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Médiocrité
ou Sainteté
Mahanaïm
Gaston Racine

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ITINÉRAIRE SPIRITUEL
Gaston Racine, prédicateur évangélique, conférencier et
écrivain.
Né en Suisse dans le canton de Neuchâtel en 1917. De famille
huguenote, il fut élevé dans un milieu très pieux, appartenant à une
communauté issue du Réveil spirituel qui secoua une partie du
protestantisme au dixneuvième siècle.
Converti au Christ en 1931, hors de son contexte familial.
Arrêté en pleine jeunesse par la maladie, il dut apprendre durant
de longues années, à I' Ecole de la souffrance, à renoncer à ses plans
et à ses projets les plus chers, pour se soumettre simplement à la
volonté divine.
Appelé au service de Dieu en 1936, lors de sa convalescence en
Italie. Chapitre de sa vocation personnelle: Jérémie, chapitre 1, ver-
sets 4-10.
Exerce depuis 35 ans un ministère évangélique dans dès
communautés diverses, dans des camps de jeunesse et dans des
salles populaires en différents continents. A une prédilection pour le
pays d'Israël et ses voisins arabes.
Dès 1947, ne dépend d'aucune église particulière.
Habite Montréal depuis 1962. Tout en restant foncièrement
attaché à la Bible et sans sombrer dans un syncrétisme religieux, G.
R. reste disponible pour témoigner de sa foi aux croyants et aux non-
croyants de tous les milieux, catholiques, orthodoxes, protestants,

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juifs, musulmans, bouddhistes, hindouistes, rationalistes et
marxistes.
C'est dans ce but qu'il a commencé avec sa femme, le Dr Eva C.
Racine-Arendt, M. D., les camps « Mahanaim» destinés aux jeunes
gens et jeunes filles de 18 à 30 ans.
Témoigner de l'importance de ce livre, c'est pour moi dire à son
futur lecteur qu'ayant découvert devant Dieu mon état de «
médiocrité» et sa signification profonde, le péché », c'est-à- dire ce
qui m'empêchait de bénéficier de la communion avec mon Créateur,
qu'ayant cru ce que Dieu disait de moi et de son Fils par Sa Parole,
j'ai découvert « d'un même mouvement l'amour de son Coeur,
l'efficacité et la totalité de son pardon ». Témoigner de l'efficacité de
la PAROLE prêchée et rappelée dans ce livre, c'est pour moi dire à
celui qui en prendra connaissance, qu'elle a changé ma vie.
Les saints » ? Comme le souligne l' auteur en accord avec toute
la révélation biblique, ils ne sont rien d'autre que ces pécheurs qui
ont accepté la grâce de Dieu. Ils sont saints, oui, mais par Celui qui
habite en eux, par la Vie du Cep qui coule dans les sarments ». Et ce
Jésus qui disait à ses disciples, Moi je suis le vrai cep et vous êtes
les sarments », veut habiter chez tous les hommes, toutes les
femmes, tous les enfants de cette terre. Encore faut-il qu'ayant
rencontré JésusChrist, ils lui aient ouvert la porte de leur coeur, afin
qu'Il fasse Sa demeure en eux. C'est ce que j'ai fait ce soir d'avril
1954, alors que le monde christianisé se préparait à se souvenir du
Crucifié du Golgotha par qui tout fut, non seulement possible, mais
déjà accompli ». C'était pour moi l'heure de Dieu. Si cet ouvrage,
comme on dit d'ordinaire, « vient à son heure», eh bien ! que ce soit
pour vous lecteur, l'heure de Dieu, qui enfin sonne ou re-sonne »
dans votre vie.
J.-B. Racine (voir préface page 11).

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DU MÊME AUTEUR :
Un message de Dieu aux veuves, 2e édition 1938
Opinions ou Convictions? La Foi, (épuisé)
1943
Révolté, Résigné, Vainqueur?, 3e édition
1946
L'Unité du Corps du Christ, 2e édition
1948
Jésus revient !... Es-tu prêt ?..., 3e édition
1951
Le vrai visage de l'Affliction
1952
Ê tre Chrétien, 2e édition
1957
Les leçons de Marie, Mère de Jésus
1957
Le Christ Inconnu
1958
Donnez gloire à votre Dieu
1961
Textes abrégés de Conférences :
1956
Dieu est-il responsable du péché?
L'Athéisme pratique
Croyance ou Foi
Connaissance ou obéissance
Que pensez-vous du Christ?
Peut-on naître de nouveau?
L'homme face à la soufrance
L'homme faceà la mort
Vivre
L'homme et sa destinée
Le monde et sa destinée
L 'Église et sa destinée
Israël et sa destinée
A paraître prochainement:
Peut-on connaître la volonté de Dieu?
Copyright © 1971 4
Gaston Racine
Médiocrité ou Sainteté
EDITIONS « MAHANAIM»
Gaston Racine
Librairie Robert Mudry

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1745, Cedar Avenue, Appt 602 12, rue de La Louve
Montréal 109 (P. Québec) CH - 1000 Lausanne 17
A mon fils Jean-Bernard

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TABLE DES MATIÈRES
Au lecteur
9
Préface
11
Introduction
17
CHAPITRE PREMIER
Savoir choisir
25
Une vérité oubliée
25
Le choix, conséquence de la grâce .
27
Les deux voies
27
Les deux Maîtres
29
Les deux positions
29
L'importance du choix quotidien
30
Le choix de Lot
31
Le choix d'Abraham .
31
Le choix de Joseph
32
Le choix de Moïse
33
Ê tre comme tout le monde
34
CHAPITRE II
Qu'est-ce que la médiocrité ?
37
Définitions et citations.
37
Le témoignage des Écritures
38
Lot
38
Balaam
40
Eli
40
Saül
41
Guéhazi
42
Des analogies significatives
44
Dernière analyse
45
CHAPITRE III
Qu'est-ce que La Sainteté ?
47
Définition et manifestation .
47
Le triomphe de la sainteté
48
Un suprême appel .
49
Le défi du profane
50
Un rappel nécessaire .
51
Que dit l'Écriture ? .
52
A chacun son Espérance
53
Un retour à la Bible .
54
La sainteté en nous .
55

