Dieu vivant. Il
s'applique à pratiquer avec joie des oeuvres qui glorifient Dieu et
sont
98
utiles aux hommes 25. Dans sa faim et sa soif de justice, il se nourrit
de la volonté de Dieu et acquiert une vitalité spirituelle merveilleuse.
RÉFÉRENCES DU CHAPITRE VI
1Jean 17. 19.
10 Ephés. 2. 1.
19 1 Jean 1. 7.
2 Héb. 10. 19-20.
10 Rom. 5. 6.
20 Luc 2. 49.
2 Jean 14. 6.
11 Rom. 8. 3.
21 2 Thess. 1. 3-4.
3 Ephés. 3. 21.
12 Héb. 10. 10-18.
22 Phil. 3. 14.
4 Ephés. 6. 10.
13 I Pierre 4. 1-2.
23 Jean 8. 32-36.
5 2 Tim. 4. 7.
14 Rom. 6. 11.
23 Gal. 5. 1 et 13.
6 Ephés. 4. 6.
15 Rom. 6. 19.
24 Apoc. 22. 17.
7 Esaïe 26. 3.
16 2 Tim. 3. 16-17.
25 Tite 3. 8.
8 2 Cor. 13. 13.
17 I Jean 5. 6-8.
9 Jean 7. 17.
18 Héb. 10. 29.
99
CONCLUSION
SUR LE CHEMIN QUI MÈNE A LA SAINTETÉ ...
Le chemin de la sanctification est la seule voie qui donne à une
âme la possibilité de vivre dans une véritable indépendance vis-à-vis
du monde et de ses principes 1.
La loi de l'Esprit de vie qui est en Jésus-Christ trouve son
expression visible en nous dans une obéissance sans contrainte, ni
formalisme, à la volonté de Dieu, devenue le mobile de notre vie 2.
Au sein d'un monde où tout passe et tout change, le croyant est
transformé par un renouvellement intérieur quotidien qui produit en
lui le fruit de l'Esprit. Été comme hiver, printemps comme automne,
tel l'arbre de vie dans la cité de Dieu, le racheté du Seigneur rend
son fruit tous les mois de l'année 3.
Ce fruit de l'Esprit nous est présenté comme un tout harmonieux
où les grâces infiniment variées de Dieu sont maintenues dans un
équilibre parfait. L'apôtre Paul le décrit ainsi : « Le fruit de l'Esprit,
c'est l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance,
la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi ; il n'y a pas de loi qui soit
contraire à cela 4 ». Dans cet épanouissement spirituel,
sanctification et bonheur tendent à se confondre 5 .
100
Une telle vie intérieure a pour résultats les bonnes oeuvres
recommandées, tant dans l 'Ancien Testament °que dans les
Évangiles 7, les Épîtres8 , et jus- qu'aux dernières pages de
l'Apocalypse 9. Pour Jésus comme pour Paul ou Jacques, et Pierre
ou Jean, les bonnes oeuvres prouvent au monde incrédule la réalité
et la vitalité de notre foi. C'est par nos oeuvres que beaucoup
d'ignorants et de contredisants seront amenés à croire. Les bonnes
oeuvres des fidèles sont comme les feuilles de l'arbre de vie. Elles ne
servent pas à couvrir notre nudité, ni à masquer nos péchés. Elles
sont là pour apporter aux nations la guérison de leurs maux 10 . Les
oeuvres faites en Dieu attirent l'attention des incrédules sur la source
cachée où s'abreuve l'homme pieux, afin de pouvoir, même dans
l'année de la sécheresse, être plein de sève et verdoyant 11.
Soulignons-le donc encore une fois : loin de conduire les
hommes au relâchement et à la licence 12, la justification par la foi
nous amène à la sanctification manifestée par toutes sortes de
bonnes oeuvres accomplies par amour et non pour acquérir des mé-
rites 13. Ces oeuvres sont celles que Dieu a préparées d'avance pour
que nous les pratiquions 14. Elles signalent la présence de l'Esprit de
Dieu dans un coeur 15. Lumière dans le Seigneur, le croyant ne se
glorifie pas de ses oeuvres, mais agit devant les hommes afin qu'ils
les voient et glorifient notre Père des cieux16 .
