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GASTON RACINE
Les Leçons
de
Marie
Mère de Jésus
MAHANAÏM/PAROLE
25ème mille

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Tous droits réservés pour tous pays.
© G. Racine, 1979
Dépôt légal: 2 ème trimestre 1979

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A ma Mère.

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LES LEÇONS DE MARIE
MÈRE DE JÉSUS

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DU MÊME AUTEUR
Un Message de Dieu aux Veuves, 2e édition
1938
Opinions ou Convictions?. La Foi, épuisé
1943
Révolté? ... Résigné? ... Vainqueur? ... 3e édition 1946
L'Unité du Corps de Christ, 2e édition
1948
Le Vrai Visage de l'Affliction
1951
Textes abrégés de Conférences
1956
Être Chrétien, 2e édition
1957
Le Christ Inconnu
1958
Donnez Gloire à Notre Dieu
1961
Médiocrité ou Sainteté
1971
Jésus revient! . . . es-tu prêt? 3e édition
1972
A PARAÎTRE PROCHAINEMENT
Peut-on connaître la Volonté de Dieu?

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TABLE DES MATIÈRES
Pages
Au lecteur ................................................................9
Introduction ...........................................................11
CHAPITRE PREMIER
L'Annonciation ..........................................17
CHAPITRE II
De l'Annonciation au Magnificat ..............39
1. La Visitation ........................................49
2. Le Magnificat ......................................55
CHAPITRE III
La servante du Seigneur ............................65
1. La Fiancée de Joseph ..........................74
2. La Naissance de Jésus .........................80
3. Les Bergers de Bethléem ....................84
4. Les Mages d'Orient .............................87
5. La Fuite en Égypte ..............................88
6. Le Retour en Israël ..............................90
7. L'Enfant perdu et retrouvé ...................91
8. La Prophétie de Siméon et son accomplis-
sement ...................................................94

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GASTON RACINE
Les
Leçons
de
Marie
Mère
de
Jésus
Editions MAHANAÏM/PAROLE
PAROLE
1025, rue St-Jean
Québec, Québec

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Au Lecteur
Les leçons de Marie, mère de Jésus », ont été
présentées une première fois sous forme d'études
bibliques, à la Convention Chrétienne de Morges
(Suisse), en 1955.
L'année suivante, elles furent données à Nice, en trois
Conférences, à un public très différent.
L'intérêt suscité par ces messages nous a conduit à
publier dans cet opuscule l'essentiel de nos méditations
sur celle que le Christ mourant donnait pour mère au
disciple qu'Il aimait.
A une heure où notre jeunesse se passionne de plus en
plus pour des vedettes qui, trop souvent, hélas ! trouvent
leur gloire dans ce qui devrait faire leur honte, il nous a
paru utile d'évoquer pour nos lecteurs, le vrai visage de
celle qui, sans cesse, nous conduit plus haut qu'elle :
A Celui qui fut dans la joie et la souffrance, sa raison
de vivre, de croire, d'espérer et d'aimer, Jésus-Christ,
son Sauveur, notre seul Seigneur !
G. R.
Nice, juin 1957.
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Introduction
Il n'est pas dans notre intention, au cours de ces exposés,
de détourner vos regards de la personne bénie de Jésus-
Christ, notre seul Sauveur, pour les fixer sur Marie, la mère
bienheureuse de notre Seigneur.
Agir ainsi serait faire un affront à la plus humble de toutes
les femmes et renier sa mémoire.
En nous penchant sur la vie de Marie, notre dessein est, au
contraire, de trouver une occasion d'être occupés de Jésus,
afin de mieux comprendre la volonté de Dieu à l'égard de
chacune de nos vies.
Ceux qui pensent que la polémique ne sera pas étrangère à
nos études et que nous chercherons, avant tout, à réfuter les
dogmes de l'Église romaine pour démontrer le bien fondé des
croyances protestantes au sujet de Marie, seront déçus.
Nous désirons plutôt considérer avec tous, d'une manière
sereine, sans préjugé, mais avec une honnêteté et une
sincérité absolues, ce que les Évan-
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giles nous disent de Marie, et quelles leçons nous
pouvons tirer de sa vie, pour notre plus grand profit.
Toute vie porte en elle un message et nous
croyons que celle de la mère de notre Seigneur est
d'un enseignement et d'une richesse incomparables.
Cependant, tout en désirant passionnément édifier
toutes les âmes, nous ne chercherons ni à biaiser, ni
à dissimuler les difficultés que nous pourrons
rencontrer sur notre route. Nous nous souviendrons
toujours, et avant tout, que les exigences de la vérité
priment toutes les autres et ainsi nous chercherons,
dans ces pages, à être aussi loin que possible d'un
certain climat de prétendue tolérance qui prête aux
confusions. Nous nous garderons de cette tendance à
un vague syncrétisme qui, sous prétexte d'aplanir les
difficultés et de permettre la réconciliation, trahit ce
qui, en définitive, demeure l'essentiel de la vérité et
de la foi.
De ce fait, nous savons d'avance que nous
mécontenterons certains catholiques de naissance et
de tradition, ceux pour qui Marie semble être tout,
alors qu'en réalité son exemple influence si peu leur
vie.
Nous étonnerons également les protestants
d'origine, ceux qui croient surtout devoir défendre la
doctrine de leurs pères, alors qu'en réalité, ils imitent
si peu leur foi.
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Par contre, nous croyons fermement que les âmes unies au
Christ, et réellement attachées à la Bible — quelle que soit
leur dénomination — trouveront dans cette étude un aliment
pour leur coeur et une occasion de méditation profonde.
Nous n'irons donc pas chercher le portrait de Marie à
Rome ou à Genève, mais nous le considérerons là même où
l'Esprit Saint nous l'a brossé, c'est-à-dire dans les Saintes
Écritures, seule autorité en matière de foi.
Ce n'est pas nous qui donnerons à Marie sa place, mais
nous verrons la position que Dieu lui assigne dans sa Parole,
place qu'elle a accepté d'occuper et qu'elle n'a jamais quittée.
