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GASTON RACINE
Les Leçons
de
Marie
Mère de Jésus
MAHANAÏM/PAROLE
25ème mille
Tous droits réservés pour tous pays.
© G. Racine, 1979
Dépôt légal: 2 ème trimestre 1979
A ma Mère.
LES LEÇONS DE MARIE
MÈRE DE JÉSUS
DU MÊME AUTEUR
Un Message de Dieu aux Veuves, 2e édition
1938
Opinions ou Convictions?. La Foi, épuisé
1943
Révolté? ... Résigné? ... Vainqueur? ... 3e édition 1946
L'Unité du Corps de Christ, 2e édition
1948
Le Vrai Visage de l'Affliction
1951
Textes abrégés de Conférences
1956
Être Chrétien, 2e édition
1957
Le Christ Inconnu
1958
Donnez Gloire à Notre Dieu
1961
Médiocrité ou Sainteté
1971
Jésus revient! . . . es-tu prêt? 3e édition
1972
A PARAÎTRE PROCHAINEMENT
Peut-on connaître la Volonté de Dieu?
TABLE DES MATIÈRES
Pages
Au lecteur ................................................................9
Introduction ...........................................................11
CHAPITRE PREMIER
L'Annonciation ..........................................17
CHAPITRE II
De l'Annonciation au Magnificat ..............39
1. La Visitation ........................................49
2. Le Magnificat ......................................55
CHAPITRE III
La servante du Seigneur ............................65
1. La Fiancée de Joseph ..........................74
2. La Naissance de Jésus .........................80
3. Les Bergers de Bethléem ....................84
4. Les Mages d'Orient .............................87
5. La Fuite en Égypte ..............................88
6. Le Retour en Israël ..............................90
7. L'Enfant perdu et retrouvé ...................91
8. La Prophétie de Siméon et son accomplis-
sement ...................................................94
GASTON RACINE
Les
Leçons
de
Marie
Mère
de
Jésus
Editions MAHANAÏM/PAROLE
PAROLE
1025, rue St-Jean
Québec, Québec
Au Lecteur
Les leçons de Marie, mère de Jésus », ont été
présentées une première fois sous forme d'études
bibliques, à la Convention Chrétienne de Morges
(Suisse), en 1955.
L'année suivante, elles furent données à Nice, en trois
Conférences, à un public très différent.
L'intérêt suscité par ces messages nous a conduit à
publier dans cet opuscule l'essentiel de nos méditations
sur celle que le Christ mourant donnait pour mère au
disciple qu'Il aimait.
A une heure où notre jeunesse se passionne de plus en
plus pour des vedettes qui, trop souvent, hélas ! trouvent
leur gloire dans ce qui devrait faire leur honte, il nous a
paru utile d'évoquer pour nos lecteurs, le vrai visage de
celle qui, sans cesse, nous conduit plus haut qu'elle :
A Celui qui fut dans la joie et la souffrance, sa raison
de vivre, de croire, d'espérer et d'aimer, Jésus-Christ,
son Sauveur, notre seul Seigneur !
G. R.
Nice, juin 1957.
— 9 —
Introduction
Il n'est pas dans notre intention, au cours de ces exposés,
de détourner vos regards de la personne bénie de Jésus-
Christ, notre seul Sauveur, pour les fixer sur Marie, la mère
bienheureuse de notre Seigneur.
Agir ainsi serait faire un affront à la plus humble de toutes
les femmes et renier sa mémoire.
En nous penchant sur la vie de Marie, notre dessein est, au
contraire, de trouver une occasion d'être occupés de Jésus,
afin de mieux comprendre la volonté de Dieu à l'égard de
chacune de nos vies.
Ceux qui pensent que la polémique ne sera pas étrangère à
nos études et que nous chercherons, avant tout, à réfuter les
dogmes de l'Église romaine pour démontrer le bien fondé des
croyances protestantes au sujet de Marie, seront déçus.
Nous désirons plutôt considérer avec tous, d'une manière
sereine, sans préjugé, mais avec une honnêteté et une
sincérité absolues, ce que les Évan-
— 11 —
giles nous disent de Marie, et quelles leçons nous
pouvons tirer de sa vie, pour notre plus grand profit.
Toute vie porte en elle un message et nous
croyons que celle de la mère de notre Seigneur est
d'un enseignement et d'une richesse incomparables.
Cependant, tout en désirant passionnément édifier
toutes les âmes, nous ne chercherons ni à biaiser, ni
à dissimuler les difficultés que nous pourrons
rencontrer sur notre route. Nous nous souviendrons
toujours, et avant tout, que les exigences de la vérité
priment toutes les autres et ainsi nous chercherons,
dans ces pages, à être aussi loin que possible d'un
certain climat de prétendue tolérance qui prête aux
confusions. Nous nous garderons de cette tendance à
un vague syncrétisme qui, sous prétexte d'aplanir les
difficultés et de permettre la réconciliation, trahit ce
qui, en définitive, demeure l'essentiel de la vérité et
de la foi.
De ce fait, nous savons d'avance que nous
mécontenterons certains catholiques de naissance et
de tradition, ceux pour qui Marie semble être tout,
alors qu'en réalité son exemple influence si peu leur
vie.
Nous étonnerons également les protestants
d'origine, ceux qui croient surtout devoir défendre la
doctrine de leurs pères, alors qu'en réalité, ils imitent
si peu leur foi.
— 12 —
Par contre, nous croyons fermement que les âmes unies au
Christ, et réellement attachées à la Bible — quelle que soit
leur dénomination — trouveront dans cette étude un aliment
pour leur coeur et une occasion de méditation profonde.
Nous n'irons donc pas chercher le portrait de Marie à
Rome ou à Genève, mais nous le considérerons là même où
l'Esprit Saint nous l'a brossé, c'est-à-dire dans les Saintes
Écritures, seule autorité en matière de foi.
Ce n'est pas nous qui donnerons à Marie sa place, mais
nous verrons la position que Dieu lui assigne dans sa Parole,
place qu'elle a accepté d'occuper et qu'elle n'a jamais quittée.
Ainsi, tout personnage qu'on nous présenterait ou qui se
manifesterait à nous sous le nom de Marie sans avoir les
caractères de Marie de Nazareth, sera rejeté comme
imposture ou comme apparition du démon. Car, avant de
présenter son faux Christ, le diable voudrait imposer sa
fausse Marie au monde, pour faire tomber des multitudes
d'âmes dans l'idolâtrie.
Ce n'est pas simplement en nous élevant contre des
dogmes nouveaux ou anciens que nous serons dans la vérité.
Ce n'est pas non plus en gardant le silence sur Marie, ou en
ayant l'air de l'ignorer, que nous combattrons l'erreur.
Or, nous croyons qu'il existe dans les milieux issus de la
Réforme, une lacune au sujet de Marie.
— 13 —
Dans nos études bibliques, nous parlons facilement
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. L'histoire, des
patriarches et des prophètes d'Israël fait l'objet de nos
méditations. Nous tirons toutes sortes de leçons de leur
vie. Nous nous penchons sur celle des apôtres, d'une
Marie-Madeleine, voire d'un Judas ! Mais quand donc
parle-t-on de Marie, la mère de Jésus ? A Noël, avec
quelques trémolos dans la voix, ou en passant, lorsque
nous prêchons sur les Noces de Cana, ou encore,
accidentellement, en parlant de la Croix.
Ce silence ne risque-t-il pas d'être pris pour du mépris
?
Nous voudrions donc par ces lignes faire humble-
ment connaître ce que Marie est pour nous et les leçons
que nous tirons de sa vie.
Cela vous scandalise-t-il si nous affirmons qu'en
Jésus-Christ nous vivons avec Marie, la mère de notre
Seigneur ?
Serez-vous rassurés, ou plus étonnés encore, si nous
vous disons que — sans évoquer les morts — nous
sommes souvent en compagnie d'Abraham, de Joseph,
de Moïse, de Samuel, de David, d'Elie et de tant d'autres
?
Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de
Marie, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ,
notre Dieu et Père, n'est pas le Dieu des morts, mais des
vivants ; car pour lui, tous vivent ! Le chrétien se sait
ainsi environné d'une nuée de
— 14 —
témoins dont plusieurs noms figurent dans le chapitre onze
de l'Epître aux Hébreux. Éntouré par eux, le fidèle, où qu'il
soit, n'est jamais isolé et trouve une inspiration dans leur
exemple car, dit l'Écriture, « quoique morts ils parlent encore
D, et « s'ils se reposent de leurs travaux, leurs oeuvres les
suivent ».
Marie aussi est près de nous ! C'est la mère de notre
Seigneur, et nous nous souvenons d'elle pour imiter sa foi,
car l'issue de sa conduite a été de donner au monde le Fils
de Dieu, notre Sauveur et notre Maître, l'unique salut pour
l'humanité !
Le chrétien n'est donc pas un spirite. Il n'évoque pas les
esprits des morts, ni n'invoque leur secours, mais demeure
dans la communion des vivants de l'au-delà, de tous les_
saints qui sont en Christ dans le repos, alors qu'ici-bas, il est
aussi en Christ, mais dans le combat.
— 15 —
CHAPITRE PREMIER
L'Annonciation
Depuis des siècles, la voix des prophètes s'était tue.
Après avoir tout abattu, brisé et dévoré, la bête annoncée
par Daniel se reposait. Autour d'elle, les nations non
soumises se taisaient. Pour un temps, les épées
sommeillaient, et l'univers semblait dormir sous l'ombre des
aigles romaines.