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La sublime rencontre .
56
Une sérieuse mise en garde
57
La vie des hommes de la Bible .
59
Jésus, le Saint et le Véritable .
60
En route vers la sainteté .
62
CHAPITRE IV
La Sainteté ou la Vie en Christ .
64
Se revêtir du Seigneur Jésus-Christ .
64
Apprendre le Christ
64
Se nourrir de Christ
65
Des tableaux incomparables
65
Une réalité pour notre temps
65
Le témoignage de Paul
67
Le témoignage de Jacques
68
Le témoignage de Pierre
68
Le témoignage de Jean .
69
Le témoignage de Jude
70
Le témoignage de Luc .
71
Une com araison nécessaire
71
Une confession honnête
73
Un diagnostic sévère
74
Une guérison possible .
76
CHAPITRE V
La Sanctification, ou le chemin qui mène à la Sainteté 79
La sagesse infiniment variée de Dieu
79
Les immenses richesses de Sa grâce
80
Un si grand salut .
81
La découverte de la lumière
82
La repentance envers Dieu .
83
La foi en notre Seigneur Jésus-Christ .
84
Justification et sanctification .
85
Un rappel nécessaire .
86
Dispenser droitement la parole de la vérité
86
Des vérités inséparables .
87
Le fruit naturel de la foi .
88
Comme Christ
89
La nécessité de la sanctification
90
CHAPITRE VI
Le Secret de la Sanctification : une opération de l'Esprit
de Dieu .
93
Ê tre en Christ .
93
Une doctrine essentielle
95

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L'Esprit, l'Eau et le Sang .
96
Les caractères d'une vie sanctifiée : unité, progrès, liberté
97
CONCLUSION
Sur le Chemin qui mène à la Sainteté .
100
La vigilance
102
La prière permanente
102
La contemplation habituelle de Jésus-Christ . 103
La méditation personnelle de la Parole de Dieu .104
Une tâche urgente .
105
Devant le choix .
108
8

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AU LECTEUR
« Médiocrité ou Sainteté » est un thème qui a réveillé la
conscience et parlé au coeur de plusieurs jeunes gens et jeunes filles
réunis dans des Camps bibliques, à la Chartreuse de Valbonne dans
le Gard, au « Genêt d'Or » en Haute-Loire, puis à « Poggio
Ubertini » près de Florence, entre les années 1950 et 1960. Ce sujet
fut traité une fois encore en 1968, dans une Retraite spirituelle de
fin de semaine près de la ville de Québec.
Sur la demande maintes fois renouvelée d'anciens campeurs et
campeuses actuellement adultes, pères et mères de famille, j'ai
repris mes notes et ai publié au cours de l'année 1970, l'essentiel de
mes exposés d'il y a plus de quinze ans, dans le périodique français
« Servir en L'attendant ».
Augmenté d'une préface qu'a bien voulu écrire mon propre fils,
j'ai revu et quelque peu développé mon travail original, pour
demeurer dans le feu de l'actualité.
Certains lecteurs trouveront pourtant que je n'apporte rien de
nouveau à ceux qui cherchent un sens à leur vie et aux choses qui
les entourent.
Dans des terres et des êtres labourés par les char-
9

Page 10
rues de la technique moderne et à l'heure où la science croit pouvoir
très bientôt tout comprendre et tout expliquer, sauf l'essentiel,
n'avons-nous rien d'autre à semer que « l'éternel grain de blé ? ».
Existerait-il une autre semence de vie ?
Sommes-nous si assurés que les problèmes des temps modernes
sont si différents dans leur essence, de ceux qu'ont eu à résoudre nos
ancêtres ?
A Ses disciples et à quelques Grecs qui voulaient Le voir, Jésus
de Nazareth disait un jour :
L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. En
vérité, en vérité, je vous le dis ,si le grain de blé qui est tombé en
terre ne meurt, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de
fruit.
(Évangile de Jean ch. 12.23-24.)
Dieu veuille trouver en nous un terrain favorable pour y jeter
Sa semence, afin qu'aujourd'hui encore nous puissions recevoir Sa
Parole, l'entendre, la comprendre et porter du fruit dans ce monde
qu'Il a tant aimé.
G. R.
Montréal, février 1971
10

Page 11
PREFACE
Malgré les habitudes et la mode, chacun sait que les préfaces,
(de « proefari », dire d'avance) sont le plus souvent parfaitement
inutiles. Que dire alors d'un préfacier qui loin d'être un écrivain
présentant l'oeuvre d'un jeune auteur est plutôt un jeune lecteur pré-
sentant l'oeuvre d'un écrivain. Il s'agira donc moins ici de préface
que de « témoignage ».
Fils de l'auteur, j'ai trente ans au moment où j'écris ces lignes. Je
viens de lire et relire le texte qui sera bientôt offert à l'attention des
lecteurs qui auront le privilège d'avoir ce livre entre les mains. Mais
il y a quinze ans déjà, qu'un soir du Jeudi Saint, dans le midi de la
France, alors que je participais à un camp biblique de vacances,
j'entendais ce même message, celui du même évangéliste, celui de
l'Évangile en fait, la bonne nouvelle de la Grâce de Dieu en Jésus-
Christ. Ce message devait me conduire, dans les
uqui suivirent, à ce choix qui donne son titre à cet ouvrage, et
dont allait dépendre l'orientation future de ma vie personnelle :
MÉDIOCRITÉ OU SAINTETÉ !
Témoigner de l'importance de ce livre, c'est pour moi dire à son
futur lecteur qu'ayant découvert devant Dieu mon état de «
médiocrité » et sa signification
11

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profonde, le « péché », c'est-à-dire ce qui m'empêchait de bénéficier
de la communion avec mon Créateur, qu' ayant cru ce que Dieu
disait de moi et de son Fils par Sa Parole, j'ai découvert « d'un même
mouvement l'amour de son Coeur, l'efficacité et la totalité de son
pardon ». Témoigner de l'efficacité de la PAROLÉ prêchée et
rappelée dans ce livre, c'est pour moi dire à celui qui en prendra
connaissance, qu elle a changé ma vie.
Les « saints » ? Comme le souligne l'auteur en accord avec
toute la révélation biblique, ils ne sont rien d'autre que ces pécheurs
qui ont accepté la grâce de Dieu. Ils sont saints, oui, mais « par
Celui qui habite en eux, par la Vie du Cep qui coule dans les sar-
ments ». Et ce Jésus qui disait à ses disciples, « Moi je suis le vrai
cep et vous êtes les sarments », veut habiter chez tous les hommes,
toutes les femmes, tous les enfants de cette terre. Encore faut-il
qu'ayant rencontré Jésus-Christ, ils lui aient ouvert la porte de leur
coeur, afin qu'Il fasse Sa demeure en eux. C'est ce que j'ai fait ce soir
d'avril 1954, alors que le monde christianisé se préparait à se
souvenir du Crucifié de Golgotha par qui tout fut, non seulement
possible, mais déjà « accompli D. C'était pour moi l'heure de Dieu.
Si cet ouvrage, comme on dit d'ordinaire, « vient à son heure, » eh
bien, que ce soit pour vous lecteur, l'heure de Dieu, qui enfin sonne
ou « re-sonne » dans votre vie.
*
Après avoir souligné l'importance de la notion de choix, d'un
choix initial, mais aussi d'un choix qui se renouvelle
quotidiennement, en l'illustrant par les choix de ces hommes de la
Bible, qui se révèlent être
12