Ainsi, tout personnage qu'on nous présenterait ou qui se
manifesterait à nous sous le nom de Marie sans avoir les
caractères de Marie de Nazareth, sera rejeté comme
imposture ou comme apparition du démon. Car, avant de
présenter son faux Christ, le diable voudrait imposer sa
fausse Marie au monde, pour faire tomber des multitudes
d'âmes dans l'idolâtrie.
Ce n'est pas simplement en nous élevant contre des
dogmes nouveaux ou anciens que nous serons dans la vérité.
Ce n'est pas non plus en gardant le silence sur Marie, ou en
ayant l'air de l'ignorer, que nous combattrons l'erreur.
Or, nous croyons qu'il existe dans les milieux issus de la
Réforme, une lacune au sujet de Marie.
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Dans nos études bibliques, nous parlons facilement
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. L'histoire, des
patriarches et des prophètes d'Israël fait l'objet de nos
méditations. Nous tirons toutes sortes de leçons de leur
vie. Nous nous penchons sur celle des apôtres, d'une
Marie-Madeleine, voire d'un Judas ! Mais quand donc
parle-t-on de Marie, la mère de Jésus ? A Noël, avec
quelques trémolos dans la voix, ou en passant, lorsque
nous prêchons sur les Noces de Cana, ou encore,
accidentellement, en parlant de la Croix.
Ce silence ne risque-t-il pas d'être pris pour du mépris
?
Nous voudrions donc par ces lignes faire humble-
ment connaître ce que Marie est pour nous et les leçons
que nous tirons de sa vie.
Cela vous scandalise-t-il si nous affirmons qu'en
Jésus-Christ nous vivons avec Marie, la mère de notre
Seigneur ?
Serez-vous rassurés, ou plus étonnés encore, si nous
vous disons que — sans évoquer les morts — nous
sommes souvent en compagnie d'Abraham, de Joseph,
de Moïse, de Samuel, de David, d'Elie et de tant d'autres
?
Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de
Marie, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ,
notre Dieu et Père, n'est pas le Dieu des morts, mais des
vivants ; car pour lui, tous vivent ! Le chrétien se sait
ainsi environné d'une nuée de
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témoins dont plusieurs noms figurent dans le chapitre onze
de l'Epître aux Hébreux. Éntouré par eux, le fidèle, où qu'il
soit, n'est jamais isolé et trouve une inspiration dans leur
exemple car, dit l'Écriture, « quoique morts ils parlent encore
D, et « s'ils se reposent de leurs travaux, leurs oeuvres les
suivent ».
Marie aussi est près de nous ! C'est la mère de notre
Seigneur, et nous nous souvenons d'elle pour imiter sa foi,
car l'issue de sa conduite a été de donner au monde le Fils
de Dieu, notre Sauveur et notre Maître, l'unique salut pour
l'humanité !
Le chrétien n'est donc pas un spirite. Il n'évoque pas les
esprits des morts, ni n'invoque leur secours, mais demeure
dans la communion des vivants de l'au-delà, de tous les_
saints qui sont en Christ dans le repos, alors qu'ici-bas, il est
aussi en Christ, mais dans le combat.
— 15 —

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CHAPITRE PREMIER
L'Annonciation
Depuis des siècles, la voix des prophètes s'était tue.
Après avoir tout abattu, brisé et dévoré, la bête annoncée
par Daniel se reposait. Autour d'elle, les nations non
soumises se taisaient. Pour un temps, les épées
sommeillaient, et l'univers semblait dormir sous l'ombre des
aigles romaines.
Dans cette tranquillité insolite, asservi par Rome, dégradé
et désespéré par les fausses religions, demandant vainement
aux philosophes le secret de la vie et de la vertu, le monde
pourtant se mourait...
Et en Palestine, le judaïsme lui-même agonisait, infidèle à
sa destinée.
Cependant si, vassaux de l'Empire romain, des Juifs en
masse avaient trahi leur vocation, du sein du peuple élu
quelques « vrais Israélites sans fraude » imploraient à grands
cris la miséricorde de Dieu et la venue du véritable
Libérateur. Parmi
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eux, d'humbles femmes animées d'une réelle piété croyaient,
priaient et espéraient !
Les temps s'accomplissaient ! Jésus allait paraître.
Un jour, au temple de Jérusalem, alors qu'il remplissait
devant Dieu ses fonctions sacerdotales, Zacharie le
sacrificateur vit soudain un ange du Seigneur se tenant
debout à droite de l'autel des parfums. C'était l'heure de
l'encens, le moment où le prêtre désigné par le sort offrait
le parfum dans le sanctuaire, tandis que l'assemblée du
peuple se tenait dehors en prière.
Bouleversé et plein de crainte, Zacharie apprenait des
lèvres de l'ange que sa prière était exaucée ! A l'heure où
il n'attendait plus une réponse de Dieu, le ciel sortait de
son silence et ce vieillard sans enfant était averti qu'il
deviendrait père, qu'Élisabeth sa femme lui enfanterait un
fils dont le nom serait Jean ! En dépit de l'incrédulité du
prêtre et de l'âge avancé d'Élisabeth, le précurseur du
Messie allait naître. Rien désormais ne pourrait arrêter le
déroule-ment du plan de Dieu !
Et, tandis que la parole de l'ange s'accomplissait pour
Élisabeth et qu'elle était au sixième mois de sa grossesse,
Gabriel, l'ange qui se tient devant Dieu, toujours prêt à
exécuter ses ordres, fut envoyé une nouvelle fois sur la
terre.
L'Évangile selon Luc nous rapporte cette visite en ces
termes :
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Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu
dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès
d'une vierge fiancée à un homme de la maison de
David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie.
L'ange entra chez elle et dit : « Je te salue, toi à qui une
grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi ». Troublée
par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait
signifier une telle salutation. L'ange lui dit : « Ne crains
point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et
voici, tu deviendras enceinte et tu enfanteras un fils, et
tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera
appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui
donnera le trône de David, son père. Il régnera sur la
maison de Jacob éternellement et son règne n'aura point
de fin ». Marie dit à l'ange : « Comment cela se fera-t-il,
puisque je ne connais point d'homme? » L'ange lui
répondit : « Le Saint-Esprit viendra sur toi et la
puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est
pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé
Fils de Dieu. Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle
aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée
stérile est dans son sixième mois. Car rien n'est
impossible à Dieu ». Marie dit : « Je suis la servante du
Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole ! » Et l'ange
la quitta.