Dans cette tranquillité insolite, asservi par Rome, dégradé
et désespéré par les fausses religions, demandant vainement
aux philosophes le secret de la vie et de la vertu, le monde
pourtant se mourait...
Et en Palestine, le judaïsme lui-même agonisait, infidèle à
sa destinée.
Cependant si, vassaux de l'Empire romain, des Juifs en
masse avaient trahi leur vocation, du sein du peuple élu
quelques « vrais Israélites sans fraude » imploraient à grands
cris la miséricorde de Dieu et la venue du véritable
Libérateur. Parmi
— 17 —
eux, d'humbles femmes animées d'une réelle piété croyaient,
priaient et espéraient !
Les temps s'accomplissaient ! Jésus allait paraître.
Un jour, au temple de Jérusalem, alors qu'il remplissait
devant Dieu ses fonctions sacerdotales, Zacharie le
sacrificateur vit soudain un ange du Seigneur se tenant
debout à droite de l'autel des parfums. C'était l'heure de
l'encens, le moment où le prêtre désigné par le sort offrait
le parfum dans le sanctuaire, tandis que l'assemblée du
peuple se tenait dehors en prière.
Bouleversé et plein de crainte, Zacharie apprenait des
lèvres de l'ange que sa prière était exaucée ! A l'heure où
il n'attendait plus une réponse de Dieu, le ciel sortait de
son silence et ce vieillard sans enfant était averti qu'il
deviendrait père, qu'Élisabeth sa femme lui enfanterait un
fils dont le nom serait Jean ! En dépit de l'incrédulité du
prêtre et de l'âge avancé d'Élisabeth, le précurseur du
Messie allait naître. Rien désormais ne pourrait arrêter le
déroule-ment du plan de Dieu !
Et, tandis que la parole de l'ange s'accomplissait pour
Élisabeth et qu'elle était au sixième mois de sa grossesse,
Gabriel, l'ange qui se tient devant Dieu, toujours prêt à
exécuter ses ordres, fut envoyé une nouvelle fois sur la
terre.
L'Évangile selon Luc nous rapporte cette visite en ces
termes :
— 18 —
Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu
dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès
d'une vierge fiancée à un homme de la maison de
David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie.
L'ange entra chez elle et dit : « Je te salue, toi à qui une
grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi ». Troublée
par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait
signifier une telle salutation. L'ange lui dit : « Ne crains
point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et
voici, tu deviendras enceinte et tu enfanteras un fils, et
tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera
appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui
donnera le trône de David, son père. Il régnera sur la
maison de Jacob éternellement et son règne n'aura point
de fin ». Marie dit à l'ange : « Comment cela se fera-t-il,
puisque je ne connais point d'homme? » L'ange lui
répondit : « Le Saint-Esprit viendra sur toi et la
puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est
pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé
Fils de Dieu. Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle
aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée
stérile est dans son sixième mois. Car rien n'est
impossible à Dieu ». Marie dit : « Je suis la servante du
Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole ! » Et l'ange
la quitta.
( Luc 1 v. 26 à 38).
Examinons de plus près cette portion de l'Écriture où,
pour la première fois dans l'Évangile, nous découvrons
Marie.
V. 26. — Au sixième mois...
Il y a un temps pour tout. Les interventions de Dieu sous
les cieux ont lieu à l'heure, au jour, au mois et en l'année
qu'Il s'est fixé.
— 19 —
C'est Lui qui fait vivre et qui fait mourir. C'est Lui qui
préside à la mystérieuse formation de l'enfant dans le sein
maternel et c'est Lui qui le fait naître en son jour.
Dieu a son heure. Le jour J, l'heure H de Dieu
approchent. Les promesses divines concernant le Messie
et contenues dans la Loi, les Psaumes et les Prophètes,
vont enfin s'accomplir. Le ciel va s'ouvrir. Mystère de
piété aux dimensions infinies, abîme d'amour, révélation
de justice, surabondance de grâce, le Dieu Très-Haut va
s'incarner, s'unir personnellement à son oeuvre. La terre
donnera son fruit, l'humanité verra « germer le Sauveur,
le Saint, le Fils de Dieu. »
...l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu...
Oui, Dieu règne au-dessus de tous les Césars, comme il
siégeait jadis sur son trône lors du déluge. N'étant
dominé par aucun événement, Il les fait tous servir à ses
desseins immuables. Et, pour exécuter ses ordres, en
jugement ou en grâce, « Il fait de ses anges des vents et
de ses serviteurs une flamme de feu ». Selon l'Écriture,
Dieu a auprès de Lui des esprits supérieurs chargés d'un
ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut.
C'est ainsi que Gabriel, le héraut de Dieu, bien connu
de Daniel et de Zacharie, l'ange des bonnes nouvelles, «
fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée
Nazareth, auprès d'une vierge
— 20 —
fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph.
Le nom de la vierge était Marie. »
Il y a quelque chose d'impressionnant dans cette
accumulation de noms propres : Dieu, Gabriel, la Galilée,
Nazareth, David, Joseph, Marie !
Le Créateur, les anges et les hommes sont associés pour
l'accomplissement de l'oeuvre merveilleuse de la
Rédemption. Le ciel s'unit à la terre. Les choses visibles et
invisibles communient soudainement.
...dans une ville de Galilée...
Dieu et ses serviteurs célestes connaissent toutes les
provinces du monde. Sur la Galilée, pays obscur, va soudain
se lever une grande lumière, car le ciel a choisi cette contrée
où régnait l'ombre de la mort pour y faire luire la vie !
...appelée Nazareth...
Ce n'est pas au temple de Jérusalem que Dieu envoie son
ange, mais dans la simple maison d'une ville peu estimée.
Une ère nouvelle commence. Dieu cherche des adorateurs
qui L'adorent en esprit et en vérité ; aussi parle-t-Il aux
hommes indépendamment des lieux saints. Dieu sait le nom
de chaque ville. Comme aux jours d'Abraham Il prenait
connaissance de ce qui se passait dans Sodome et Gomorrhe,
Dieu savait au temps d'Auguste ce qui pourrait sortir de bon
de Nazareth, « la fleur méprisée de Galilée ». De même
aujourd'hui, « les yeux
― 21 ―
de l'Éternel sont en tout lieu, observant les méchants et
les bons ». Il n'ignore rien de l'état de nos cités.
V. 27 .........Auprès d'une vierge, fiancée
à un homme de la maison de David...
Dieu s'occupe de la jeunesse et s'intéresse à son avenir.
Auteur du mariage, Il connaît celui à qui une jeune fille
est destinée, car c'est de Lui que tire son nom toute
famille dans les cieux et sur la terre. Notre origine, notre
race, nos ancêtres, notre tempérament, notre hérédité, tout
est devant Lui.
...nommé Joseph.
Dieu connaît non seulement les peuples, mais les
individus, leur état civil, leur situation, leur occupation. Il
sait si nous sommes riches ou pauvres, ouvriers ou patrons,
manuels ou intellectuels. Devant Lui, ii n'y a point
d'acception de personnes et le Seigneur se plaît à visiter la
fiancée d'un charpentier, honneur que ne connaîtra point la
fille sans vertu d'une Hérodiade...
Le nom de la vierge était Marie.
Dieu connaît nos noms, notre âge, notre demeure. Il sait
si une jeune fille est encore vierge, si une fiancée est
restée chaste pour le jour du mariage, ou si elle a cédé aux
sollicitations de la chair !
Marie ! Voilà enfin connu le nom de celle qu'Esaïe le
prophète annonçait en ces termes :
— 22 —
« Voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils,
et elle lui donnera le nom d'Emmanuel. »
Ce texte établit d'une manière lumineuse la toute-
science du Seigneur, dont le psalmiste parlait en ces
termes :
Éternel ! Tu me sondes et tu me connais ;
Tu sais quand je m'assieds et quand je me lève,
Tu pénètres de loin ma pensée ;
Tu sais quand je marche et quand je me couche, Et
tu pénètres toutes mes voies...
...Une science aussi merveilleuse est au-dessus de
ma portée,
Elle est trop élevée pour que je puisse la saisir.
(Ps 139)
V. 28. — L'ange entra chez elle, et dit...
Les envoyés célestes ne se font pas annoncer. Ils
n'ont pas besoin non plus de demander notre
adresse. Dieu connaît notre demeure, la disposition
de nos chambres. Il sait à toute heure où Il pourra
nous trouver : à la cuisine, à la cave ou dans notre
chambre à coucher.
Là où nous sommes, Il peut à tout instant nous
surprendre, ce qui faisait dire à David, dans le
psaume déjà cité : « Où irais-je loin de ton esprit, où
fuirais-je loin de ta face ? Si je monte aux cieux, tu
y es ; si je me couche au séjour des morts, t'y voilà.
Si je prends les ailes de l'aurore, et que j'aille
— 23 —
habiter à l'extrémité de la mer, là aussi ta main me
conduira et ta droite me saisira. »
Dans le livre des Actes des Apôtres, nous voyons le
Seigneur donner Lui-même à des hommes l'adresse
précise de ceux qu'ils devront rencontrer.
A Damas, parlant à Ananias, le Seigneur dira : « Lève-
toi, va dans la rue qu'on appelle la droite, et cherche, dans
la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car il prie...
»
A Corneille en prière, l'ange de Dieu dira : « Envoie
maintenant des hommes à Joppé, et fais venir Simon,
surnommé Pierre ; il est logé chez un certain Simon,
corroyeur, dont la maison est près de la mer. »
Ainsi, « les voies de l'homme sont devant les yeux de
l'Éternel, qui observe tous ses sentiers ». « Nos actes et
nos pensées sont devant Lui ».