La sanctification procédant d'une communion permanente de
vie avec Jésus, ne pourra être 15ntretenue et alimentéequ'en
demeurant en Christ,en revê- tant le Christ 1 8 et en se nourrissant
de Sa Parole et de Son Esprit, comme du vrai pain de vie 19
Quand le Christ est devenu notre demeure, notre vêtement,
notre aliment et notre breuvage, Dieu Luimême prend plaisir à
habiter en nous. Il aime orner
101
Ses enfants de Ses propres parures. Il rassasie et désaltère toujours à
nouveau l'âme qui a faim et soif de la présence de Son Fils bien-
aimé.
La vigilance, la prière, la contemplation habituelle de Jésus-
Christ et la méditation silencieuse de la Parole de Dieu sont alors les
éléments indispensables à notre sanctification.
La vigilance
La vigilance est opposée au sommeil et à la légèreté 20.
Discipline de l'âme contrôlée par le Saint-Esprit, la vigilance
consiste à discerner les dangers qui menacent, au-dehors et au-
dedans, notre vie tout entière. Pour les éviter ou les surmonter, nous
dispo- sons de toutes les armes de Dieu 21, cet équipement complet
du bon soldat de Jésus-Christ 22
La vigilance s'exerce également en nous rendant sévères envers
nous-mêmes, pour nous juger sans délai de tout ce qui peut déplaire
à Dieu et contrister le Saint-Esprit en nous. Elle nous conduit à nous
abstenir de toute apparence et de toute forme de mal 23, et nous
éloigne de tout ce qui n'édifie pas 20
Le croyant qui a compris cela n'éprouve plus le besoin de se
justifier lui-même ou d'excuser sans cesse son comportement.
Humble mais ferme, il reste inébranlable dans les situations les plus
difficiles 25. En revanche, s'il s'est laissé surprendre par quelque
faute, il s'humilie et confesse son péché à Celui qui peut le purifier
incessamment 26
La prière permanente
L'homme qui prie sans cesse 27, se trouve dans un état d'âme où
sa vie est entièrement ouverf à Dieu, son Refuge et sa force dans
tous ses besoins La priè-
102
re exprime à Dieu notre totale dépendance de Lui 29. Les peines et
les joies, les détresses et les délivrances, la maladie et la santé, le
travail et le repos, les amis et les ennemis, l'abondance et la
pauvreté, le rassasiement et la faim, les jeûnes et les repas, le
sommeil et la veille, le chaud et le froid, la nudité et le vêtement, la
vie et la mort, tout devient, pour le croyant, occasion de prière.
Mais prier, ce n'est pas donner des conseils ou des ordres à
notre Dieu. C'est être simplement conscient que Dieu est là, qu'Il ne
nous lâche pas 30. C'est, par l'Esprit, laisser le Christ prier en nous et
nous maintenir à la hauteur de Son coeur en tout temps, à toute
heure, en tout lieu. Nous connaissons alors l'exaucement « au Nom
de Jésus » 31
Notons ici le rapport qui existe entre la prière et les actes. La
prière a pour objet de nous obtenir la force d'accomplir des actes.