Page 13
à l'image de chacun de nos propres choix, l'auteur parle au coeur,
sans artifice, se contentant de faire défiler devant nos yeux ces
personnages qui meublent tant de souvenirs religieux et stérilement
dévôts, et qui, tout pleins de poussière, semblaient avoir perdu toute
signification existentielle. Sous la plume combien inspirée et
incisive de l'auteur, ils reprennent pourtant un relief saisissant et une
actualité que j'oserais qualifier, pour utiliser le jargon de mon
métier, « d'opérationnelle » dans la « planification » de nos vies
personnelles. Au delà des patriarches et des prophètes archétypes
provisoires de Celui qui devait venir, culmine la divine personne du
Christ.
Quel renouveau de ma conviction, à la lecture de ce livre, de la
validité de ce jugement de l'auteur quant à la vanité des procédés
artificiels « d'actualisation » de la Parole de Dieu ! Actualisons-nous
le verre poli de nos miroirs ? Quelle que soit la forme ou la couleur
de son cadre, la surface qui réfléchit la lumière reste la même, au fil
de nos jours, au fil de nos heures. Ce miroir qu'est la Bible est
toujours capable de nous convaincre, à tout âge, de la nécessité du
salut de Dieu et de nous assurer que ce salut a été accompli en Jésus-
Christ.
La lumière soudain a jailli dans les ténèbres. L'homme voit sa
misère et, de la repentance à la foi en la justification acquise pour
nous par le sacrifice du Christ, il est conduit sur le chemin de la
sanctification, qui n'est autre que « la vie en Christ », vécue quoti-
diennement grâce à l'opération de l'Esprit de Dieu. Elle débouche,
bien au-delà de l'esclavage, la stagnation, le mélange, la tristesse
d'une « médiocrité » dominée par la dictature de notre MOI, sur la
joie, l'unité, le progrès et la liberté d'une vie « sanctifiée » par la
présence en elle du CHRIST-JÉSUS, Jésus de Naza-
13

Page 14
reth. C'est Lui qui montrait il y a bientôt deux mille ans le chemin du
salut, la CROIX, mais qui, l'ayant suivi à notre place, pouvait déjà,
ressuscité d'entre les morts, donner à ceux qui avaient cru à la vertu
salvatrice de son sacrifice, ce bien ineffable après lequel nous
courons tous, la PAIX, non pas celle que le monde croit parfois
pouvoir donner, promettre ou prédire, mais la Sienne, la Paix de
Dieu, « qui surpasse toute intelligence », scellée une fois pour toutes
pour tous les rachetés dans le sang de l'Agneau de Dieu, qui ôte le
péché du monde ».
Toutes ces promesses qui parcourent ce livre rempli de la Parole
de Dieu — et auxquelles renvoient d'opportunes références bibliques
en notes infra-marginales — sont pour nous. « A nous de nous en
emparer par la foi », nous dit l'auteur. En effet, le même Jésus qui
disait dans son sermon sur la montagne : « Bienheureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage », devait dire un peu plus tard
que ce sont les violents » qui s'emparent du Royaume des Cieux.
Peut-être faut-il se faire violence en effet pour ouvrir la porte de son
coeur à Celui qui vous dit :
« Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu un entend
ma voix et ouvre la porte, j entrerai chez lui pour souper, moi près
de lui et lui près de moi. A celui qui vaincra je lui donnerai de
prendre place auprès de moi sur mon trône, comme moi-même,
après ma victoire, j ai pris place auprès de mon Père sur son' trône.
Celui qui a des oreilles, qu il écoute ce que l Esprit dit aux Églises. »
(Apocalypse, ch. III, versets 20-22.)
Jésus ne force pas l'accès. Il frappe. Mais cette demande d'un
accueil libre et personnel, Il me l'adressait le soir où j'entendais cette
prédication intitulée :
«
Médiocrité ou Sainteté », à moi fils de pasteur, ayant
14

Page 15
toujours cru « être chrétien », mais qui n'en avais que l'inévitable
habit tissé par le conditionnement familial et ecclésiastique, tout
plein de déchirures et d'éclaboussures d'ailleurs.
Et, ce même message, le Christ glorifié le dit encore aujourd'hui
à l'Église, quelle que soit son appellation — puisqu'à l'origine cette
parole interpellait l'Eglise primitive de Laodicée, bien avant
qu'interviennent les grands schismes et leurs prolongements actuels.
Ottawa, janvier 1971
Dr J.-B. Racine,
Professeur à l'Université d'Ottawa,
Département de Géographie.
15

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INTRODUCTION
La Bible, Parole de Dieu, est le livre des positions nettes et
tranchées.
Celui qui lit les Écritures et laisse ses pensées se former par
elles sait que le Livre saint est ennemi des compromis, des attitudes
équivoques, des coeurs hésitants et partagés.
Tout lecteur se laissant critiquer par le Texte entend sans cesse
résonner aux oreilles de son coeur ses expressions catégoriques : «
Vie ou mort »... « Bonheur ou malheur »... « Bénédiction ou
malédiction »... « Vérité ou mensonge »... « Lumière ou ténèbres »...
« Justice ou iniquité »... « Sainteté ou souillure »... (( Bouillant ou
froid »... « Amour ou haine »... « Dieu ou Mammon »... « Christ ou
Bélial »... « Ésprit ou chair »...
L'esprit du « monde », au contraire, la sagesse des hommes ne
cessent de proclamer qu'il existe un juste milieu, un moyen terme,
une possibilité d'unir ces contraires, qu'il est impossible de suivre à
la lettre les exhortations de la Parole sans tomber dans le fanatisme
religieux...
Ce monde est pour le mélange, pour l'union, et le
résultat de ce soi-disant équilibre, c'est la confusion.
Au sein de ce chaos d'idées, de ces opinions em-
17