...Je te salue...
Quelle éducation, quelle politesse que celle des anges !
En mission sur la terre, ces êtres excellents saluent les
hommes ! Et même, nous dit l'Épître de Jude, alors que
les hommes méprisent l'autorité et injurient les gloires,
l'archange Michel, lorsqu'il contestait avec le diable et lui
disputait le corps de Moïse, n'osa pas porter contre lui un
jugement injurieux, mais il dit : Que le Seigneur te
condamne.
Serviteurs de Dieu, compagnons de service des saints,
les anges savent que les hommes sont pré-
— 24 —
destinés à être un jour semblables à l'image du Fils de
Dieu.
Si les anges saluent les hommes et s'ils se gardent
d'injurier Satan, à combien plus forte raison devrions-
nous saluer nos frères, les estimant supérieurs à nous-
mêmes !...
...toi que Dieu fait jouir de sa faveur
(ou: toi que Dieu comble de grâce)...
Le verset trente ne laisse aucun doute sur le sens
exact de ces paroles. Marie est graciée, elle est l'objet
de la grâce, de la faveur divine.
Certes, une grâce a été faite à Marie car cette jeune
vierge fait partie de l'humanité pécheresse qui séparée
de Dieu souffre des conséquences du péché. Oui, être
visitée par Dieu est une grâce.
Mais pourquoi cette grâce est-elle faite à Marie
plutôt qu'à une autre fille d'Eve ?
L'ange ajoute :
...Le Seigneur est avec toi ».
Cette parole est capitale et nous révèle le véritable
état d'âme de Marie.
A qui donc le Seigneur a-t-Il promis sa présence ?
L'Écriture nous le révèle :
« Ainsi parle le Très-Haut, dont la demeure est
éternelle et dont le nom est Saint : J'habite dans les
— 25 —
lieux élevés et dans la sainteté, mais je suis avec
l'homme contrit et humilié... », et encore :
Voici sur qui je porterai mes regards : sur celui qui
souffre et qui a l'esprit abattu, sur celui qui craint ma
parole. »
Aucun doute ne peut subsister sur la piété de Marie
— qui a attiré sur elle les regards de son Créateur — car
« le plaisir de l'Éternel est en ceux qui Le craignent et
qui s'attendent à sa bonté. »
Il est toujours facile de proclamer : « Le Seigneur est
avec moi ! » Mais quelle chose de s'entendre dire par un
messager des cieux : « Le Seigneur est avec toi ! » Ce
n'est pas un sentiment plus ou moins vague de sa
présence, mais une glorieuse réalité.
Pourtant, un tel message ne peut que confondre l'âme
vraiment pieuse.
V. 29. — Troublée par cette parole,
Marie se demandait ce que pouvait
signifier une telle salutation.
Ceux qui vivent en contact avec Dieu connais-sent ce
trouble, ce tremblement, cette perplexité.
Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Job, Ésaïe, Ézéchiel,
Daniel et plus tard Pierre, Jacques et Jean, éprouvèrent
ces frayeurs divines.
Devant son Dieu, Marie ne connaît que sa misère et
son indignité. Voilà tout ce qu'elle sait d'elle, comme
elle le dira dans le Magnificat. Seul le Seigneur connaît
et apprécie la piété de Marie.
— 26 —
Mais déjà l'ange ajoute :
V. 30. — Ne crains pas, Marie...
Pour la première fois, le visiteur céleste a prononcé son
nom. Marie sait maintenant qu'il n'y a pas d'erreur. Plus de
doute possible, l'ange ne s'est pas trompé d'adresse, c'est bien
d'elle qu'il s'agit.
Chose merveilleuse, bien digne de dissiper ses craintes,
son nom est connu dans les cieux, comme l'étaient :
celui d'Abraham que Dieu distingua du milieu des païens
pour en faire le père de tous les croyants,
celui de David que Dieu prit d'entre les parcs pour en faire
un roi selon son coeur, en Israël,
celui de Noé, celui de Job et de tant d'autres encore,
comme le sont aujourd'hui tous les noms des pécheurs
dont la repentance et la foi réjouissent les anges de Dieu.
Votre nom est-il connu dans les cieux ?
...tu as trouvé grâce devant Dieu.
Si Marie a trouvé grâce devant Dieu, c'est qu'elle n'était
pas une amie du monde ; comme Noé aux jours du Déluge,
comme Job en son temps, Marie était juste, intègre, parfaite,
craignant Dieu et se
— 27 —
détournant du mal. Si Dieu disperse les hommes au coeur
superbe, s'Il résiste aux orgueilleux, Il donne la grâce aux
humbles.
Comme le Magnificat nous le révèle, la foi de Marie était
vivante et personnelle.
Soumise à la loi de son Dieu, cette jeune fille juive allait
épouser un fils de David.
Ne cherchant pas les choses élevées, mais s'associant aux
choses humbles, elle allait devenir la femme d'un
charpentier.
Fiancée, elle restait pure et chaste.
Compatissante, pensant aux affamés, aux petits de la terre,
Marie se nourrissait de la Parole de Dieu et vivait dans la
prière. Son cantique n'est qu'une succession de citations
bibliques qui jaillissent de son coeur comme l'eau d'une
source limpide.
V. 31. — Et voici, tu deviendras enceinte
et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le
nom deJésus.
Marie apprend maintenant ce que veut dire « trouver grâce
devant Dieu » ! Le sens de la salutation qui la troublait
s'éclaire soudain d'une manière fulgurante. Marie deviendra
mère du grand libérateur annoncé par les prophètes, et dont
le nom sera Jésus, le seul nom qui ait été donné parmi les
hommes, par lequel nous devions être sauvés.
— 28 —
Et l'ange poursuit en décrivant ce que sera ce fils :
V. 32 et 33. — II sera grand et sera appelé
Fils du Dieu Très-Haut et le Seigneur Dieu
lui donnera le trône de David, son père. Il
régnera
sur
la
maison
de
Jacob
éternellement et son règne n'aura point de fin.
Toutes ces paroles ne sont pas étrangères à Marie. Elle les
connaît : ce sont des textes de l'Écriture dont elle a fait sa
nourriture.
Mais sur les lèvres de l'ange ces paroles s'éclairent d'un
jour nouveau. Marie apprend que pour accomplir ses grandes
promesses, Dieu va se servir d'elle. C'est là la grâce qui lui
est faite, « la plus grande grâce » qui la distingue parmi
toutes les femmes.
Toutes les déclarations de l'ange concernant le Messie
attendu, Marie peut les contrôler sans peine. Son coeur
rempli de l'Écriture répond déjà comme un écho à chaque
texte cité.
Sa foi qui croyait la lettre de la Parole doit croire
maintenant que c'est en elle et par elle que l'Écriture
s'accomplira.
C'est donc elle, la femme dont la postérité devait écraser
la tête du serpent ! C'est donc elle la vierge sans nom d'Ésaïe,
qui doit donner le jour à Emmanuel !
V. 34. — Marie dit à l'ange : Comment
cela se fera-t-il puisque je ne connais point
d'homme ?
— 29 —
Marie croit ! Elle ne met pas en doute les paroles de
l'ange, mais a besoin d'une explication.
On a voulu voir dans cette question de Marie la preuve
manifeste de sa volonté de demeurer perpétuellement
vierge. Marie aurait donc fait le voeu de ne pas connaître
d'homme, c'est-à-dire de ne pas consommer son mariage,
car, dit-on, il serait absurde qu'une jeune fille ayant
l'intention d'appartenir un jour à son mari, demandât
comment elle pourrait avoir un enfant.
Mais pourquoi vouloir forcer les textes et leur faire dire ce
qu'ils n'enseignent pas clairement ?
Marie comprend que les paroles de l'ange doivent avoir
un
accomplissement
immédiat.
Au
moment
de
l'Annonciation, fiancée à Joseph, Marie n'habite pas encore
avec lui. Vierge, elle se trouve bien dans la condition
annoncée par Ésaïe — la seule qui puisse entrer en ligne de
compte pour devenir mère du Sauveur. Car la conception et
la venue dans le monde d'Emmanuel doivent être un signe,
c'est-à-dire un prodige de la part du Seigneur. Il est donc
clair que la Vierge annoncée par le prophète ne devait pas
concevoir comme le reste des femmes. Cependant, l'Écriture
n'avait pas révélé le mystère d'une telle conception.
Comment devenir mère sans le secours de l'homme ?
Telle est, semble-t-il, la question qui préoccupe Marie et à
laquelle l'ange va répondre.
— 30 —
V. 35. — Le Saint-Esprit viendra sur toi,
et la puissance du Très-Haut te couvrira de
son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui
naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.
Un coin du voile se lève devant les yeux éblouis de Marie.
Elle comprend que la promesse qui lui est faite va
s'accomplir en elle par une création étrangère à l'ordre de la
nature. Son enfant ne naîtra pas comme nous du mélange des
sangs, ni d'un instinct charnel, ni de la volonté de l'homme,
mais de Dieu.
Dans son être offert en sacrifice vivant et saint, Dieu allait
par l'opération de son Esprit façonner un corps pour son Fils.
Rien dans les Écritures ne nous laisse supposer que Dieu
serait intervenu miraculeusement pour exempter Marie de la
macule héréditaire du péché originel commune à toute la
postérité d'Adam. Ce n'est pas pour Marie que Dieu
déploya sa force et sa puissance, mais c'est en elle qu'il
opéra pour préserver son Fils de toute atteinte du péché.
L'immaculée conception concerne le Fils et non la mère.