( Luc 1 v. 26 à 38).
Examinons de plus près cette portion de l'Écriture où,
pour la première fois dans l'Évangile, nous découvrons
Marie.
V. 26. — Au sixième mois...
Il y a un temps pour tout. Les interventions de Dieu sous
les cieux ont lieu à l'heure, au jour, au mois et en l'année
qu'Il s'est fixé.
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C'est Lui qui fait vivre et qui fait mourir. C'est Lui qui
préside à la mystérieuse formation de l'enfant dans le sein
maternel et c'est Lui qui le fait naître en son jour.
Dieu a son heure. Le jour J, l'heure H de Dieu
approchent. Les promesses divines concernant le Messie
et contenues dans la Loi, les Psaumes et les Prophètes,
vont enfin s'accomplir. Le ciel va s'ouvrir. Mystère de
piété aux dimensions infinies, abîme d'amour, révélation
de justice, surabondance de grâce, le Dieu Très-Haut va
s'incarner, s'unir personnellement à son oeuvre. La terre
donnera son fruit, l'humanité verra « germer le Sauveur,
le Saint, le Fils de Dieu. »
...l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu...
Oui, Dieu règne au-dessus de tous les Césars, comme il
siégeait jadis sur son trône lors du déluge. N'étant
dominé par aucun événement, Il les fait tous servir à ses
desseins immuables. Et, pour exécuter ses ordres, en
jugement ou en grâce, « Il fait de ses anges des vents et
de ses serviteurs une flamme de feu ». Selon l'Écriture,
Dieu a auprès de Lui des esprits supérieurs chargés d'un
ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut.
C'est ainsi que Gabriel, le héraut de Dieu, bien connu
de Daniel et de Zacharie, l'ange des bonnes nouvelles, «
fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée
Nazareth, auprès d'une vierge
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fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph.
Le nom de la vierge était Marie. »
Il y a quelque chose d'impressionnant dans cette
accumulation de noms propres : Dieu, Gabriel, la Galilée,
Nazareth, David, Joseph, Marie !
Le Créateur, les anges et les hommes sont associés pour
l'accomplissement de l'oeuvre merveilleuse de la
Rédemption. Le ciel s'unit à la terre. Les choses visibles et
invisibles communient soudainement.
...dans une ville de Galilée...
Dieu et ses serviteurs célestes connaissent toutes les
provinces du monde. Sur la Galilée, pays obscur, va soudain
se lever une grande lumière, car le ciel a choisi cette contrée
où régnait l'ombre de la mort pour y faire luire la vie !
...appelée Nazareth...
Ce n'est pas au temple de Jérusalem que Dieu envoie son
ange, mais dans la simple maison d'une ville peu estimée.
Une ère nouvelle commence. Dieu cherche des adorateurs
qui L'adorent en esprit et en vérité ; aussi parle-t-Il aux
hommes indépendamment des lieux saints. Dieu sait le nom
de chaque ville. Comme aux jours d'Abraham Il prenait
connaissance de ce qui se passait dans Sodome et Gomorrhe,
Dieu savait au temps d'Auguste ce qui pourrait sortir de bon
de Nazareth, « la fleur méprisée de Galilée ». De même
aujourd'hui, « les yeux
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de l'Éternel sont en tout lieu, observant les méchants et
les bons ». Il n'ignore rien de l'état de nos cités.
V. 27 .........Auprès d'une vierge, fiancée
à un homme de la maison de David...
Dieu s'occupe de la jeunesse et s'intéresse à son avenir.
Auteur du mariage, Il connaît celui à qui une jeune fille
est destinée, car c'est de Lui que tire son nom toute
famille dans les cieux et sur la terre. Notre origine, notre
race, nos ancêtres, notre tempérament, notre hérédité, tout
est devant Lui.
...nommé Joseph.
Dieu connaît non seulement les peuples, mais les
individus, leur état civil, leur situation, leur occupation. Il
sait si nous sommes riches ou pauvres, ouvriers ou patrons,
manuels ou intellectuels. Devant Lui, ii n'y a point
d'acception de personnes et le Seigneur se plaît à visiter la
fiancée d'un charpentier, honneur que ne connaîtra point la
fille sans vertu d'une Hérodiade...
Le nom de la vierge était Marie.
Dieu connaît nos noms, notre âge, notre demeure. Il sait
si une jeune fille est encore vierge, si une fiancée est
restée chaste pour le jour du mariage, ou si elle a cédé aux
sollicitations de la chair !
Marie ! Voilà enfin connu le nom de celle qu'Esaïe le
prophète annonçait en ces termes :
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« Voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils,
et elle lui donnera le nom d'Emmanuel. »
Ce texte établit d'une manière lumineuse la toute-
science du Seigneur, dont le psalmiste parlait en ces
termes :
Éternel ! Tu me sondes et tu me connais ;
Tu sais quand je m'assieds et quand je me lève,
Tu pénètres de loin ma pensée ;
Tu sais quand je marche et quand je me couche, Et
tu pénètres toutes mes voies...
...Une science aussi merveilleuse est au-dessus de
ma portée,
Elle est trop élevée pour que je puisse la saisir.
(Ps 139)
V. 28. — L'ange entra chez elle, et dit...
Les envoyés célestes ne se font pas annoncer. Ils
n'ont pas besoin non plus de demander notre
adresse. Dieu connaît notre demeure, la disposition
de nos chambres. Il sait à toute heure où Il pourra
nous trouver : à la cuisine, à la cave ou dans notre
chambre à coucher.
Là où nous sommes, Il peut à tout instant nous
surprendre, ce qui faisait dire à David, dans le
psaume déjà cité : « Où irais-je loin de ton esprit, où
fuirais-je loin de ta face ? Si je monte aux cieux, tu
y es ; si je me couche au séjour des morts, t'y voilà.