Page 17
brouillées, Dieu pourtant parle toujours, et notre âme s'humiliant
sous Sa main puissante Le supplie d'atteindre par ce message les
coeurs et les consciences de ceux qui ont encore « des oreilles pour
entendre ». Dieu seul peut éclairer Ses créatures et leur donner ce
que la parole humaine est impuissante à produire : « la joie très pure
de la vérité divine entrevue », comme disait saint Augustin.
Et parce que nous devrons dans les derniers chapitres exposer
des doctrines très profondes et une réflexion devenue de plus en plus
étrangère à nos contemporains, nous éprouvons le besoin de faire
nôtre l'essentiel de la prière de l'auteur de « l'Imitation de Jésus-
Christ ». Après avoir rappelé la demande des enfants d'Israël à
Moïse : « Parle-nous et nous t'écouterons, mais que le Seigneur ne
nous parle point, de peur que nous ne mourrions », il s'écrie :
« Ce n'est pas là Seigneur, ce n'est pas là ma prière; mais au
contraire je vous implore, comme le prophète Samuel, avec un
humble désir, disant : Parlez, Seigneur mon Dieu, vous la lumière de
tous les prophètes, et l'Esprit qui les inspirait... sans vous, ils ne
pourraient rien.
»
Ils peuvent prononcer des paroles, mais non les rendre
efficaces.
»
Leur langage est sublime ; mais si vous vous taisez, il
n'échauffe point le coeur.
»
Ils exposent la lettre, mais vous en découvrez le sens.
» Ils proposent les mystères ; mais vous rompez le sceau qui en
dérobait l'intelligence.
» Ils publient vos commandements, mais vous aidez à les
accomplir.
» Ils montrent la voie, mais vous nous donnez des forces pour y
marcher.
18

Page 18
«
Ils n'agissent qu'au dehors, mais vous éclairez et instruisez
les coeurs.
«
Ils arrosent extérieurement, mais vous donnez la fécondité.
» Leurs paroles frappent l'oreille ; mais vous ouvrez
l'intelligence...
» Seigneur, mon Dieu, éternelle vérité ! Parlez-moi, de peur que
je ne meure et que je n'écoute sans fruit, si averti seulement au
dehors, je ne suis point intérieurement embrasé ; de peur que je ne
trouve ma condamnation dans votre Parole, entendue sans être
accomplie, connue sans être aimée, crue sans être observée.
» Parlez- moi donc, Seigneur, parce que votre serviteur écoute :
Vous avez les paroles de la vie éternelle ! (1) » .
Dieu a parlé. Dieu parle encore. Nous le savons. Nous le
croyons de tout notre coeur car, dans un temps comme le nôtre,
seule cette Parole nous fait vivre.
Pourtant, étrange paradoxe, plus que jamais nous sentons notre
incapacité à parler de Dieu. Comme plusieurs auteurs l'ont souvent
souligné, « dès que l'homme parle de Dieu, il lui arrive de découvrir
avec effroi qu'il parle d'autre chose que de Dieu ».
Si la Parole de Dieu était vraiment sur nos lèvres, notre
interlocuteur aurait la vraie réponse, celle qui correspond à sa
question ou au seul problème réel qui tourmente l'homme moderne
et qu'il n'a pas osé ou voulu nous poser ouvertement.
Cependant, nous avons un témoignage oral ou écrit à rendre à la
vérité centrale de la Parole de Dieu.
19

Page 19
« Prêcher, disait en substance Karl Barth, c'est être le messager
chargé de faire entendre la Bonne Nouvelle, c'est être la voix qui
transmet la parole , la Parole que Dieu seul peut prononcer, Parole
qui n'est autre que Dieu lui-même devenu homme en Jésus-Christ.
Les idées et les particularités du prédicateur n'ont aucun intérêt. Si
Dieu n'utilise sa parole comme véhicule de la Sienne, tout est vain et
stérile. La prédication est donc l'attente et le risque sans cesse repris
de ce miracle par lequel aujourd'hui Dieu parle aux hommes de notre
temps, de tous les temps, depuis le jour où Il appela Abraham à
partir pour la terre promise 2. »
Aujourd'hui comme hier, un authentique homme de Dieu ne
peut prêcher que sous la croix. Il ne se croit pas déjà au but et ne
prétend pas avoir atteint la perfection.
C'est dans une grande détresse intérieure qu'il s'adresse au coeur
et à la conscience de ses frères. Il se sent lui-même interpellé par
Dieu et se voit aux côtés de tous ceux qui s'interrogent au sein d'une
salutaire angoisse.
Il ne pense être dans la vérité parce qu'il est « intégriste » ou «
progressiste » ou encore parce qu'il ferait partie d'une communauté
évangélique dans laquelle il a été baptisé et: où il communie une ou
plusieurs fois par mois.
Il ne se réjouit pas du trouble qui agite les grandes
dénominations religieuses et ne se permet pas de triompher au nom
de la Bible en constatant le désarroi qui s'empare de beaucoup
d'âmes. Il demande à Dieu
20

Page 20
d'éclairer tous les hommes et n'aspire plus qu'à servir ses frères.
S'il doit dénoncer le péché et les infidélités de tout ce qui porte
le nom de chrétien, il le fait en se frappant lui-même la poitrine, prêt
à reconnaître sa propre responsabilité dans la situation lamentable de
la chrétienté.
Parce qu'il connaît la plaie secrète de son coeur et les misères de
sa communauté, il est assez honnête pour ne pas affirmer que tout va
bien pour lui ou qu'aucun problème ne se pose dans son milieu spiri-
tuel. L'Église primitive avait déjà ses luttes et les apôtres leurs
perplexités.
Toute attitude humble et ouverte permet à Dieu d'intervenir.
Alors un véritable miracle se produit. L'infinie bonté de Dieu nous
est à nouveau révélée. La certitude de sa justice s'empare de notre
coeur. La rémissions des péchés, la résurrection d'entre les morts, la
vie éternelle, en un mot toutes les vérités essentielles du
christianisme acquièrent une nouvelle fraîcheur. Ce ne sont plus de
simples articles de foi d'un Credo orthodoxe, des doctrines figées par
les siècles, ni des mots abstraits et incompréhensibles pour l'homme
moderne. Dieu a une réponse pour quiconque s'interroge. E t cette
réponse est dans Son Fils unique, dans le pardon qu'Il nous accorde
en Lui, dans cette grâce et cette vérité qui vinrent par JésusChrist.
Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment, des choses que l'oeil n'a
point vues, que l'oreille n'a point entendues, des choses qui ne sont
pas montées au coeur de l'homme3 ».
21