Nous voici sur un terrain sacré, où il est plus sage de se
taire et d'adorer que de vouloir donner des explications ; elles
ne feraient qu'entacher la pureté de l'incarnation, du grand
mystère de la piété, « Dieu manifesté en chair.
Conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie,
— 31 —
Jésus sera sans péché, mais participera cependant à notre
nature qui depuis la chute subit les conséquences du péché.
Ainsi, il aura faim et soif, con-naîtra la fatigue, la souffrance
et la mort. Il sera un homme parmi nous, mais Il sera saint. «
Dieu, dira l'apôtre, envoya son propre Fils avec une chair
semblable à celle du péché, et à cause du péché. »
Il n'est peut-être pas inutile d'établir ici un parallèle entre
Marie et Eve — la première jeune fille, la première vierge.
Créée par Dieu pour être une aide pour l'homme, la
première femme fut tirée de l'homme.
Placée dans un lieu de délices et de charmes, Eve est
fiancée par Dieu au premier roi de la création, pour être un
jour une seule chair avec lui.
Pendant ses fiançailles, Eve fut visitée par l'Ange-serpent.
Si Gabriel prit une forme humaine pour apparaître à Marie,
le diable prit une forme animale. L'un venait d'En haut,
l'autre d'en bas.
Sans salutation, le séducteur s'adresse à la femme, et alors
qu'il se trouve devant celle qui jouit de la faveur de Dieu,
devant l'Immaculée comblée de grâce, devant la reine de la
création, médiatrice avec Adam de toutes les grâces sur
toutes choses, le Serpent fait croire à Eve que Dieu la prive
d'une grâce.
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Semant le doute dans la pensée d'Eve, il fait naître dans
son coeur le trouble qui provoque la convoitise.
Et tandis que Satan calomnie le Dieu vivant Eve ne
contrôle déjà plus les paroles du Serpent : Elle croit ce qui
est opposé à la Parole qu'elle connaît de Dieu. Sa volonté
cède ; Eve consomme l'acte qui va la perdre et plonger tous
ceux qui sortiront d'elle dans la misère et le péché.
Pour faire entrer le péché dans le monde, Satan Eve illa
la convoitise de la première femme. Pour s'être laissé
envelopper de l'ombre du démon, Eve a conçu de Satan,
enfantant le péché qui conduit à la mort.
Elle entraîne son mari dans la désobéissance, et le fruit
de ses entrailles sera Caïn, le meurtrier, l'homme qui ôte la
vie, qui introduit la mort dans ce monde.
Désormais, hors d'Éden, les descendants du premier
couple pécheur naîtront dans une création assujettie à la
vanité, dans une sphère où domineront la révolte, le
désordre, la souffrance, les peines, le deuil, la mort et la
corruption.
C'est dans un tel monde que naîtra Marie, la fiancée de
joseph, fils de David, dont l'arbre généalogique contient les
noms de quatre pécheresses :
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Thamar l'incestueuse, Rahab la courtisane, Ruth l'étrangère,
et Bathschéba l'adultère.
Née de la chair, la nature de Marie n'est pas différente de
celle des autres filles d'Eve. Toute-fois, le péché n'est pas
essentiellement dans la nature physique que Dieu nous a
donnée, mais dans notre libre volonté qui résiste à Dieu et
corrompt notre être tout entier. Ainsi, sans l'intervention de
Dieu, nous sommes tous perdus.
Mieux que tout autre, la pieuse Marie sait cela. Aussi
recherche-t-elle le Seigneur de tout son coeur, de toute son
âme, de toute sa force et de toute sa pensée.
Née, comme elle le reconnaît elle-même, dans l'infirmité
d'une nature déchue, Marie s'attendait à Dieu, se confiait en
sa miséricorde et vivait dans sa crainte, croyant à ses
promesses.
Et ce corps que sa volonté aurait pu employer pour
satisfaire ses convoitises, elle le conservait pur par la grâce
de Dieu en vue de son mariage avec un homme qui craignait
Dieu.
Ainsi, pendant le temps de ses fiançailles, Marie fut
visitée. Comme un lis entre les épines qui crois-sent hors du
paradis, Dieu distingua à Nazareth une fleur qui se nommait
Marie.
Cette fleur-là donnerait un fruit, alors qu'Eve vola un
fruit. Et le fruit de Marie n'entraînerait pas la mort, mais
communiquerait la vie.
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Marie en offrirait à manger à Joseph et une multitude
d'autres après lui jouiraient de sa saveur. Mieux qu'Eve,
Marie pourrait porter le nom de mère de tous les vivants, car
Eve est mère de ceux qui meurent, tandis qu'en un sens
Marie est mère de tous ceux qui vivent, comme Abraham est
père de tous ceux qui croient.
.'.
Après avoir révélé à Marie le secret de Dieu au sujet de la
conception du Fils promis, l'ange donne un signe à celle qui
n'en demande pas :
v. 36. — Voici, Élisabeth, ta parente,
a conçu elle aussi un fils en sa vieillesse,
et celle qui était appelée stérile est dans
son sixième mois.
C'est ainsi que Dieu se plaît à fortifier la foi de ceux qui
Le croient. La fécondité d'Élisabeth, « celle qui était appelée
stérile », rappellera à Marie laissée seule, qu'elle n'a pas été
le jouet d'un rêve. Oui, sa parente va connaître elle-même en
sa vieillesse la joie de devenir mère, car, ajoute l'ange :
V. 37— Rien n'est impossible à Dieu.
Ces dernières paroles tombent dans le coeur de Marie
comme des ondées sur l'herbe verdoyante.
Dieu toujours le même dans son amour et sa puissance a
renouvelé pour Zacharie et sa femme ce
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qu'il fit autrefois pour Abraham et Sara. « Y a-t-il rien qui
soit étonnant de la part de l'Éternel ? »
Comme job, Marie sait maintenant que Dieu peut tout, et
que rien ne s'oppose à ses pensées.
La foi a pénétré ses connaissances de raison. Tout devient
plus clair et plus harmonieux.
Avec Jérémie elle comprend que rien n'est étonnant de la
part de Dieu.
Les certitudes de la Parole envahissent son coeur et feront
monter sur ses lèvres la réponse qu'attend le ciel entier.
« Fais-moi voir ton visage, fais-moi entendre ta voix, car
ta voix est douce et ton visage est agréable D, répète le Bien-
Aimé du Cantique des Cantiques.
Que va faire Marie? Quelle sera sa réponse ?
V. 38. — Marie dit : Je suis la
servante du Seigneur, qu'il me soit fait
selon ta parole. Et l'ange la quitta.
Dans ces paroles, Marie révèle toute son âme. Ni écrasée,
ni exaltée par sa mission surhumaine. elle s'incline
simplement et adore. Sans réserve elle se soumet à la volonté
de son Dieu, croyant que ce qu'Il a promis, Il est puissant
pour l'accomplir. Déjà, elle ne s'appartient plus.
Sur la servante du Seigneur, jardin clos, source fermée,
fontaine scellée, les cieux se sont inclinés.
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L'ange s'est retiré d'auprès de Marie, mais dans son jardin,
le Bien-Aimé est entré ! Le Verbe s'est incarné. Bientôt Il
naîtra, grandira, enseignera, puis mourra pour nous.
Déjà dans l'Annonciation qui nous permet de découvrir la
pureté, l'humilité et la soumission de Marie, la servante du
Seigneur est là pour nous faire constater qu'il y a ici plus
grand qu'elle : le Fils de Dieu qui, par miséricorde, se fait
chair afin de sauver nos âmes.
— 37 —
CHAPITRE II
De l'Annonciation au Magnificat
Notre première étude nous a permis de faire plus
intimement connaissance avec Marie, la mère bien-
heureuse de notre Seigneur.
Que de leçons de pureté, d'humilité, de confiance, de
foi, d'obéissance, de renoncement et d'amour absolus,
n'avons-nous pas déjà trouvées en celle que le Saint-Esprit
proclame par la bouche d'Élisabeth : « bénie entre toutes
les femmes » !
Comment ne pas penser à « la femme vertueuse » des
Proverbes, ou au « lis au milieu des épines » du Cantique
des Cantiques ?
Une jeune fille de Nazareth a reçu la visite d'un ange.
Il est entré chez elle, s'est entretenu avec elle, puis l'a
quittée. Marie n'a pas seulement vu un être céleste, mais
dans son humble demeure elle a
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écouté son message et accepté la vie nouvelle qu'il lui
proposait.
Aujourd'hui, bien des personnes voudraient voir un ange
et seraient très honorées si un messager des cieux venait les
trouver.
Hélas ! elles oublient trop peut-être que les âmes qui
connaissent les prémices d'une vie céleste dans ce monde,
sont celles qui cherchent avant tout les choses d'En Haut
pour en faire l'objet de leurs affections. Dieu s'approche en
grâce de ceux qui, humblement, viennent à Lui, et répondent
à ses compassions infinies en offrant leur corps « comme un
sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu ». L'âme qui refuse
de se conformer aux moeurs du présent siècle et qui trouve
ses possibilités, non dans les moyens et les méthodes du
monde, mais dans les ressources qu'offre la vie de l'Esprit,
peut toujours s'attendre à connaître des touches particulières
de la grâce divine.
Les interventions surnaturelles sont réservées à celui ou à
celle dont l'envoyé céleste peut dire : « Le Seigneur est avec
toi ». Là où un coeur est réellement désireux de plaire à
Dieu, le Seigneur est tout prêt à manifester sa présence.