Si je prends les ailes de l'aurore, et que j'aille
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habiter à l'extrémité de la mer, là aussi ta main me
conduira et ta droite me saisira. »
Dans le livre des Actes des Apôtres, nous voyons le
Seigneur donner Lui-même à des hommes l'adresse
précise de ceux qu'ils devront rencontrer.
A Damas, parlant à Ananias, le Seigneur dira : « Lève-
toi, va dans la rue qu'on appelle la droite, et cherche, dans
la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car il prie...
»
A Corneille en prière, l'ange de Dieu dira : « Envoie
maintenant des hommes à Joppé, et fais venir Simon,
surnommé Pierre ; il est logé chez un certain Simon,
corroyeur, dont la maison est près de la mer. »
Ainsi, « les voies de l'homme sont devant les yeux de
l'Éternel, qui observe tous ses sentiers ». « Nos actes et
nos pensées sont devant Lui ».
...Je te salue...
Quelle éducation, quelle politesse que celle des anges !
En mission sur la terre, ces êtres excellents saluent les
hommes ! Et même, nous dit l'Épître de Jude, alors que
les hommes méprisent l'autorité et injurient les gloires,
l'archange Michel, lorsqu'il contestait avec le diable et lui
disputait le corps de Moïse, n'osa pas porter contre lui un
jugement injurieux, mais il dit : Que le Seigneur te
condamne.
Serviteurs de Dieu, compagnons de service des saints,
les anges savent que les hommes sont pré-
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destinés à être un jour semblables à l'image du Fils de
Dieu.
Si les anges saluent les hommes et s'ils se gardent
d'injurier Satan, à combien plus forte raison devrions-
nous saluer nos frères, les estimant supérieurs à nous-
mêmes !...
...toi que Dieu fait jouir de sa faveur
(ou: toi que Dieu comble de grâce)...
Le verset trente ne laisse aucun doute sur le sens
exact de ces paroles. Marie est graciée, elle est l'objet
de la grâce, de la faveur divine.
Certes, une grâce a été faite à Marie car cette jeune
vierge fait partie de l'humanité pécheresse qui séparée
de Dieu souffre des conséquences du péché. Oui, être
visitée par Dieu est une grâce.
Mais pourquoi cette grâce est-elle faite à Marie
plutôt qu'à une autre fille d'Eve ?
L'ange ajoute :
...Le Seigneur est avec toi ».
Cette parole est capitale et nous révèle le véritable
état d'âme de Marie.
A qui donc le Seigneur a-t-Il promis sa présence ?
L'Écriture nous le révèle :
« Ainsi parle le Très-Haut, dont la demeure est
éternelle et dont le nom est Saint : J'habite dans les
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lieux élevés et dans la sainteté, mais je suis avec
l'homme contrit et humilié... », et encore :
Voici sur qui je porterai mes regards : sur celui qui
souffre et qui a l'esprit abattu, sur celui qui craint ma
parole. »
Aucun doute ne peut subsister sur la piété de Marie
— qui a attiré sur elle les regards de son Créateur — car
« le plaisir de l'Éternel est en ceux qui Le craignent et
qui s'attendent à sa bonté. »
Il est toujours facile de proclamer : « Le Seigneur est
avec moi ! » Mais quelle chose de s'entendre dire par un
messager des cieux : « Le Seigneur est avec toi ! » Ce
n'est pas un sentiment plus ou moins vague de sa
présence, mais une glorieuse réalité.
Pourtant, un tel message ne peut que confondre l'âme
vraiment pieuse.
V. 29. — Troublée par cette parole,
Marie se demandait ce que pouvait
signifier une telle salutation.
Ceux qui vivent en contact avec Dieu connais-sent ce
trouble, ce tremblement, cette perplexité.
Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Job, Ésaïe, Ézéchiel,
Daniel et plus tard Pierre, Jacques et Jean, éprouvèrent
ces frayeurs divines.
Devant son Dieu, Marie ne connaît que sa misère et
son indignité. Voilà tout ce qu'elle sait d'elle, comme
elle le dira dans le Magnificat. Seul le Seigneur connaît
et apprécie la piété de Marie.
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Mais déjà l'ange ajoute :
V. 30. — Ne crains pas, Marie...
Pour la première fois, le visiteur céleste a prononcé son
nom. Marie sait maintenant qu'il n'y a pas d'erreur. Plus de
doute possible, l'ange ne s'est pas trompé d'adresse, c'est bien
d'elle qu'il s'agit.
Chose merveilleuse, bien digne de dissiper ses craintes,
son nom est connu dans les cieux, comme l'étaient :
celui d'Abraham que Dieu distingua du milieu des païens
pour en faire le père de tous les croyants,
celui de David que Dieu prit d'entre les parcs pour en faire
un roi selon son coeur, en Israël,
celui de Noé, celui de Job et de tant d'autres encore,
comme le sont aujourd'hui tous les noms des pécheurs
dont la repentance et la foi réjouissent les anges de Dieu.
Votre nom est-il connu dans les cieux ?
...tu as trouvé grâce devant Dieu.
Si Marie a trouvé grâce devant Dieu, c'est qu'elle n'était
pas une amie du monde ; comme Noé aux jours du Déluge,
comme Job en son temps, Marie était juste, intègre, parfaite,
craignant Dieu et se
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détournant du mal. Si Dieu disperse les hommes au coeur
superbe, s'Il résiste aux orgueilleux, Il donne la grâce aux
humbles.
Comme le Magnificat nous le révèle, la foi de Marie était
vivante et personnelle.
Soumise à la loi de son Dieu, cette jeune fille juive allait
épouser un fils de David.
Ne cherchant pas les choses élevées, mais s'associant aux
choses humbles, elle allait devenir la femme d'un
charpentier.
Fiancée, elle restait pure et chaste.
Compatissante, pensant aux affamés, aux petits de la terre,
Marie se nourrissait de la Parole de Dieu et vivait dans la
prière. Son cantique n'est qu'une succession de citations
bibliques qui jaillissent de son coeur comme l'eau d'une
source limpide.
V. 31. — Et voici, tu deviendras enceinte
et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le
nom deJésus.