Page 21
Ces trésors cachés, ces richesses enfouies, cette sagesse et cette
science ineffables ne sont dévoilés qu'à ceux qui acceptent de
descendre de leur piédestal religieux ou mondain, pour suivre
l'Esprit-Saint dans la nuit, le silence et la solitude des profondeurs de
Dieu
Graduellement, les yeux trop longtemps éblouis les clartés
artificielles d'un monde sans vraie lumière s'habituent à l'obscurité
divine. Ils découvrent soudaiceux nement des valeurs éternelles et
inconnues de qui courent après les vanités mensongères d'un jour.
Loin des bruits assourdissants de la terre, l'oreille perçoit à son
tour un son doux et subtil. Ce n'est encore qu'un murmure, mais
bientôt des mots deviennent audibles et la Parole de Dieu, vivante et
,s'entend clairement. Pas besoin de l'actualise] puisqu'elle est la
Parole éternelle de Celui qui est « le même, hier, aujourd'hui et
demain ». Divine lumière lampe prophétique, c'est elle qui éclaire
l'actualité.
Au fond de notre coeur le Saint-Esprit nous rappelle des
promesses admirables. Elles suffisent à nous fain vivre et travailler
dans la certitude que Celui qui promis est puissant pour accomplir.
Oui, ces pro s messes sont pour nous et nos frères. A nous de nou en
emparer par la foi. Leur accomplissement n'est pa; notre affaire,
mais celle de Dieu. D'avance nous acceptons que Son heure soit
notre heure. Nouvellement éclairée, notre conscience sait aussi que
le jugement de Dieu sera inexorable. Là encore, c'est Lui et Lu seul
qui rendra à chacun selon ses oeuvres. Et cela es vrai pour tous les
hommes, quelles que soient leur; croyances ou leur incrédulité, car
devant Dieu il n'a pas « d'acception de personnes ».
Dans les profondeurs de Dieu où nous conduit Saint-Esprit, la
solitude du coeur prend fin. Une compagnie immense de rachetés
nous entoure sans nous
22

Page 22
presser. Ce sont tous ceux qui, autrefois loin de Dieu, sont rentrés en
eux-mêmes, ont retrouvé leur Père et vivent de son divin pardon.
C'est avec eux que nous connaissons la véritable communion des
saints, loin des amitiés charnelles et des fraternités artificielles.
C'est là que coule la source pure du véritable esprit
oecuménique qui n'est ni romain, ni orthodoxe, ni protestant, mais
unique, eschatologique et messianique.
Puissions-nous
vivre
toujours
davantage
l'expérience
oecuménique dans l'Unité du Corps du Christ. Et si dans cette
longue marche, nous devions rencontrer encore beaucoup
d'obstacles et traverser des vallées bien sombres, que tous nous
fassions nôtre la parole du Psalmiste : « Si je dis : Au moins les
ténèbres m'envelopperont, alors la nuit est lumière autour de moi.
Les ténèbres ne sont pas obscures pour me cacher à toi et la nuit
resplendit comme le jour, l'obscurité est comme la lumière (4) ».
RÉFÉRENCES DE L'INTRODUCTION
1 Imitation, Livre III, Ch. II.
Page 7
2 G. Casalis — Portrait de K. Barth, p. 77-78 8
3 1 Corinthiens 2 v. 9 »
10
4 Psaume 139 v. 11-12 »
11
23

Page 23
CHAPITRE PREMIER
SAVOIR CHOISIR
Une vérité oubliée
Adam n'avait pas à choisir, mais à obéir. Une mission lui avait
été confiée (5). Un commandement lui avait été donné (6). La vie, le
bonheur, l'accomplissement de la véritable destinée de la race
humaine, tout dépendait de la soumission par amour du premier
homme à son Créateur.
Certes, dans tous les temps, diverses Écoles théologiques ont
dépouillé l'histoire biblique de toute réalité. Pour plusieurs, Adam
n'était pas vraiment le premier homme, ni Éden un vrai Paradis, ni le
serpent un animal des champs. S'il en est ainsi et s'il ne s'est rien
passé réellement à l'aurore de l'humanité, comment la mort est-elle
entrée dans le monde et quel sens a notre salut ?
L'apôtre Paul qui savait discerner le langage allégorique de
l'Ancien Testament (7) croyait pourtant en la réalité des événements
décrits dans la Genèse. Ainsi, dans l'épître aux Romains, il se réfère
à la désobéissance d'Adam 8 et dans la deuxième épître aux
Corinthiens, à la séduction d'Éve par le serpent (9). Ailleurs il
reconnaît que le premier homme, Adam,
25

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a été tiré de terre, poussière (10). Enfin, à l'instar de Jésus Lui-
même, il cita à plusieurs reprises le texte se rapportant à la création
et à l'unité du premier couple (11)
Une fois ces choses admises, une étude attentive des premiers
chapitres de la Bible nous dévoile qu'Adam ne fut pas victime d'une
épreuve dont Dieu serait l'auteur. Jacques nous confirme dans ce
sentiment quand il écrit dans son épître : « Que personne lorsqu'il est
tenté, ne dise : C'est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté
par le mal, et Il ne tente personne. Mais chacun est tenté quand il est
attiré et amorcé par sa propre convoitise. Puis la convoitise,
lorsqu'elle a conçu, enfante le péché ; et le péché, étant consommé,
produit la mort.» (12)
Le livre de la Sagesse déclare : « Dieu n'a pas fait la (13) mort,
il ne se réjouit pas de la perte des Selon l'épître aux Romains, « le
salaire du péché, c'est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c'est la
vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (10).
Enfin dans son Apocalypse, l'apôtre jean annonce la disparition
de la mort, lorsqu'au jugement dernier, tous les suppôts du péché
auront été voués à la seconde mort (15)
Placé en Eden dans l'univers harmonieux créé par Dieu,
l'homme n'était pas habilité à choisir entre le bien et le mal. Il devait
simplement observer le commandement du Seigneur en
accomplissant toutes ses tâches dans la communion de son Dieu
(16). C'est donc bien par un acte de révolte, par une désobéissance,
par une transgression volontaire que « le péché est entré dans le
monde et par le péché la mort, qui a passé à tous les hommes, du fait
que tous ont péché » (17) .
Avant de savoir rejeter le mal et choisir le bien (18),
26