Pour ceux qui lui appartiennent vraiment et qui Le servent
en vérité, il est toujours possible d'être visité ou secouru par
un ange de Dieu.
Toutefois, il faut se rappeler que Satan lui-même se
déguise en ange de lumière, et que des esprits
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méchants régnant encore dans les lieux célestes cherchent à
séduire même des élus.
Nous avons vu en effet dans notre précédent chapitre
qu'Eve, la première femme, la première vierge immaculée et
pleine de grâces, fut visitée au temps de ses fiançailles par un
être surnaturel.
Séduite par la ruse du Serpent, Eve eut le tort d'écouter
des propos qui jetaient du discrédit sur son Créateur.
Satan n'insinuait-il pas que Dieu privait sa créature de
quelque chose, qu'il lui manquait une grâce ? Ne lui suggéra-
t-il pas qu'il suffisait de s'affranchir du commandement divin
pour être comme des dieux, connaissant le bien et le mal ?
Les affirmations du Serpent étaient en opposition avec la
Parole qu'Adam avait entendue de Dieu — constatation qui
aurait dû suffire pour détourner sa femme du séducteur, et lui
démasquer son diabolique dessein.
Hélas ! Eve écouta cette voix étrangère qui, en tout temps,
cherche à saper l'autorité de la Parole de Dieu, à mettre
l'homme en avant, à lui donner de l'importance en vue de lui
faire oublier Dieu.
L'ange déchu, le Serpent ancien, voulait donner son
homme à la terre. Déjà Eve se laissait couvrir par l'ombre de
Satan.
Eveillée à la convoitise, cette convoitise allait
concevoir et enfanter le péché dans la chair qui, elle-même,
donnerait naissance à cette « vaine manière de vivre » à ce «
vieil homme»
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incapable de plaire à Dieu, et qui ne meurt en nous qu'en
la mort du Christ à la Croix.
Marie, au contraire d'Eve, contrôlait dans son coeur ce
que l'ange Gabriel lui disait.
Rien dans ce qu'il lui annonçait n'était en opposition
avec ses connaissances des Écritures.
L'ange ne lui révélait aucune vérité nouvelle. Il se
bornait à lui rappeler les textes de la Parole de Dieu,
annonçant la venue du Messie.
Qu'une vierge concevrait, Marie pouvait le savoir par
la lecture du prophète Esaïe.
Ce libérateur qui devait naître, ne l'attendait-elle pas ?
Ce Fils du Très-Haut qui serait grand et s'assiérait sur
le trône de David son père — ce roi dont le règne n'aurait
point de fin, n'était-Il pas l'objet de son espérance ?
Toutes ces vérités étaient connues de Marie. Elles
faisaient partie des promesses de Dieu conte-nues dans
cette parole qu'à l'instar du psalmiste la jeune fille serrait
dans son coeur, afin de ne pas pécher contre Dieu.
Cependant, ce qui était nouveau et bouleversant pour
Marie, ce qui provoquait ce trouble profond en elle,
c'était d'apprendre de la bouche de l'ange que toutes ces
merveilles la concernaient personnellement et allaient
s'accomplir en elle : que la lettre à laquelle elle croyait
allait s'imprimer,
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s'incarner dans sa chair mortelle, devenir réalité dans sa vie,
dans son corps, dans sa sensibilité.
Avant de poursuivre notre étude et de considérer
l'enseignement donné par la rencontre de Marie et
d'Élisabeth, puis par le Magnificat, arrêtons-nous quelques
instants encore pour mieux comprendre les sentiments qui
agitèrent le coeur de Marie après la visite de l'ange. Avec
elle, repassons dans nos coeurs toutes les choses que le
messager céleste vient de lui annoncer.
Il y a des silences, dans l'Écriture Sainte, qui parlent avec
autant d'éloquence que la lettre écrite. Cet enseignement
caché est révélé à celui qui médite et laisse Dieu prolonger
par son Esprit les lignes de sa Parole dans son coeur. Tout
attache-ment à la lettre doit être accompagné et suivi d'une
illumination de l'Esprit.
Marie vient d'apprendre qu'elle est choisie par Dieu.
La Parole devient pour elle vivante et opérante, plus
pénétrante qu'une épée à deux tranchants. Sa foi en l'Écriture
va être récompensée. Ce que dit la lettre au sujet de
l'Invisible, est une réalité. Jusqu'ici, Marie a cru sans voir.
Maintenant, elle verra l'accomplissement des choses dites
par le Seigneur.
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Marie accepte de servir les desseins bienveillants de Dieu
en vue du salut du monde. Mais cette acceptation ne la laisse
pas intacte. L'enfant qu'elle espère va devenir présent en elle.
Que dira Joseph, que pensera le monde, quand le corps de
Marie trahira son secret ?
Craignant Dieu, se retirant du mal, observant la loi, Marie
a conservé son corps dans la chasteté.
Fiancée à Joseph, un homme juste et pieux, Marie, comme
toute jeune fille, avait des projets, des plans chéris pour la
terre, et, soudain, le ciel lui révèle les desseins de Dieu à son
égard. Dieu a besoin d'elle. Marie doit lui appartenir avant
d'être à elle-même ou à Joseph.
II en est de même de tous ceux que Dieu appelle à Lui.
L'âme qui aujourd'hui voudrait être visitée par un ange, doit
savoir qu'il y a un prix à payer, et qu'une telle apparition ne
nous est pas accordée pour satisfaire notre curiosité ou nous
donner de l'importance.
Quelle que soit sa manifestation, la grâce de Dieu ne nous
visite jamais pour combler nos désirs égoïstes, mais toujours
en vue de glorifier Dieu, de nous rendre utiles aux autres, et
d'opérer notre sanctification personnelle.
Quand l'appel de Dieu retentit, il doit nous trouver prêts à
tout perdre : aimables projets, désirs personnels, réputation,
estime de nos amis, con-fiance de nos proches. Souvent nous
faisons des
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plans pour notre avertir en demandant à Dieu de faire luire sa
lumière sur nos voies et de bénir nos efforts. Cependant,
sommes-nous sûrs d'être dans le chemin du Seigneur ? Lui
avons-nous laissé l'occasion de nous révéler sa volonté à
notre égard ?
Marie était fiancée à joseph et c'était très bien ; mais, dans
le conseil de Dieu, Marie était choisie pour donner le
Sauveur au monde.
Saul de Tarse persécutait les chrétiens et croyait servir
Dieu, jusqu'au jour où il apprit que Dieu l'avait mis à part
dès le sein de sa mère, pour porter le nom de Jésus devant les
nations, devant les rois et devant les fils d'Israël.
Qu'en est-il de nous ?
Un grand lot de souffrances accompagnera toujours ceux
que Dieu choisit ainsi et auxquels Il accorde une si grande
faveur.
Un tel appel dépasse l'entendement humain. Aussi Marie
pouvait-elle bien demander à l'ange : « Comment cela se
fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? »
Plus tard, Nicodème posera à Jésus une question
semblable au sujet de la nouvelle naissance : « Comment
cela peut-il se faire ? »
Pas plus que l'incarnation, la nouvelle naissance ne peut
être l'oeuvre du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la
volonté de l'homme. C'est l'oeuvre de Dieu opérée par son
Esprit.
— 45 —
L'enfant qui naîtrait de Marie serait donc saint, alors que
tous ceux qui naissent de femmes sont pécheurs. De même,
seul ce qui est né de l'Esprit est esprit.
Oui ! Marie croit que rien n'est impossible à Dieu. Depuis
Abraham, toute l'histoire de son peuple est là pour lui
confirmer que le Dieu d'Israël est le Dieu des miracles et que
rien ne s'oppose à ses pensées.
L'impossibilité n'est jamais du côté de Dieu. Du côté de
Dieu, la voie est toujours ouverte. L'impossibilité, les
obstacles ne sont que du côté de l'homme.
Si Marie regarde à Dieu, tout ira bien, mais si elle regarde
à elle-même ou aux hommes, tout l'amènera à douter et à
reculer.
Elle se jugera tout d'abord indigne de l'honneur que Dieu
lui fait. La visite de l'ange ne lui a pas fait oublier son
insuffisance et son humble état. Sa pauvreté, sa condition
modeste, sa jeunesse, son inexpérience de la vie et tant
d'autres considérations raisonnables pourraient l'arrêter.
Son engagement avec Joseph sera-t-il un obstacle majeur ?
En effet, que va dire le fiancé de Marie ?
L'angoisse peut bien étreindre son coeur, car la visite de
l'ange ne lui a pas seulement apporté une promesse de vie,
mais aussi un arrêt de mort.
— 46 —
Chaste et pure, Marie a pourtant les deux pieds sur la terre.
L'ange lui a dit : « Tu deviendras enceinte ! » Marie sait donc
qu'elle ne pourra pas toujours garder son secret.
Si elle ne parle pas, on la questionnera.
Qui croira alors qu'elle est enceinte du Saint-Esprit ?
Marie n'ignore pas la loi : une fiancée qui se trouvera
enceinte des oeuvres d'un autre sera lapidée.
Si on ne la croit pas, si la loi lui est appliquée, Marie
mourra dans la honte et le déshonneur.
Marie connaît joseph. C'est un homme juste et craignant
Dieu. S'il est convaincu de la culpabilité de sa fiancée, il ne
l'épargnera pas.
Ainsi, c'est bien à la mort que l'a conduite son acceptation.
Sa réputation sera à jamais entachée. Elle qui s'est
conservée pure en vue du mariage, c'est elle qui sera appelée
: une fille-mère, c'est elle que l'on soupçonnera. A quoi sert
donc la piété ?