Marie apprend maintenant ce que veut dire « trouver grâce
devant Dieu » ! Le sens de la salutation qui la troublait
s'éclaire soudain d'une manière fulgurante. Marie deviendra
mère du grand libérateur annoncé par les prophètes, et dont
le nom sera Jésus, le seul nom qui ait été donné parmi les
hommes, par lequel nous devions être sauvés.
— 28 —

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Et l'ange poursuit en décrivant ce que sera ce fils :
V. 32 et 33. — II sera grand et sera appelé
Fils du Dieu Très-Haut et le Seigneur Dieu
lui donnera le trône de David, son père. Il
régnera
sur
la
maison
de
Jacob
éternellement et son règne n'aura point de fin.
Toutes ces paroles ne sont pas étrangères à Marie. Elle les
connaît : ce sont des textes de l'Écriture dont elle a fait sa
nourriture.
Mais sur les lèvres de l'ange ces paroles s'éclairent d'un
jour nouveau. Marie apprend que pour accomplir ses grandes
promesses, Dieu va se servir d'elle. C'est là la grâce qui lui
est faite, « la plus grande grâce » qui la distingue parmi
toutes les femmes.
Toutes les déclarations de l'ange concernant le Messie
attendu, Marie peut les contrôler sans peine. Son coeur
rempli de l'Écriture répond déjà comme un écho à chaque
texte cité.
Sa foi qui croyait la lettre de la Parole doit croire
maintenant que c'est en elle et par elle que l'Écriture
s'accomplira.
C'est donc elle, la femme dont la postérité devait écraser
la tête du serpent ! C'est donc elle la vierge sans nom d'Ésaïe,
qui doit donner le jour à Emmanuel !
V. 34. — Marie dit à l'ange : Comment
cela se fera-t-il puisque je ne connais point
d'homme ?
— 29 —

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Marie croit ! Elle ne met pas en doute les paroles de
l'ange, mais a besoin d'une explication.
On a voulu voir dans cette question de Marie la preuve
manifeste de sa volonté de demeurer perpétuellement
vierge. Marie aurait donc fait le voeu de ne pas connaître
d'homme, c'est-à-dire de ne pas consommer son mariage,
car, dit-on, il serait absurde qu'une jeune fille ayant
l'intention d'appartenir un jour à son mari, demandât
comment elle pourrait avoir un enfant.
Mais pourquoi vouloir forcer les textes et leur faire dire ce
qu'ils n'enseignent pas clairement ?
Marie comprend que les paroles de l'ange doivent avoir
un
accomplissement
immédiat.
Au
moment
de
l'Annonciation, fiancée à Joseph, Marie n'habite pas encore
avec lui. Vierge, elle se trouve bien dans la condition
annoncée par Ésaïe — la seule qui puisse entrer en ligne de
compte pour devenir mère du Sauveur. Car la conception et
la venue dans le monde d'Emmanuel doivent être un signe,
c'est-à-dire un prodige de la part du Seigneur. Il est donc
clair que la Vierge annoncée par le prophète ne devait pas
concevoir comme le reste des femmes. Cependant, l'Écriture
n'avait pas révélé le mystère d'une telle conception.
Comment devenir mère sans le secours de l'homme ?
Telle est, semble-t-il, la question qui préoccupe Marie et à
laquelle l'ange va répondre.
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V. 35. — Le Saint-Esprit viendra sur toi,
et la puissance du Très-Haut te couvrira de
son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui
naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.
Un coin du voile se lève devant les yeux éblouis de Marie.
Elle comprend que la promesse qui lui est faite va
s'accomplir en elle par une création étrangère à l'ordre de la
nature. Son enfant ne naîtra pas comme nous du mélange des
sangs, ni d'un instinct charnel, ni de la volonté de l'homme,
mais de Dieu.
Dans son être offert en sacrifice vivant et saint, Dieu allait
par l'opération de son Esprit façonner un corps pour son Fils.
Rien dans les Écritures ne nous laisse supposer que Dieu
serait intervenu miraculeusement pour exempter Marie de la
macule héréditaire du péché originel commune à toute la
postérité d'Adam. Ce n'est pas pour Marie que Dieu
déploya sa force et sa puissance, mais c'est en elle qu'il
opéra pour préserver son Fils de toute atteinte du péché.
L'immaculée conception concerne le Fils et non la mère.
Nous voici sur un terrain sacré, où il est plus sage de se
taire et d'adorer que de vouloir donner des explications ; elles
ne feraient qu'entacher la pureté de l'incarnation, du grand
mystère de la piété, « Dieu manifesté en chair.
Conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie,
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Jésus sera sans péché, mais participera cependant à notre
nature qui depuis la chute subit les conséquences du péché.
Ainsi, il aura faim et soif, con-naîtra la fatigue, la souffrance
et la mort. Il sera un homme parmi nous, mais Il sera saint. «
Dieu, dira l'apôtre, envoya son propre Fils avec une chair
semblable à celle du péché, et à cause du péché. »
Il n'est peut-être pas inutile d'établir ici un parallèle entre
Marie et Eve — la première jeune fille, la première vierge.
Créée par Dieu pour être une aide pour l'homme, la
première femme fut tirée de l'homme.
Placée dans un lieu de délices et de charmes, Eve est
fiancée par Dieu au premier roi de la création, pour être un
jour une seule chair avec lui.
Pendant ses fiançailles, Eve fut visitée par l'Ange-serpent.
Si Gabriel prit une forme humaine pour apparaître à Marie,
le diable prit une forme animale. L'un venait d'En haut,
l'autre d'en bas.
Sans salutation, le séducteur s'adresse à la femme, et alors
qu'il se trouve devant celle qui jouit de la faveur de Dieu,
devant l'Immaculée comblée de grâce, devant la reine de la
création, médiatrice avec Adam de toutes les grâces sur
toutes choses, le Serpent fait croire à Eve que Dieu la prive
d'une grâce.
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Semant le doute dans la pensée d'Eve, il fait naître dans
son coeur le trouble qui provoque la convoitise.