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Adam rompit l'alliance divine (19) et fut chassé de son lieu (20). Par
son attitude et son désir d'indépendance, Adam donna libre cours à
sa convoitise. Il compromit l'harmonie du monde et y introduisit le
suprême désordre, plaçant toute sa descendance sous l'empire du
péché, la puissance de la mort et l'esclavage de Satan.
Le choix, conséquence de la grâce
Concernant le salut, personne ici-bas n'a le choix. Tout homme
est perdu sans l'avoir voulu, comme Adam était innocent par état,
sans avoir à choisir.
Cependant la réponse de Dieu à la faute d'Adam n'a pas été
uniquement la condamnation. Dans sa souveraineté, Dieu fit grâce
au pécheur, grâce reposant sur la justice d'un seul, Jésus-Christ, le
dernier Adam (21)
Seul le refus de cette grâce offerte à tous les hommes, confirme
le pécheur dans sa perdition, alors que l'acceptation de la vérité qui
est en Jésus-Christ sauve parfaitement le coupable (22)
Si le salut de l'individu et de l'humanim n'est pas le fait d'un
choix, mais d'une grâce l'homme sauvé, pardonné, justifié par la foi
est sans cesse placé devant un choix, une décision qui engage son
être tout entier (24)
L'histoire d'Israël nous fournit trois exemples précis le peuple
fut solennellement sommé de choisir. Chaque fois, l'appel de Dieu
s'adresse au cœur et à la conscience d'hommes qui connaissent la
puissance de Dieu, mais hésitent à faire sa volonté.
Les deux voies
Par la bouche de Moïse, Dieu dira à son peuple arrivé au terme
de son pèlerinage dans le désert :
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« J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre :
j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction.
Choisis la vie, afin queÉtu vives, toi et ta postérité, pour aimer ton
Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t'attacher à lui ; car c'est là ta vie
et la longueur de tes jours, afin que tu habites sur la terre que
l'Éternel a juré à tes pères, à Abraham, à Isaac et à Jacob, de leur
donner (25). »
Dans ce passage célèbre dont le contexte concerne sans
contredit l'observation de la Loi, nous entendons Moïse s'écrier :
«Ce commandement que je te prescris aujourd'hui n'est certainement
point audessus de tes forces et hors de ta portée... C'est une chose, au
contraire, qui est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur,
afin que tu les mettes en pratique (26) »
L'apôtre Paul, qui si souvent dans ses épîtres a démontré
l'impossibilité pour un homme d'accomplir la Loi (27), emploie
justement ce texte de Deutéronome pour affirmer que la justification
de l'homme vient de sa foi en la Parole de Dieu (28). . La foi qui
justifie n'est donc pas une simple croyance religieuse, une adhésion
intellectuelle à une vérité orthodoxe. La foi est une obéissance, un
engagement, une marche dans un sentier que Dieu nous a clairement
tracé.
Ainsi, l'enseignement de Moïse et celui de Paul se confondent et
trouvent une merveilleuse synthèse dans les paroles de jésus : «
Entrez par la porte étroite ; car large est la porte, et spacieux est le
chemin qui mène à la perdition et nombreux sont ceux qui entrent
par elles ; car étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la
vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent (29) ».
28

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Les deux maîtres
Accepter la grâce, faire l'expérience de la bonté de Dieu, habiter
le pays et connaître le repos de l'âme n'autorisent personne au
relâchement, à la paresse spirituelle ou à l'infidélité. C'est pourquoi
Josué, après avoir introduit Israël en Canaan, rassemble les douze
tribus à Sichem pour rappeler au peuple de Dieu les merveilleuses
délivrances dont il a été l'objet.
Sentant sa mort prochaine, Josué exhorte encore une fois Israël
à demeurer attaché au Seigneur. Il s'écrie avec force : « Et
maintenant, craignez l'Eternel, et servez-le en intégrité et en vérité ;
ôtez les dieux que vos pères ont servis de l'autre côté du fleuve et en
Égypte, et servez l'Éternel. Et s'il est mauvais à vos yeux de servir
l'Éternel, choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir, soit les dieux
que servaient vos pères au-delà du fleuve, soit les dieux des
Amoréens dont vous habitez le pays maintenant. Pour moi et ma
famille, nous voulons servir l'Éternel (30) »
Devant la réponse positive des enfants d'Israël, Josué ajoute : «
Vous êtes témoins contre vous-mêmes que vous avez choisi l'Éternel
pour le servir (31) ». Ces paroles du successeur de Moïse s'accordent
parfaitement avec celles de jésus : «Nul ne peut servir deux maîtres.
Car, ou il haïra l'un et aimera l'autre ; ou il s'attachera à l'un, et
méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon (32) ».
Servir le Seigneur est donc un privilège et non point une
contrainte. C'est le fruit de la foi rendue agissante par l'amour (33)
Les deux positions
Au temps des Rois, le prophète Élie apostrophe tout Israël
rassemblé avec les prophètes de Baal sur le
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Mont Carmel. S'approchant de tout le peuple, Elie s'écrie : « Jusques
à quand clocherez-vous des deux côtés ? Si l'Éternel est Dieu,
suivez-le ; si c'est Baal, allez après lui ! (34) ». Un silence honteux
accueille les paroles du prophète. « Le peuple ne lui répondit rien ».
Ce silence, qui n'a d'égal que le mutisme de Baal, prendra fin quand
le feu du ciel tombera et consumera l'holocauste préparé par Élie.
Quand tout le peuple vit cela, ils tombèrent sur leur visage et dirent :
C'est l'Éternel qui est Dieu ! (35). La prière du prophète était
exaucée. N'avait-il pas dit au moment de la présentation de
l'offrande : « Eternel, Dieu d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, que je
sache aujourd'hui que tu es Dieu en Israël, que je suis ton serviteur,
et que j'ai fait toutes ces choses par ta parole ! Réponds-moi,
Eternel, réponds-moi, afin que ce peuple reconnaisse que c'est toi,
Éternel, qui es Dieu, et que c'est toi qui ramènes leur coeur ! (36) »
L'importance du choix quotidien
Les trois exemples cités plus haut suffiraient à nous montrer que
nous avons à vivre le moment présent dans l'aujourd'hui de Dieu
(37). Trop de chrétiens s'enferment dans leur passé tandis que
d'autres s'évadent dans l'avenir. Les expériences d'hier et les
délivrances de demain ne doivent pas nous faire oublier la minute
présente, les tâches et les ressources que Dieu nous donne
maintenant pour nous permettre de vivre pleinement cette parcelle
de temps que nous pouvons vraiment posséder.
Sauvé par grâce, l'homme n'est pas appelé immédiatement à
entrer dans la gloire. Il doit marcher dans un monde qui ne
manquera pas de solliciter son amitié afin de le pousser à conformer
sa vie au présent siè-
30