Qui donc voudra la croire ? Si Marie raisonne sur le plan
humain, elle est perdue.
Il faut qu'une foi immense s'empare de son coeur, afin
qu'elle puisse renoncer à la réputation que lui donnent sa
vertu, son humilité, sa grâce, sa fidélité. Il faut qu'elle
accepte de perdre l'estime de ses frères et la confiance de ses
amis. Il faut que tous ces avantages en la chair, la fille de
David
— 47 —
les estime comme des ordures, afin de gagner Christ et
d'être trouvée en Lui, non avec sa justice « qui vient de la
Loi, mais avec celle qui s'obtient par la foi en Christ, la
justice qui vient de Dieu par la foi. »
Marie a cru, et a serré par devers elle, les paroles de son
Dieu, plus que les propos de son propre coeur.
Marie a accepté le risque de la foi. En elle, le sacrifice est
déjà consommé. Pour Celui qu'elle aime, Marie est prête à
mourir.
Alors, l'oeuvre de Dieu commence en la Vierge. Dans
l'étreinte d'un ineffable amour, Marie conçoit du Saint-
Esprit, et son être qu'elle a conservé pur devient le vase que
Dieu emploie pour y former le corps de son Fils, le Saint de
Dieu. Il sera en elle, il s'y d Eve loppera, et au temps fixé,
Marie donnera le jour au Sauveur, au Fils de Dieu.
Pour que l'oeuvre de Dieu se réalise en Marie, il fallait
son consentement.
Il en est ainsi de toute âme que Dieu sollicite aujourd'hui
encore à la vie éternelle. Pour que le Christ soit reçu et
formé en nous, pour que la vie éternelle nous habite, il faut
une décision de notre part, une acceptation, une réponse
nette et précise à l'appel de Dieu.
— 48 —
LA VISITATION
Dans ce même temps, Marie se leva et s'en alla
en hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda.
Elle entra dans la maison de Zacharie et salua
Élisabeth. Dès qu'Élisabeth entendit la salutation
de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et
elle fut remplie du Saint-Esprit. Elle s'écria, d'une
voix forte : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit
de ton sein est béni. Comment m'est-il accordé que
la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ?
Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a
frappé mon oreille, l'enfant a tressailli d'allégresse
dans mon sein. Heureuse celle qui a cru, parce que
les choses qui lui ont été dites de la part du
Seigneur auront leur accomplissement.
(Luc 1 v. 39.45).
Dès que Marie eut accepté que s'accomplisse en elle
l'oeuvre merveilleuse de Dieu, elle s'engagea dans le chemin
qui devait la conduire vers celle que Dieu avait visitée dans
sa vieillesse. Marie ne reste pas seule mais éprouve le
besoin de se rendre sans retard auprès du seul être qui
pourra vraiment la comprendre, Élisabeth, sa parente.
Il en est de même chaque fois qu'une âme naît à la vie
nouvelle. Elle ne peut rester repliée sur elle-même, mais
recherche une maison, un foyer spirituel où elle sera
accueillie et comprise, où elle pourra faire ses premiers pas
et accomplir un premier service, loin des regards du monde.
V. 39. — Dans ce même temps, Marie se
leva et s'en alla en hâte vers les montagnes,
dans une ville de Juda.
— 49 —
La voyez-vous, cette jeune fille de Nazareth, portant son
secret dans son coeur, marchant hâtivement vers les
montagnes où un vieux couple attend la réalisation d'une
promesse ? L'incrédulité de Zacharie, qui n'a pas cru les
paroles de l'ange, n'empêchera pas leur accomplissement,
mais Zacharie ne pourra pas louer Dieu dans son attente. Il
restera muet jusqu'à la naissance de son enfant.
Aujourd'hui encore, l'incrédulité des fidèles les empêche
de louer Dieu, mais ne pourrait entraver la réalisation de ses
desseins. Notre manque de foi ne saurait détourner Dieu de
ses plans, mais nous prive de Le glorifier et de manifester
notre joie en attendant la délivrance.
V. 40. — Elle entra dans la maison de
Zacharie et salua Élisabeth.
Dans la maison du sacrificateur silencieux, deux femmes
se rencontrent. L'une est à l'aurore de la vie, l'autre au soir de
l'existence. Ce n'est pas parce qu'elles sont parentes selon la
chair qu'Élisabeth et Marie se retrouvent, mais parce que
l'une et l'autre ont été visitées par Dieu. Le mobile de leur
rencontre, c'est le grand événement qu'elles attendent. Et
parce que Marie a cru la promesse, Jésus qu'elle espère est
déjà présent en elle.
Là où des âmes rachetées par le Seigneur éprouvent le
besoin de se retrouver parce qu'elles appar-
— 50 —
tiennent à Christ, là aussi apparaît l'Église. Dans ce
rassemblement des deux ou trois qui croient la promesse et
qui espèrent en son Nom, la présence invisible de Jésus
devient sensible au coeur.
V. 41. — Dès qu'Élisabeth entendit la
salutation de Marie, son enfant tressaillit
dans son sein, et elle fut remplie du Saint-
Esprit.
La simple salutation de Marie suffit pour qu'Élisabeth
éprouve en son être intime, la présence du Seigneur.
Il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont Élisabeth
reçut Marie. Elle ne la reçut pas comme une intruse, comme
une étrangère suspecte qu'il faut d'abord examiner, ni même
en parente selon la chair. Cette femme âgée et respectable
accueille la jeune et insignifiante Marie comme la mère de
son Seigneur, comme celle qui porte en son sein, la vie de
Dieu.
Voilà le lien qui unit Élisabeth à Marie. Ni l'âge, ni les
goûts, ni les paroles, ni les pensées, ni les actes de Marie
n'influencent l'accueil que lui réserve sa parente.
Remplie du Saint-Esprit, Élisabeth s'écria d'une voix forte
:
V. 42-44. — Tu es bénie entre les femmes
et le fruit de ton sein est béni. Comment
m'est-il accordé que la mère de mon
Seigneur vienne auprès de moi? Car voici,
aussitôt
— 51 —
que la voix de ta salutation a frappé mon
oreille, l'enfant a tressailli d'allégresse dans
mon sein.
Marie est bénie aux yeux d'Élisabeth, non parce qu'elle est
une femme extraordinaire, mais parce que le fruit de son
corps est béni. Élisabeth possède un discernement spirituel.
Le Saint-Esprit la remplit et l'éclaire: Elle a reconnu les
signes de la divine présence en Marie. Ce n'est pas Marie
qui a fait tressaillir l'enfant d'Élisabeth. C'est Jésus en
Marie, car depuis que Marie a accepté de voir s'accomplir
en elle le bon plaisir de Dieu, l'identification avec le Christ a
commencé. Ce n'est plus elle qui vit, mais Lui qui vit en
elle.
C'est un accueil semblable à celui que reçut Marie dans la
maison de Zacharie, que les âmes nouvellement nées à la vie
divine devraient recevoir dans nos communautés, au sein de
ceux qui ont été visités avant elles. Elles devraient trouver
dans nos milieux des personnes remplies du Saint-Esprit et
parlant par l'Esprit. Le contact de Marie et d'Élisabeth, c'est
le vrai contact chrétien, le contact des entrailles, le contact
de la vie.
Aujourd'hui, on parle beaucoup de la nécessité d'établir
des contacts entre chrétiens.
Ainsi, on cherche à créer des liens entre hommes qui se
réclament du même Seigneur, par des contacts théologiques
où chacun expose le fruit de ses recher-
— 52 —
ches et de sa science religieuse, mais demeure fermement
attaché à ses positions.
Il y a aussi les contacts ecclésiastiques, où par des cultes
en commun on cherche à faire naître dans les coeurs les
mêmes émotions, les mêmes sentiments, les mêmes goûts,
pensant ainsi rapprocher les âmes vraiment pieuses.
Il y a encore les contacts créés en vue de l'évangélisation
des masses, rencontres où les chrétiens ne sont pas
seulement appelés à écouter la même liturgie ou à chanter
les mêmes cantiques, mais à confesser ensemble — et par
des actes — leur foi aux yeux du monde.
Tout cela est utile et nécessaire. Mais il faut se souvenir
que ce n'est pas parce que nous avons sur toutes choses les
mêmes vues que nous sommes unis en Christ. De même, ce
n'est pas parce que nous partageons les mêmes goûts au
sujet d'une forme de culte ou que nous vibrons de la même
manière à l'ouïe des mêmes paroles, que nous sommes unis
en Jésus. Enfin, ce n'est pas parce que nous travaillons
ensemble au service du même Maître que nous sommes
unis en Dieu, mais bien parce que nous avons en nous la
même vie, la vie du Père et du Fils.
C'est cette vie qui a fait tressaillir Jean-Baptiste dans le
sein de sa mère, cette vie que le précurseur allait annoncer
pour qu'elle croisse en tous, tandis que lui diminuerait.
— 53 —
Notre lien avec les âmes ne vient donc pas d'un contact
intellectuel, sentimental ou pratique, mais de Jésus-Christ,
présent dans nos vies par sa Parole et son Esprit.
Si, tous, nous traitons saintement le Christ dans nos coeur,
nous n'aurons pas de peine à entrer en contact avec nos
frères, et nos rencontres deviendront pour nous un privilège
divin, une occasion d'édification profonde et un
encouragement pour notre foi.
V. 45. — Heureuse celle qui a cru, parce
que les choses qui lui ont été dites de la part
du Seigneur auront leur accomplissement.