C'est par un acte fondamental entre tous, l'union de notre volonté à
celle de Dieu, que nous sommes faits semblables à Jésus et assurés
que l'entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur
Jésus-Christ nous sera largement accordée 32
La contemplation habituelle de Jésus-Christ
Ce qui importe le plus dans la course chrétienne, c'est d'avoir
toujours devant les yeux la personne de Jésus-Christ 33. Nous avons
en Lui, vrai homme et vrai Dieu, le parfait Modèle et la toute-
puissance pour vivre de Sa vie. Quand notre regard est fixé sur Lui
30, notre oeil est en bon état, et telle une lampe, il éclaire notre corps
tout entier 35. Notre coeur, notre intelligence, notre volonté, tout
s'illumine au contact du Seigneur et nous sommes remplis de Sa
lumière et du
103
fruit de la lumière qui consiste en toute bonté, justice et vérité,
éprouvant ce qui est agréable au Seigneur 36
Ce Jésus que nous contemplons par la foi, n'est pas un produit
de notre imagination pieuse, ni le Jésus revu et corrigé par certains
théologiens des temps modernes. C'est le Christ de la Révélation, l e
Fils de Dieu 37.vivant que confessait l'apôtre Pierre C'est Celui dont
nous connaissons la grâce 38, alors qu'Il allait de lieu en lieu, faisant
du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l'empire du diable ;
car Dieu était avec Lui 39. Il dissipe en nous tout mal par son regard
40 et transforme à Son image, toujours plus glorieuse ceux qui, le
visage découvert, réfléchissent comme dans un miroir la gloire du
Seigneur 01. Citoyens des cieux, c'est de là que nous attendons
ardemment, comme Sauveur, le Seigneur Jésus-Christ, qui
transfigurera notre corps de misère et le rendra conforme à son corps
de gloire, par le pouvoir qu'il a de s'assujettir toutes choses 42.
Pour l'instant, nous voyons encore comme dans un miroir,
obscurément, mais alors nous verrons face à face 03. La course sera
terminée, le travail de la sanctification achevé, et notre salut
consommé 40
Toutefois, ne nous y trompons pas. Jusqu'à ce que Jésus
revienne, notre sanctification n'est jamais achevée. Personne n'a
atteint la perfection, ni dans la foi, ni dans la connaissance, ni dans
la charité 05
La méditation personnelle de la parole de Dieu
C'est pourquoi nous n'insisterons jamais assez sur l'importance
qu'a la lecture de la Parole de Dieu dans notre sanctification
quotidienne 06. Méditons sur tout ce que Dieu a jugé utile de nous
révéler dans les
Écritures 47. Croyons que tous ces textes nous concernent
104
et doivent servir à notre instruction 08. Jésus affirmait aux Juifs que
toutes les Écritures rendaient témoignage de Lui 09. Le jour de sa
résurrection, Il expliquait aux disciples allant à Emmaüs toutes les
choses qui le regardaient dans la loi de Moïse, les Psaumes et les
Prophètes 50. A Timothée, ce serviteur fidèle qui, dès son enfance,
connaissait les Saintes Lettres 51 , l'apôtre Paul demandait
expressément de s'attacher à la lecture, à l'exhortation et à
l'enseignement 52
Grâce à cette connaissance toujours nouvelle des Écritures, nous
serons gardés de tomber dans la présomption. Nous aurons toujours
en mémoire l'enseignement de Jésus invitant Ses disciples à
demander le pardon de leurs offenses 53. L'Apôtre Jean, tout en
affirmant que celui qui est né de Dieu ne pèche pas 54 , souligne
pourtant que le croyant pèche encore et à besoin d'un Avocat auprès
du Père 55. Jacques, de son côté déclare clairement que nous
manquons tous d'une manière ou d'une autre 56
Et si Dieu a trouvé bon de nous faire connaître les manquements
de ses serviteurs : le mensonge, la gourmandise d'Isaac, les
tromperies de Jacob, l'incrédulité de Moïse et d'Aaron, le crime de
David, les passions de Salomon, ou le manque de discernement
spirituel, le reniement et la dissimulation de Pierre ; c'est pour nous
montrer que les plus grandes grâces reçues et les plus belles
expériences spirituelles ne sauraient nous mettre à l'abri de la chute
et des tentations 57. La chair ne s'améliore pas et, jusqu'au bout,
nous devrons porter sur nous-même le jugement du Dieu trois fois
saint.