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cle (38). C'est alors qu'il faut savoir joindre à notre foi, la vertu 39,
afin de ne pas tomber dans l' adultère spirituel, oubliant que l'amitié
du monde est inimitié contre Dieu (4).
L'histoire d'Abraham et de Lot, illustre magistralement ce que
procure l'amitié de Dieu dans une vie solitaire « sur la montagne » et
ce qu 'apportent les avantages du monde dans les plaines populeuses
et opulentes de Sodome.
Le choix de Lot
Quand l'oncle et le neveu décidèrent de se séparer pour éviter
toute querelle, l'Écriture nous dit : « Lot leva les yeux, et vit toute la
plaine du Jourdain, qui était entièrement arrosée. Avant que l'Eternel
eût détruit Sodome et Gomorrhe c'était, jusqu'à Tsoar, comme un
jardin de l'Éternel, comme le pays d'Égypte. Lot choisit pour lui
toute la plaine du Jourdain, et il s'avança vers l'Orient (41) ». Élevé
dans la foi, Lot n'avait cependant pas compris qu'il n'était plus à lui-
même mais appartenait au Dieu qu'il connaissait. Cet homme fixe
ses yeux sur des objets qui correspondent aux penchants de son
coeur. Son choix se révéla désastreux. Sa vie est une démonstration
de la parole de Jésus : « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra (42)
». Lot connut la guerre, la captivité, la tristesse et le tourment d'une
âme qui n'est pas à sa place. Il perdit finalement ses biens, ses
gendres, sa femme et son honneur (43).
Le choix d 'Abraham
En revanche, Abraham, l'appelé de Dieu qui à son tour a choisi
Dieu, s'en remettait au Dieu Très-Haut pour toutes choses (44). Ne
voulant rien pour lui, il voit
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la bénédiction de l'Éternel reposer sur lui. Dieu lui apparaît,
l'encourage par ses promesses et lui dit : « Abraham, ne crains point
; moi je suis ton bouclier et ta très grande récompense(45). ».
Abraham saisit ces paroles par la foi et fit confiance à Dieu. Nous
savons comment Dieu tint ses promesses et fit de ce patriarche le «
père de tous les croyants ». Puissions-nous aujourd'hui encore
marcher dans les traces de la foi qu'a eue notre père Abraham (46).
Ce choix entre Dieu et le monde se renouvelle chaque jour pour
le chrétien, et plusieurs fois par jour. A tout instant le monde nous
presse. C'est pourquoi il importe beaucoup de savoir de quel côté
nous sommes. Comme Abraham, celui qui a l'amour du Père en lui,
est appelé à refuser sans cesse les offres du monde 47 . Sachant que
l'Ecriture ne connaît pas de principe intermédiaire, de position
neutre, la règle du croyant est simple. Au lieu d'être perplexe et de
rechercher où commence le « monde » et où il finit, ou en quoi con-
siste la mondanité, il se demande simplement : « Ceci est-il du Père
? » Dans des centaines de cas, en regardant la chose elle-même, il
serait impossible de dire où la mondanité commence et où elle finit.
Mais nous pouvons rapidement reconnaître si la chose est du Père !
Et quand nous voyons qu'elle n'est pas du Père, nous savons qu'elle
est du monde (48).
Le choix de Joseph
Mais nous ne sommes pas seulement dans un monde qui nous
tente par ses attraits, ses possibilités et ses commodités. Nous vivons
dans une sphère où règne le péché qui sollicite constamment notre
chair. Et de nouveau le choix est là. Nous connaissons tous cette
alternative . succomber, satisfaire notre passion,
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ou fuir, au risque même d'être dépouillé et mal jugé. C'est le choix
de Joseph (49). L’emprisonnement, la souffrance, l'injustice furent
les résultats immédiats de la décision qu'il avait prise de ne pas
pécher contre Dieu. Cependant l'Eternel ne tarda point à
récompenser son serviteur pour la crainte qu'il avait eue de Son
Nom. Nous lisons : « L'Éternel fut avec joseph, et il étendit sa bonté
sur lui (50). L'option difficile de Joseph devait finalement conduire
ce dernier à la joie, la louange et la gloire.
Ce choix entre l'Esprit et la chair se renouvelle à toute heure et
pour s'orienter, il faut appliquer la même règle que pour discerner ce
qui vient du monde. Tout ce qui n'est pas de l'Esprit est de la chair
(51). Aujourd'hui, nous avons à fuir la convoitise si nous voulons
honorer notre Dieu (52). C'est donc chaque jour qu'il faut fuir le mal
et poursuivre la foi, l'amour, la justice, et la paix avec ceux qui
invoquent le Seigneur d'un coeur pur (53).
Le choix de Moïse
Enfin, en plus de Satan, du monde et du péché, nous avons à
affronter les satisfactions légitimes que réclame notre moi, qui
voudrait profiter des avantages naturels que la chair nous procure.
Ici, nous arrivons au choix de Moïse. Cet homme refusa d'être
appelé fils de la fille du Pharaon, « aimant mieux être maltraité avec
le peuple de Dieu que d'avoir pour un temps la jouissance du péché,
regardant l'opprobre de Christ comme une richesse plus grande que
les trésors de l'Égypte, car il avait les yeux fixés sur la rémunération.
C'est par la foi qu'il quitta l'Égypte, sans être effrayé de la colère du
roi ; car il se montra ferme, comme voyant celui qui est invisi-
33