C'est par un témoignage rendu à la foi de Marie
qu'Élisabeth termine ses paroles de bienvenue. Marie est
rendue bienheureuse par sa foi en la promesse de Dieu, et
non par des grâces surnaturelles qu'elle aurait reçues dès
avant sa naissance. Celle qui a vu la puissance et la grâce de
Dieu se manifester dans la stérilité de sa nature, et la
miséricorde du Seigneur éclater dans son âge avancé, est
rendue capable de fortifier la foi de sa jeune parente.
Aussi, dans la communion de celle qui espère en Dieu —
et qui lui confirme par le Saint-Esprit que les grandes choses
promises par l'ange sont en voie d'accomplissement — Marie
voit son coeur déborder, et éclate en louanges.
Aujourd'hui encore la communion des saints, la
— 54 —
rencontre des âmes en qui habite l'espérance de la gloire,
fait jaillir du plus profond de notre être un chant d'amour qui
exalte la Source de tout bonheur, le Tout-Puissant qui fit
pour nous de grandes choses.
LE MAGNIFICAT
Et Marie dit : Mon âme exalte le Seigneur. Et
mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur.
Parce, qu'il a jeté les yeux sur la bassesse
de sa servante.
Car voici, désormais, toutes les générations
me diront bienheureuse.
Parce que le Tout-Puissant a fait pour moi
de grandes choses.
Son nom est saint.
Et sa miséricorde s'étend d'âge en âge Sur
ceux qui Le craignent.
Il a déployé la force de son bras ;
Il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur
des pensées orgueilleuses.
Il a renversé les puissants de leurs trônes. Et
il a élevé les humbles.
Il a rassasié de biens les affamés,
Et il a renvoyé les riches à vide.
Il a secouru Israël, son serviteur, et il s'est
souvenu de sa miséricorde,
— Comme il l'avait dit à nos pères — Envers
Abraham et sa postérité pour toujours.
(Luc 1, v. 46-55).
Nous ne nous arrêterons pas longuement sur les paroles
merveilleuses du Magnificat, sur la réponse de Marie à
Élisabeth.
Toute âme en qui Dieu a commencé son oeuvre,
— 55—
toute personne à laquelle il a été gratuitement donné, par
rapport à Christ, non seulement de croire en Lui, mais aussi
de souffrir pour Lui, peut dire pour sa personne et sa propre
vie ce que proclame le cantique de Marie.
Mais, pour que la créature soit amenée à donner gloire à
Dieu et à se réjouir en Lui, il faut qu'elle ait été l'objet d'une
intervention de Dieu.
Livré à ses propres ressources, l'homme ne saurait donner
gloire à un autre que lui-même.
Seules la révélation de la grandeur de Dieu d'une part, et
la connaissance de notre propre misère d'autre part, peuvent
nous amener à l'adoration libératrice.
Pour magnifier le Seigneur, se réjouir en Dieu et l'appeler
« son Sauveur », il ne suffit pas de croire simplement en
l'existence de Dieu. Il faut connaître le coeur du Père et
aimer Dieu par-dessus toute autre chose. Il faut avoir
reconnu sa souveraineté absolue et ses droits sur notre vie. Il
faut avoir sondé l'abîme de notre déchéance et connu l'amour
de Dieu que rien ne conditionne, sa bonté qui se manifeste
dans l'état où nous sommes, quels que soient notre passé,
notre présent, notre avenir. Seule la connaissance d'un Dieu
de grâce est une source de joie constante pour l'esprit du
chrétien.
Le cantique de Marie est donc le cantique du racheté, de
celui qui appartient maintenant tout
— 56 —
entier, esprit, âme et corps, au Dieu tout entier, Père, Fils
et Saint-Esprit.
Marie ayant livré son corps au Saint-Esprit, abandonne
son âme au règne du Seigneur, tandis que son esprit ne
trouve plus de joie qu'en Dieu son Sauveur.
Depuis que la puissance du Très-Haut l'a couverte de son
ombre, Marie est absorbée en Dieu.
Le Dieu qu'elle connaît n'est pas une force anonyme, une
Idée vague, ou un impitoyable Destin, mais le Dieu
personnel et vivant qui a un coeur, des yeux, un bras fort,
tout-puissant.
Et si Marie parle d'elle un instant, c'est pour s'humilier et
reconnaître son bas état afin de mieux parler de Lui, de
rendre plus tangible la grâce dont elle est l'objet.
Elle sait que Dieu ne repousse pas sa faiblesse, qu'Il
s'apprête au contraire à manifester sa puissance dans son
infirmité de telle manière que toutes les générations la diront
bienheureuse, parce qu'elle a trouvé pleinement suffisante la
grâce de son Dieu. Ainsi, au cours des âges, tous pourront
connaître la source de sa joie, le secret de sa béatitude qui
pourra devenir la béatitude de quiconque croit à « l'Évangile
de la gloire du Dieu bienheureux ».
S'oubliant elle-même, Marie s'élève sur les plus purs
sommets et peut célébrer Dieu pour tout ce qu'Il est, pour
tout ce qu'Il a fait, pour ce qu'II fait et fera encore.
— 57 —
Marie a quelque chose à dire sur la sainteté du Norm de
Dieu, sur sa miséricorde infinie envers ceux qui Le
craignent. Elle peut parler de la force de son bras, du secours
qu'Il donne aux humbles, des biens dont Il rassasie les
affamés et les nécessiteux, tandis que dans sa justice, Il
renvoie les riches à vide et disperse ceux qui gardent dans
leur coeur des pensées orgueilleuses.
Enfin, elle peut rappeler l'aide efficace dont Israël fut
l'objet de la part de Dieu, et proclamer que les promesses
faites aux pères envers Abraham et sa postérité seront un
jour pleinement réalisées.
Dans le Magnificat, Marie, l'esclave du Seigneur, qui,,
d'avance, a espéré en Christ, sert tout entière « à la louange
de la gloire de sa grâce ».
Au terme de cette seconde étude, comprendrons-nous le
sens profond de l'histoire authentique et merveilleuse de la
Vierge-mère ?
A côté d'autres applications, la grande vérité qui illustre
d'une façon admirable la vie de Marie est celle-ci :
Quand Dieu voulut se manifester aux hommes et se
rendre visible au monde pour lui apporter le salut, Il dut
revêtir un corps de chair afin d'approcher ces êtres de chair.
Ce corps, Il le forma en Marie qui se livra à Lui
— 58 —
sans réserve. Par elle, Dieu put s'incarner en Christ et se
manifester aux hommes, « réconciliant le monde avec lui-
même ».
Des yeux purent Le voir, des oreilles L'entendre et des
mains Le toucher.
Aujourd'hui, Dieu a toujours besoin des hommes. Ce n'est
pas seulement sur la partie invisible de leur être qu'Il désire
régner. Il aspire à la domination de l'homme tout entier,
c'est-à-dire à soumettre à son pouvoir notre corps — partie
visible et sensible de notre être — pour faire de nos
membres des « instruments de justice ».
Marie est un tableau vivant éclairant d'un pur reflet tout
l'enseignement du Christ et des apôtres sur le miracle de la
nouvelle naissance, sans laquelle nul ne peut voir le
royaume de Dieu.
En effet, toute nouvelle naissance est un miracle aussi
grand que la conception miraculeuse, de sorte que tous ceux
qui nient la naissance virginale ne peuvent croire non plus à
une naissance d'En haut pour l'homme de chair.
Or, Jésus a affirmé clairement que l'homme devait
renaître pour entrer dans Son royaume.
De même, Paul nous montre comment Christ doit être
formé en nous, comment Il doit croître, grandir et
manifester sa vie dans notre chair mortelle.
Christ en nous est tout d'abord enfant, adolescent, puis
homme fait.
— 59 —
Ce qui s'est passé un jour en Marie doit se refléter
spirituellement dans notre propre vie.
Marie, appelée par Dieu, ne s'est pas refusée et n'a rien
refusé à son Dieu Sauveur. Se livrant à Lui sans réserve, elle
vit le Dieu tout-puissant prendre possession de son être tout
entier.
Il en sera de même aujourd'hui où la grâce de Dieu, source
de salut pour tous les hommes, a été manifestée. Quiconque
accepte cette grâce et répond à l'amour de Dieu en gardant
ses commandements, verra s'accomplir la merveilleuse
promesse du Seigneur : « Nous viendrons à lui, et nous
ferons notre demeure chez lui ».
Par Marie, le salut qui est Jésus, allait entrer dans le
monde. Mais, avant, il devait être formé en elle.
« Tu concevras D, c'est l'oeuvre de Dieu en Marie. Tu
enfanteras », c'est l'oeuvre de Dieu par Marie, pour le
monde.
Quand la parole de Dieu est reçue, le Saint-Esprit féconde
dans notre coeur cette semence incorruptible, et celle-ci
donne naissance à « Christ en nous, l'espérance de la gloire
».
La chair mortelle du chrétien devient dès lors le terrain de
la manifestation de la vie de Jésus, de la puissance du Saint-
Esprit dans un vase de terre.
Désormais, le croyant est appelé à « revêtir l'homme
nouveau » qui n'est pas le fruit des efforts
— 60 —
de la chair — d'une chair qui tendrait à s'améliorer — mais
une création nouvelle « qui se renouvelle dans la
connaissance selon l'image de Celui qui l'a créé
».
L'homme nouveau est manifesté par le Saint-Esprit dans une
chair qui a été crucifiée avec ses passions et ses convoitises.
Si j'ai établi plus haut un parallèle entre Eve et Marie,
nous pouvons, en terminant ce chapitre, faire un
rapprochement entre Marie et nous, entre la Vierge-mère et
l'âme rachetée.