Et tandis que Satan calomnie le Dieu vivant Eve ne
contrôle déjà plus les paroles du Serpent : Elle croit ce qui
est opposé à la Parole qu'elle connaît de Dieu. Sa volonté
cède ; Eve consomme l'acte qui va la perdre et plonger tous
ceux qui sortiront d'elle dans la misère et le péché.
Pour faire entrer le péché dans le monde, Satan Eve illa
la convoitise de la première femme. Pour s'être laissé
envelopper de l'ombre du démon, Eve a conçu de Satan,
enfantant le péché qui conduit à la mort.
Elle entraîne son mari dans la désobéissance, et le fruit
de ses entrailles sera Caïn, le meurtrier, l'homme qui ôte la
vie, qui introduit la mort dans ce monde.
Désormais, hors d'Éden, les descendants du premier
couple pécheur naîtront dans une création assujettie à la
vanité, dans une sphère où domineront la révolte, le
désordre, la souffrance, les peines, le deuil, la mort et la
corruption.
C'est dans un tel monde que naîtra Marie, la fiancée de
joseph, fils de David, dont l'arbre généalogique contient les
noms de quatre pécheresses :
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Thamar l'incestueuse, Rahab la courtisane, Ruth l'étrangère,
et Bathschéba l'adultère.
Née de la chair, la nature de Marie n'est pas différente de
celle des autres filles d'Eve. Toute-fois, le péché n'est pas
essentiellement dans la nature physique que Dieu nous a
donnée, mais dans notre libre volonté qui résiste à Dieu et
corrompt notre être tout entier. Ainsi, sans l'intervention de
Dieu, nous sommes tous perdus.
Mieux que tout autre, la pieuse Marie sait cela. Aussi
recherche-t-elle le Seigneur de tout son coeur, de toute son
âme, de toute sa force et de toute sa pensée.
Née, comme elle le reconnaît elle-même, dans l'infirmité
d'une nature déchue, Marie s'attendait à Dieu, se confiait en
sa miséricorde et vivait dans sa crainte, croyant à ses
promesses.
Et ce corps que sa volonté aurait pu employer pour
satisfaire ses convoitises, elle le conservait pur par la grâce
de Dieu en vue de son mariage avec un homme qui craignait
Dieu.
Ainsi, pendant le temps de ses fiançailles, Marie fut
visitée. Comme un lis entre les épines qui crois-sent hors du
paradis, Dieu distingua à Nazareth une fleur qui se nommait
Marie.
Cette fleur-là donnerait un fruit, alors qu'Eve vola un
fruit. Et le fruit de Marie n'entraînerait pas la mort, mais
communiquerait la vie.
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Marie en offrirait à manger à Joseph et une multitude
d'autres après lui jouiraient de sa saveur. Mieux qu'Eve,
Marie pourrait porter le nom de mère de tous les vivants, car
Eve est mère de ceux qui meurent, tandis qu'en un sens
Marie est mère de tous ceux qui vivent, comme Abraham est
père de tous ceux qui croient.
.'.
Après avoir révélé à Marie le secret de Dieu au sujet de la
conception du Fils promis, l'ange donne un signe à celle qui
n'en demande pas :
v. 36. — Voici, Élisabeth, ta parente,
a conçu elle aussi un fils en sa vieillesse,
et celle qui était appelée stérile est dans
son sixième mois.
C'est ainsi que Dieu se plaît à fortifier la foi de ceux qui
Le croient. La fécondité d'Élisabeth, « celle qui était appelée
stérile », rappellera à Marie laissée seule, qu'elle n'a pas été
le jouet d'un rêve. Oui, sa parente va connaître elle-même en
sa vieillesse la joie de devenir mère, car, ajoute l'ange :
V. 37— Rien n'est impossible à Dieu.
Ces dernières paroles tombent dans le coeur de Marie
comme des ondées sur l'herbe verdoyante.
Dieu toujours le même dans son amour et sa puissance a
renouvelé pour Zacharie et sa femme ce
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qu'il fit autrefois pour Abraham et Sara. « Y a-t-il rien qui
soit étonnant de la part de l'Éternel ? »
Comme job, Marie sait maintenant que Dieu peut tout, et
que rien ne s'oppose à ses pensées.
La foi a pénétré ses connaissances de raison. Tout devient
plus clair et plus harmonieux.
Avec Jérémie elle comprend que rien n'est étonnant de la
part de Dieu.
Les certitudes de la Parole envahissent son coeur et feront
monter sur ses lèvres la réponse qu'attend le ciel entier.
« Fais-moi voir ton visage, fais-moi entendre ta voix, car
ta voix est douce et ton visage est agréable D, répète le Bien-
Aimé du Cantique des Cantiques.
Que va faire Marie? Quelle sera sa réponse ?
V. 38. — Marie dit : Je suis la
servante du Seigneur, qu'il me soit fait
selon ta parole. Et l'ange la quitta.
Dans ces paroles, Marie révèle toute son âme. Ni écrasée,
ni exaltée par sa mission surhumaine. elle s'incline
simplement et adore. Sans réserve elle se soumet à la volonté
de son Dieu, croyant que ce qu'Il a promis, Il est puissant
pour l'accomplir. Déjà, elle ne s'appartient plus.
Sur la servante du Seigneur, jardin clos, source fermée,
fontaine scellée, les cieux se sont inclinés.
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L'ange s'est retiré d'auprès de Marie, mais dans son jardin,
le Bien-Aimé est entré ! Le Verbe s'est incarné. Bientôt Il
naîtra, grandira, enseignera, puis mourra pour nous.
Déjà dans l'Annonciation qui nous permet de découvrir la
pureté, l'humilité et la soumission de Marie, la servante du
Seigneur est là pour nous faire constater qu'il y a ici plus
grand qu'elle : le Fils de Dieu qui, par miséricorde, se fait
chair afin de sauver nos âmes.
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CHAPITRE II
De l'Annonciation au Magnificat
Notre première étude nous a permis de faire plus
intimement connaissance avec Marie, la mère bien-
heureuse de notre Seigneur.