Une tâche urgente
Avant de conclure, et à l'heure où la Bible entre d'une façon
nouvelle dans une multitude de foyers,
105
il n'est peut-être pas inutile de rappeler ce que Paul Claudel écrivait
dans les dernières années de sa vie, au sujet de l'Ancien Testament :
« Il faut rendre l'Ancien Testament au peuple chrétien. Il n'y a
pas d'oeuvre plus nécessaire et plus urgente. Il faut rendre au peuple
chrétien cette moitié de son héritage dont on essaie de le dépouiller,
cette Terre promise toujours ruisselante du même lait et du même
miel dont on essaie de l'expulser, et qui lui appartient. Il faut rendre
au peuple chrétien pour son usage ce grand édifice, débarrassé de
tout cet appareil pseudo-scientifique de conjecture arbitraire et
d'hypothèses frivoles qui ne sert qu'à décourager, à déconcerter, à
rebuter les fidèles ; à les assourdir tellement qu'ils n'entendent plus
au milieu du ridicule caquet des scribes incapables d'aboutir à quoi
que ce soit d'articulé et de positif, le grand cri des prophètes :
Sitientes, venite ad aquas ! (Vous tous qui avez soif, venez aux eaux
!) Il faut leur montrer dans cette oeuvre magnifique de l'Esprit Saint,
de la Sagesse de Dieu, non pas un amas confus de matériaux
hétéroclites à demi-dévorés par le temps, mais un monument su-
perbe sur lequel les siècles n'ont eu aucune prise et qui s'offre encore
à nous, intact et vierge, dans sa composition sublime et profonde,
dans sa signification originelle, dans l'invitation qu'il adresse, aussi
puissante aujourd'hui qu'autrefois, à notre coeur, à notre intelligence,
à notre imagination, à notre sensibilité, à tous nos besoins d'amour et
de beauté...
... Quel bonheur d'avoir recouvré notre bien ! Quel bonheur
d'admirer à coeur libre, à coeur ouvert, notre Dieu, notre Créateur,
qui n'est pas moins, qui est infiniment davantage, dans cette Parole
vivifiante à nous distinctement adressée, qu'il ne l'est dans la
radieuse
106
confusion de la nature ! Nourrissons-nous de cette histoire qui a un
sens, de cette suite d'événements conduits par Dieu pour notre
enseignement et pour la révélation de Ses infinies, de Ses
ingénieuses miséricordes. Dieu n'est plus cette froide entité des
philosophes. Il est quelqu'un. Moïse, David, nous le montrent tel
qu'Il est, tel qu'Il vit sa vie, tel que nous avons bien le droit de le voir
puisqu'on nous dit que nous sommes faits à Son image : les savants
nous expliqueront ça comme ils voudront.
« Mais quelle joie, quelle émotion de voir vivre là- haut notre
Père, débordant de paternité à notre égard, tendresse, compassion,
tous les sentiments qu'il faut, la colère même ! Oui, nous aimons
cette colère, nous aimons qu'on nous prenne au sérieux dans nos
transgressions comme dans nos essais de bien faire. Et tous ces
imbéciles qui nous parlent d'un Dieu féroce ! Un Dieu jaloux, oui,
tant que vous voudrez ! C'est comme ça que nous l'aimons.
« Jetons-nous sans crainte, la tête la première, dans cet océan
d'amour et de beauté, l'Ancien Testament, où tant de saints, tant de
génies, on trouvé un aliment inépuisable. Refaisons connaissance,
dans leur réalité vivante et typique, avec ces personnages vraiment
surhumains, je veux dire chez qui une humanité intégrale est tout
entière transfigurée par la signification authentique, Abraham,
Jacob, Joseph, Moïse, Job, Samuel, David. Ce ne sont point des
héros de roman et de théâtre. Nous pouvons les prendre dans nos
bras. Ce sont nos frères et nos soeurs, mais des frères, des soeurs
tout pleins de Dieu, tout débordants de la volonté du Très-Haut.
Lisons l'Écriture Sainte, mais lisons-la comme la lisaient les Père qui
nous ont montré que c'était la meilleure manière d'en profiter, lisons-
la
107
à genoux ! Lisons-la non pas avec des intentions de critique, avec
cette sotte curiosité qui ne va qu'à la vanité, mais avec la passion
d'un coeur affamé ! On nous a dit que la vie est là, que la lumière est
là, pourquoi n'essaierions-nous pas un petit peu par nous- mêmes de
savoir le goût que ça peut avoir ?... 58 ».
DEVANT LE CHOIX
Au terme de cette lecture, irons-nous jusqu'au bout ?