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ble (54) ». Là était toute la force du grand législateur.
Nous trouvons un choix semblable chez l'apôtre Paul qui put
renoncer à tout à cause de l'excellence de la connaissance du Christ
son Seigneur (55).
Le renoncement du vrai disciple est donc quotidien. Tout
l'enseignement de jésus précise ces vérités. Chaque jour pour suivre
le Maître, il faut prendre sa croix (56). Sans cet exercice, il n'y a pas
de vie victorieuse (57).
CES DIFFÉRENTS CHOIX CONDUISENT A LA
MÉDIOCRITÉ OU A LA SAINTETÉ.
Êtrecomme tout le monde
Etant des hommes de chair, il est très difficile, même si nous
sommes « nés de nouveau » (58), de ne pas nous laisser influencer
par le monde. Laissé à luimême, l'homme reste charnel. Ses oeuvres
sont celles de la chair qu'il imite, non pas toujours dans ses actions
les plus grossières, mais également dans ses agissements les plus
raisonnables.
L'histoire du peuple d'Israël nous fournit encore un exemple
frappant de ce que nous venons de souligner. Dieu était Roi d'Israël.
Il avait avec son peuple une relation directe. Un jour pourtant, ce
peuple s'approcha de Samuel en disant : « Établis sur nous un roi
pour nous juger, comme il y en a dans toutes les nations » 59.
Pourquoi cette démarche ?
Les Israélites avaient cessé de fixer leurs yeux sur leur grand
Dieu Sauveur. Ils regardaient vers la terre, vers les hommes, vers les
nations et ce qu'ils voyaient les amenait à croire qu'il manquait
quelque chose à leur peuple. Israël n'avait pas de roi visible.
Israël voulut être semblable à tous les autres peuples de la terre,
imitant leurs moeurs et leurs coutu-
34
mes. Cessant d'être un exemple et un modèle pour les nations, le
peuple de Dieu s'identifia au monde et tomba dans l'idolâtrie. Ce fut
un recul au lieu d'un progrès, un appauvrissement et non un
enrichissement.

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Alors qu'Israël avait tout reçu de Dieu, le roi auquel il serait
asservi allait tout lui prendre : ses fils, ses filles, ses champs, la dîme
de ses récoltes, ses serviteurs, sa liberté(60). En réclamant et en
choisissant un roi, Israël supprimait sa raison d'être.
Dieu l'avait mis à part pour la liberté et l'unité. Grâce à la
relation directe qui existait entre Dieu et Israël, ce peuple ne
connaissait pas les obligations et les charges qui incombaient aux
nations soumises à un joug charnel.
Il en est de même pour l'Église de Dieu, peuple racheté, mis à
part, indépendant du monde. Le jour où l'Église veut être reconnue
du monde, elle perd peu à peu la glorieuse liberté qu'elle possède en
Christ et s'asservit au monde.
Divisée, déchirée, écartelée, l'Eglise ne connaît plus d'unité.
Infidèle à son Maître, elle finit par l'abandonner.
La pauvreté et l'impuissance spirituelles dont souffre
actuellement l'Eglise viennent essentiellement de son « flirt» et de
son amalgamation avec le monde.
Dieu ne suffit plus. Nous avons soif du monde et de ses
convoitises. Nous voulons vivre comme tout le monde. Ayant
commencé avec Dieu, on ne veut plus aller jusqu'au bout avec Lui.
On s'arrête à mi-chemin pour s'installer dans la médiocrité.
Dès cet instant, nous sommes non seulement incapables de
répondre aux réels besoins du monde, mais nous devenons inutiles et
même nuisibles aux âmes qui nous entourent.
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RÉFÉRENCES DU CHAPITRE PREMIER
5 Gen. 1. 28.
24 1 Thess. 5. 23.
43 II Pierre 2. 7-8.
6 Gen. 2. 16-17
25 Deut. 30. 19-20.
44 Gen. 14. 22-23.
7 Gal. 4. 24.
26 Deut. 30. 11-14.
45 Gen. 15. 1.
8 Rom. 5. 12-14.
27 Gal. 3. 10-11.
46 Rom. 4. I1-12.
9 2 Cor. 11. 3
23 Rom. 10. 5-17.
07 Jean 14.27.
10 1 Cor. 15. 45-47
29 Matth. 7. 13-14.
48 I Jean 2. 15-17.
11 1 Cor. 6.16.
30 Josué 24.14-15.
49 Gen. 39. 1-20.
12 Jacq. 1. 13-15.
31 Josué 24. 22.
50 Gen. 39. 21-23.
13 Sagesse 1. 13.
32 Matth. 6. 24.
51 Jean 3. 6.
14 Rom. 6. 32.
33 Gal. 5. 6.
52 I Pierre 2. 11-12.
15 Apoc. 20. 14 ; 21. 5 34 I Rois 18. 21.
53 II Tim. 2. 22.
10 Gen. 2. 15, 19-20. 35I Rois 18. 38-39.
54 Heb. 11. 24-27.
17 Rom. 5. 12.
36 1 Rois 18. 36-37.
55 Phil. 3. 7-11.
18 Es. 7. 16.
37 Héb. 3. 7.
56 Luc 9. 23.
19 Osée 6. 7.
38 Rom. 12. 2.
57 I Jean 5. 5.
20 Gen. 3. 23-24.
39 II Pierre 1. 5.
58 Jean 3. 3.
21 Rom. 5. 17-21.
40 Jacq. 4. 4.
59 I Sam S. 4-6.
21 1 Cor. 15 45.
41 Gen. 13. 10-11.
60 I Sam. 8. 10-18.
22 Heb. 7. 25.
42 Jean 12. 25.
23 Ephés. 2. 8.
43 Gen. 14. 19.
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CHAPITRE II
« QU'EST-CE QUE LA MÉDIOCRITÉ ?»
Définition et citations
Le mot « médiocre » — en latin « mediocris » — vient de «
médius », qui est au milieu. Ainsi étymologiquement, la médiocrité
est la nature, le caractère de ce qui est entre le grand et le petit, le
bon et le mauvais. C'est ce qui est peu considérable, peu bon, peu
distingué. C'est une insuffisance, une position entre l'opulence et la
misère, entre l'élévation et la bassesse.
Pour Voltaire, le choix est clair : « Il ne faut se moquer ni de
ceux qui font du bon, ni de ceux qui font du très mauvais, mais de
ceux qui, étant médiocres, se croient des génies et font les
importants ».
Il convient de citer ici les fameux vers de l'Art poétique de
Boileau :
« ...dans l'art dangereux de rimer et d'écrire, il n'est point de
degrés du médiocre au pire.»
D'aucuns voient cependant dans la médiocrité, l'image de la
modération et du juste milieu.
Pascal semble faire écho à ce sentiment quand il dit :
«L'extrême esprit est accusé de folie, comme l'extrême défaut ; rien
que la médiocrité n'est bon ».
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Dans ses lettres persanes, Montesquieu déclare : «
L'approbation universelle est plus ordinairement pour l'homme
médiocre ». Pourtant pour Henri de Montherlant : « Souffrir de la
médiocrité des gens, c'est souvent signe qu'on est un demi-médiocre
soimême ».