Que de leçons de pureté, d'humilité, de confiance, de
foi, d'obéissance, de renoncement et d'amour absolus,
n'avons-nous pas déjà trouvées en celle que le Saint-Esprit
proclame par la bouche d'Élisabeth : « bénie entre toutes
les femmes » !
Comment ne pas penser à « la femme vertueuse » des
Proverbes, ou au « lis au milieu des épines » du Cantique
des Cantiques ?
Une jeune fille de Nazareth a reçu la visite d'un ange.
Il est entré chez elle, s'est entretenu avec elle, puis l'a
quittée. Marie n'a pas seulement vu un être céleste, mais
dans son humble demeure elle a
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écouté son message et accepté la vie nouvelle qu'il lui
proposait.
Aujourd'hui, bien des personnes voudraient voir un ange
et seraient très honorées si un messager des cieux venait les
trouver.
Hélas ! elles oublient trop peut-être que les âmes qui
connaissent les prémices d'une vie céleste dans ce monde,
sont celles qui cherchent avant tout les choses d'En Haut
pour en faire l'objet de leurs affections. Dieu s'approche en
grâce de ceux qui, humblement, viennent à Lui, et répondent
à ses compassions infinies en offrant leur corps « comme un
sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu ». L'âme qui refuse
de se conformer aux moeurs du présent siècle et qui trouve
ses possibilités, non dans les moyens et les méthodes du
monde, mais dans les ressources qu'offre la vie de l'Esprit,
peut toujours s'attendre à connaître des touches particulières
de la grâce divine.
Les interventions surnaturelles sont réservées à celui ou à
celle dont l'envoyé céleste peut dire : « Le Seigneur est avec
toi ». Là où un coeur est réellement désireux de plaire à
Dieu, le Seigneur est tout prêt à manifester sa présence.
Pour ceux qui lui appartiennent vraiment et qui Le servent
en vérité, il est toujours possible d'être visité ou secouru par
un ange de Dieu.
Toutefois, il faut se rappeler que Satan lui-même se
déguise en ange de lumière, et que des esprits
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méchants régnant encore dans les lieux célestes cherchent à
séduire même des élus.
Nous avons vu en effet dans notre précédent chapitre
qu'Eve, la première femme, la première vierge immaculée et
pleine de grâces, fut visitée au temps de ses fiançailles par un
être surnaturel.
Séduite par la ruse du Serpent, Eve eut le tort d'écouter
des propos qui jetaient du discrédit sur son Créateur.
Satan n'insinuait-il pas que Dieu privait sa créature de
quelque chose, qu'il lui manquait une grâce ? Ne lui suggéra-
t-il pas qu'il suffisait de s'affranchir du commandement divin
pour être comme des dieux, connaissant le bien et le mal ?
Les affirmations du Serpent étaient en opposition avec la
Parole qu'Adam avait entendue de Dieu — constatation qui
aurait dû suffire pour détourner sa femme du séducteur, et lui
démasquer son diabolique dessein.
Hélas ! Eve écouta cette voix étrangère qui, en tout temps,
cherche à saper l'autorité de la Parole de Dieu, à mettre
l'homme en avant, à lui donner de l'importance en vue de lui
faire oublier Dieu.
L'ange déchu, le Serpent ancien, voulait donner son
homme à la terre. Déjà Eve se laissait couvrir par l'ombre de
Satan.
Eveillée à la convoitise, cette convoitise allait
concevoir et enfanter le péché dans la chair qui, elle-même,
donnerait naissance à cette « vaine manière de vivre » à ce «
vieil homme»
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incapable de plaire à Dieu, et qui ne meurt en nous qu'en
la mort du Christ à la Croix.
Marie, au contraire d'Eve, contrôlait dans son coeur ce
que l'ange Gabriel lui disait.
Rien dans ce qu'il lui annonçait n'était en opposition
avec ses connaissances des Écritures.
L'ange ne lui révélait aucune vérité nouvelle. Il se
bornait à lui rappeler les textes de la Parole de Dieu,
annonçant la venue du Messie.
Qu'une vierge concevrait, Marie pouvait le savoir par
la lecture du prophète Esaïe.
Ce libérateur qui devait naître, ne l'attendait-elle pas ?
Ce Fils du Très-Haut qui serait grand et s'assiérait sur
le trône de David son père — ce roi dont le règne n'aurait
point de fin, n'était-Il pas l'objet de son espérance ?
Toutes ces vérités étaient connues de Marie. Elles
faisaient partie des promesses de Dieu conte-nues dans
cette parole qu'à l'instar du psalmiste la jeune fille serrait
dans son coeur, afin de ne pas pécher contre Dieu.
Cependant, ce qui était nouveau et bouleversant pour
Marie, ce qui provoquait ce trouble profond en elle,
c'était d'apprendre de la bouche de l'ange que toutes ces
merveilles la concernaient personnellement et allaient
s'accomplir en elle : que la lettre à laquelle elle croyait
allait s'imprimer,
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s'incarner dans sa chair mortelle, devenir réalité dans sa vie,
dans son corps, dans sa sensibilité.
Avant de poursuivre notre étude et de considérer
l'enseignement donné par la rencontre de Marie et
d'Élisabeth, puis par le Magnificat, arrêtons-nous quelques
instants encore pour mieux comprendre les sentiments qui
agitèrent le coeur de Marie après la visite de l'ange. Avec
elle, repassons dans nos coeurs toutes les choses que le
messager céleste vient de lui annoncer.
Il y a des silences, dans l'Écriture Sainte, qui parlent avec
autant d'éloquence que la lettre écrite. Cet enseignement
caché est révélé à celui qui médite et laisse Dieu prolonger
par son Esprit les lignes de sa Parole dans son coeur. Tout
attache-ment à la lettre doit être accompagné et suivi d'une
illumination de l'Esprit.
Marie vient d'apprendre qu'elle est choisie par Dieu.
La Parole devient pour elle vivante et opérante, plus
pénétrante qu'une épée à deux tranchants. Sa foi en l'Écriture
va être récompensée. Ce que dit la lettre au sujet de
l'Invisible, est une réalité. Jusqu'ici, Marie a cru sans voir.
Maintenant, elle verra l'accomplissement des choses dites
par le Seigneur.