Finissons-en de nous décourager de notre médiocrité et de nous
exalter de nos petites réussites, mais posons-nous la question : Sera-
ce Lui ou Moi ?
L'heure est grave. Que ferons-nous de ce message ? Il est temps
de choisir.
Dieu parle une fois, deux fois — et l'on n'y prend pas garde... 59
Pourtant, aujourd'hui, une voix retentit encore; que celui qui est
injuste soit encore injuste ; que celui qui est souillé se souille encore
; que celui qui est juste pratique encore la justice, et que celui qui est
saint se sanctifie encore ! « Voici, je viens bientôt, et j'apporterai
avec moi la rétribution : je rendrai à chacun 60 selon son oeuvre
« Vous aussi, tenez-vous prêts ; car le Fils de l'homme viendra à
l'heure où vous n'y penserez pas 61 »
108
RÉFÉRENCES DE LA CONCLUSION
1 1 Cor. 2. 15.
23 1 Thess. 5. 22.
45 1 Cor. 8. 2.
2 Rom. 8. 15.
24 1 Cor. 10. 23.
45 Ephès. 4. 13.
3 Apoc. 22. 1-2.
25 1 Pi. 5.10.
46 Phil. 3. 12-14.
4 Gal. 5.22.
26 1 Jn. 1. 8, 2. 1-2,
46 Jean 17. 17.
5 Ps. 73. 25-28.
3.3.
47 Ps. 119.147-148.
8 Michée 6. 8.
27 1 Thess. 5. 17.
48 Rom. 15. 4.
7 Matth. 7. 21.
28 Ps. 46. 2.
48 1 Cor. 10-11.
8 Jacq. 2. 26.
29 Ps. 5. 1-4.
49 Jean 5. 39.
9 Apoc. 21. 7-8.
30 Héb.13. 6.
50 Luc 24. 27, 44.
10 Apoc. 22. 2.
31 Jean 16. 23.
51 2 Tim. 3. 14-17.
11 Ps. 1. 3.
32 2 Pi. 1. 8-11.
52 1 Tim. 4. 13.
11 Jér. 17. 8.
33 Ps. 16. 8.
53 Matth. 6. 12.
11 Ps. 92. 13-15.
33 Héb. 12. 1-2.
54 1 Jn. 5. 18.
12 Rom. 6. 1.
34 Héb. 2. 9.
55 1 Jn. 1. 8.
13 Jean 14. 15.
35 Matth, 6. 22-23.
55 1 Jn. 2. 1-3.
14 Ephés. 2. 10.
36 Ephés. 5. 8-10.
56 Jacq. 3. 2.
15 1 Jn. 3.24.
38 Matth. 16. 16.
57 1 Cor. 10. 12.
16 Matth. 5. 16.
2 Cor. 8. 9.
58 Paul Claudel : J'ai-
17 Jean 15. 4.
39 Act. 10. 38.
me la Bible, Paris,
18 Rom. 13. 14.
40 Prov. 20. 8.
Arthème Fayard,
19 Jean 6. 35, 51, 57. 41 2 Cor. 3. 18.
1955, P. 41-43.
20 Marc 13. 35-36.
42 Phil. 3. 20-21.
59 Job 33. 14.
21 Ephés. 6. 13-18. 43 1 Cor. 13. 12.
60 Apoc. 22. 11-12.
22 2 Tim. 2. 3-4.
44 1 Pi. 1. 6-9.
61 Luc 12. 40.
ERRATA
Page 23, références, lire : pages 19, 20, 21, 23.
Page 44, 29e ligne, lire : la lampe sous le boisseau 76, la lampe
sans huile 77 .
Page 58, 7e ligne, lire : ecclésiales, au lieu de ecclésiastiques.
Page 63, référence 74, lire: Exode 19. 10-15.
Page 107, 14e ligne, lire : Oui, nous aimons cette colère, cette
sainte colère.
Imprimé en Suisse
109
ACHEVÉ
D'IMPRIMER
SUR
LES
PRESSES
DE
L'IMPRIMERIE CORNAZ S.A., A YVERDON (SUISSE), EN
JUILLET MIL NEUF CENT SOIXANTE ET ONZE