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Marie accepte de servir les desseins bienveillants de Dieu
en vue du salut du monde. Mais cette acceptation ne la laisse
pas intacte. L'enfant qu'elle espère va devenir présent en elle.
Que dira Joseph, que pensera le monde, quand le corps de
Marie trahira son secret ?
Craignant Dieu, se retirant du mal, observant la loi, Marie
a conservé son corps dans la chasteté.
Fiancée à Joseph, un homme juste et pieux, Marie, comme
toute jeune fille, avait des projets, des plans chéris pour la
terre, et, soudain, le ciel lui révèle les desseins de Dieu à son
égard. Dieu a besoin d'elle. Marie doit lui appartenir avant
d'être à elle-même ou à Joseph.
II en est de même de tous ceux que Dieu appelle à Lui.
L'âme qui aujourd'hui voudrait être visitée par un ange, doit
savoir qu'il y a un prix à payer, et qu'une telle apparition ne
nous est pas accordée pour satisfaire notre curiosité ou nous
donner de l'importance.
Quelle que soit sa manifestation, la grâce de Dieu ne nous
visite jamais pour combler nos désirs égoïstes, mais toujours
en vue de glorifier Dieu, de nous rendre utiles aux autres, et
d'opérer notre sanctification personnelle.
Quand l'appel de Dieu retentit, il doit nous trouver prêts à
tout perdre : aimables projets, désirs personnels, réputation,
estime de nos amis, con-fiance de nos proches. Souvent nous
faisons des
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plans pour notre avertir en demandant à Dieu de faire luire sa
lumière sur nos voies et de bénir nos efforts. Cependant,
sommes-nous sûrs d'être dans le chemin du Seigneur ? Lui
avons-nous laissé l'occasion de nous révéler sa volonté à
notre égard ?
Marie était fiancée à joseph et c'était très bien ; mais, dans
le conseil de Dieu, Marie était choisie pour donner le
Sauveur au monde.
Saul de Tarse persécutait les chrétiens et croyait servir
Dieu, jusqu'au jour où il apprit que Dieu l'avait mis à part
dès le sein de sa mère, pour porter le nom de Jésus devant les
nations, devant les rois et devant les fils d'Israël.
Qu'en est-il de nous ?
Un grand lot de souffrances accompagnera toujours ceux
que Dieu choisit ainsi et auxquels Il accorde une si grande
faveur.
Un tel appel dépasse l'entendement humain. Aussi Marie
pouvait-elle bien demander à l'ange : « Comment cela se
fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? »
Plus tard, Nicodème posera à Jésus une question
semblable au sujet de la nouvelle naissance : « Comment
cela peut-il se faire ? »
Pas plus que l'incarnation, la nouvelle naissance ne peut
être l'oeuvre du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la
volonté de l'homme. C'est l'oeuvre de Dieu opérée par son
Esprit.
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L'enfant qui naîtrait de Marie serait donc saint, alors que
tous ceux qui naissent de femmes sont pécheurs. De même,
seul ce qui est né de l'Esprit est esprit.
Oui ! Marie croit que rien n'est impossible à Dieu. Depuis
Abraham, toute l'histoire de son peuple est là pour lui
confirmer que le Dieu d'Israël est le Dieu des miracles et que
rien ne s'oppose à ses pensées.
L'impossibilité n'est jamais du côté de Dieu. Du côté de
Dieu, la voie est toujours ouverte. L'impossibilité, les
obstacles ne sont que du côté de l'homme.
Si Marie regarde à Dieu, tout ira bien, mais si elle regarde
à elle-même ou aux hommes, tout l'amènera à douter et à
reculer.
Elle se jugera tout d'abord indigne de l'honneur que Dieu
lui fait. La visite de l'ange ne lui a pas fait oublier son
insuffisance et son humble état. Sa pauvreté, sa condition
modeste, sa jeunesse, son inexpérience de la vie et tant
d'autres considérations raisonnables pourraient l'arrêter.
Son engagement avec Joseph sera-t-il un obstacle majeur ?
En effet, que va dire le fiancé de Marie ?
L'angoisse peut bien étreindre son coeur, car la visite de
l'ange ne lui a pas seulement apporté une promesse de vie,
mais aussi un arrêt de mort.
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Chaste et pure, Marie a pourtant les deux pieds sur la terre.
L'ange lui a dit : « Tu deviendras enceinte ! » Marie sait donc
qu'elle ne pourra pas toujours garder son secret.
Si elle ne parle pas, on la questionnera.
Qui croira alors qu'elle est enceinte du Saint-Esprit ?
Marie n'ignore pas la loi : une fiancée qui se trouvera
enceinte des oeuvres d'un autre sera lapidée.
Si on ne la croit pas, si la loi lui est appliquée, Marie
mourra dans la honte et le déshonneur.
Marie connaît joseph. C'est un homme juste et craignant
Dieu. S'il est convaincu de la culpabilité de sa fiancée, il ne
l'épargnera pas.
Ainsi, c'est bien à la mort que l'a conduite son acceptation.
Sa réputation sera à jamais entachée. Elle qui s'est
conservée pure en vue du mariage, c'est elle qui sera appelée
: une fille-mère, c'est elle que l'on soupçonnera. A quoi sert
donc la piété ?
Qui donc voudra la croire ? Si Marie raisonne sur le plan
humain, elle est perdue.
Il faut qu'une foi immense s'empare de son coeur, afin
qu'elle puisse renoncer à la réputation que lui donnent sa
vertu, son humilité, sa grâce, sa fidélité. Il faut qu'elle
accepte de perdre l'estime de ses frères et la confiance de ses
amis. Il faut que tous ces avantages en la chair, la fille de
David
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les estime comme des ordures, afin de gagner Christ et
d'être trouvée en Lui, non avec sa justice « qui vient de la
Loi, mais avec celle qui s'obtient par la foi en Christ, la
justice qui vient de Dieu par la foi. »
Marie a cru, et a serré par devers elle, les paroles de son
Dieu, plus que les propos de son propre coeur.
Marie a accepté le risque de la foi. En elle, le sacrifice est