Dieu, qui a voulu sauver l'humanité par l'envoi de son fils
au temps de Marie, veut aujourd'hui encore faire proclamer
son salut aux âmes perdues.
Sur la terre, Il a son heure, ses moyens et ses mes sagers
pour annoncer la bonne nouvelle.
L'âme qui entend la Parole du Seigneur, l'âme qui
cherche Dieu, l'âme dont la conscience est réveil lée par la
connaissance de la loi, l'âme qui veut plaire à Dieu et qui
s'efforce de Lui être agréable est tout d'abord troublée par le
message de l'Évangile — car il la prend personnellement à
partie. Elle réalise soudain que c'est bien d'elle qu'il s'agit.
Une question précise lui est posée .Une réponse personnelle
doit être donnée. Un engagement lui est demandé.
Quel effet la prédication de l'Évangile a-t-elle eu dans
nos coeurs ?
— 61 —
Avons-nous connu le trouble, la crainte qu'un homme
pécheur éprouve en présence d'un Dieu saint ?
Il n'y a de salut en aucun autre qu'en Jésus-Christ, mais ce
salut gratuit est bien autre chose qu'une bonne nouvelle
seulement, ou que le seul pardon de nos péchés.
Le salut de Dieu, c'est quelqu'un qui va naître en nous,
grandir, occuper toute la place dans la mesure où nous
diminuerons.
Voilà la grâce qui nous est offerte : être habité par Dieu.
Avoir un Salut qui procure le salut.
Si la vie de Jésus ne se manifeste pas dans notre chair
mortelle, nous sommes encore sans Christ et étrangers à la
vie de Dieu.
La seule vie chrétienne, c'est celle de Christ en nous. Il
n'y a pas une vie chrétienne pour les catholiques, une autre
pour les orthodoxes et plusieurs autres pour les multiples
divisions du protestantisme.
C'est à une participation à sa propre nature que Dieu nous
appelle ; c'est à une union intime avec Lui que nous sommes
conviés.
Dieu attend notre réponse !
Ne regardons pas à nous-mêmes, mais à Celui qui a jeté
les yeux sur nous, nous appelant à son royaume et à sa
gloire.
Comme Marie, soumettons-Lui notre coeur et
— 62 —
laissons-Le agir : « Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me
soit fait selon ta parole ».
Marie a accepté que le Christ soit formé en elle, afin qu'Il
soit donné au monde.
C'est ainsi que Marie fut sauvée et qu'elle participa au salut
des autres. Il peut en être de même pour nous aujourd'hui.
Dieu nous sauve pour nous associer à son oeuvre de salut.
Ainsi, ceux qui honorent Marie ne sont pas toue jours ceux
qui parlent d'elle, mais ceux qui imitent son exemple et sa
foi.
— 63 —
CHAPITRE III
La Servante du Seigneur
Dieu ne donne pas sa gloire à un autre, ni son honneur aux
idoles.
S'il a besoin des hommes, s'Il les emploie pour exécuter
ses desseins, c'est une faveur qu'Il leur accorde.
Ainsi, dans sa grâce, Dieu sait à son heure susciter un
homme, une femme, qui seront pour Lui des vases d'élection
par lesquels Il fera connaître les richesses de sa gloire au
milieu des hommes.
La gloire éternelle de Marie, comme celle d'Israël, c'est
Jésus, le Fils Bien-Aimé du Père.
En effet, la vie même de Marie nous interdit de nous
arrêter à elle. Toutes les leçons qu'elle nous donne nous
ramènent à Christ, « l'Image du Dieu invisible, le premier-né
de toute la création ».
On ne peut penser à Marie sans songer au Fils de Dieu.
Marie existe par Lui, pour Lui, et en Lui.
— 65 —
De même on ne devrait pas pouvoir penser à un chrétien
sans penser au Christ.
Ce qui est intéressant et utile pour nous dans la vie d'un
homme ou d'une femme, c'est la mesure de Christ en eux.
Tout le reste, origine, naissance, beauté, richesse, position,
est secondaire dans un monde où tout est vanité et tourment
d'esprit.
Celui en qui habite l'amour de Dieu ne tire pas sa gloire
des hommes, mais cherche la gloire qui vient de Dieu seul.
Dans ces dispositions, il ne cherche pas sa volonté mais la
volonté de Celui qui, par grâce, nous fait sortir de l'ombre et
qui, à toute heure, peut nous y faire rentrer.
Si notre consécration est réelle, la fidélité au Seigneur
reste totale, l'attachement et le dévouement au Christ
demeurent complets, lors même qu'on ne parle plus de nous.
Les êtres qui sont jaloux de la gloire de Dieu, au lieu de
rechercher leur propre gloire, savent qu'ils sont suscités pour
servir au conseil de Dieu. Ils n'ignorent pas que leur course
peut s'achever aussi bien à trente qu'à soixante-dix ans.
L'essentiel pour eux n'est pas une longue vie, mais
l'accomplissement humble, fidèle et joyeux, du service reçu
du Seigneur.
Ce fut le cas pour Jean-Baptiste qui avait pu dire -de Jésus
: « Il faut qu'Il croisse, et que moi je diminue ». Cette parole
était son programme. Il l'a incarnée et non seulement
prêchée.
— 66 —
Dès qu'il eut préparé le chemin du Seigneur, dès que le
Christ fut sorti de l'ombre pour commencer son ministère,
Dieu retira le Baptiste par une mort violente.
Du roi David lui-même, l'Écriture dira qu'après avoir, en
son temps, servi au dessein de Dieu, il s'endormit et fut
réuni à ses pères.
Ce n'est donc pas nous qui choisissons l'heure, le jour, le
lieu et les circonstances qui nous effaceront de l'horizon des
hommes.
De cette manière, Dieu prouve que la vie de ses
serviteurs n'a de sens qu'en Christ, d'autre raison d'être que
Christ.
L'apôtre Paul avait tellement bien compris cette vérité qu'
il pouvait dire : « Christ sera glorifié dans mon corps avec
une pleine assurance, soit par ma vie, soit par ma mort ; car
Christ est ma vie et la mort m'est un gain ». Ailleurs, il dira
encore : « Nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt
pour lui-même. Car si nous vivons, nous vivons pour le
Seigneur ; et si nous mourons, nous mourons pour le
Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous
mourions, nous sommes au Seigneur ».
Ce que je viens de dire au sujet des serviteurs de Dieu en
général, s'applique également à Marie, la servante du
Seigneur.
— 67 —
Les Évangiles nous montrent d'une manière frappante la
vraie place qu Dieu a donnée à Marie, mère de Jésus.
Dans l'Écriture Sainte, il est surtout question de Marie
avant la naissance du Christ, dans l'enfance et l'adolescence
de Jésus.
Dès que Jésus est homme fait, et tout au long de son
ministère, Marie n'apparaît plus qu'occasionnellement. Et,
sans cesse, par les paroles qu'Il prononce dans ces
circonstances, Jésus semble vouloir rappeler le rôle exact de
sa mère et sa place dans sa vie.
Voyons plutôt :
1. Aux noces de Cana, quand Marie communique à son
fils l'embarras de leurs hôtes au sujet du vin, Jésus répond à
sa mère : « Femme, qu'y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure
n'est pas encore venue ».
Marie doit comprendre qu'elle a devant elle son Seigneur,
seul juge de ce qu'Il sera conduit à faire.
2. Quand de la foule assise autour de lui on vient lui dire
: « Voici, ta mère et tes frères sont dehors, et ils désirent te
voir », Jésus répond : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux
qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique.
Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les
cieux, celui-là est mon frère, et ma soeur, et ma mère ».
— 68 —
C'est ainsi que Marie est sa mère, parce que Dieu l'a
choisie, parce qu'elle n'a pas refusé la grâce qui lui a été
faite, parce qu'elle a obéi, parce qu'elle a fait la volonté de
Dieu.
3. Alors qu'une femme, élevant la voix du milieu de la
foule, s'écrie, tandis qu'Il parlait : « Heureuses les entrailles
qui t'ont porté, heureux les seins qui t’ont allaité ! » Jésus dit
aussitôt : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de
Dieu, et qui la garde ».
Jésus ne laisse donc pas l'attention des foules se détourner
de Lui pour se porter sur sa mère, pas plus qu'Il ne laissa sa
mère Lui dire ce qu'Il avait à faire au début de son ministère,
Cependant, Jésus n'a pas abandonné Marie.
4, Quand, de la croix, Il voit sa mère se tenir avec Jean au
pied de son gibet, Il s'écrie : « Femme, voilà ton fils », puis Il
dit au disciple : « Voilà ta mère ! » Et dès ce moment le
disciple la prit chez lui.
Là encore, dans cette heure suprême, Jésus donne à sa
mère sa vraie place. Jésus s'en va au Père... Il va retourner au
lieu d'où Il était venu. Son commencement n'était pas à la
crèche et sa fin ne serait pas à la Croix.
Quant à Marie, sa place est sur la terre dans la compagnie
des hommes, du disciple qu'Il aimait.
— 69 —
5. Et lorsque, ressuscité, Jésus se montre à ses disciples
pendant quarante jours, ni les Évangiles, ni les Actes des
Apôtres ne nous parlent d'une visite spéciale de Jésus à sa
mère ou d'un message particulier du Ressuscité pour Marie.
Il apparaîtra à Marie de Magdala, puis aux saintes femmes,
dont sa mère fait partie.
Il aura un message pour Pierre qui L'a renié, mais rien de
spécial pour sa mère, fidèle parmi les fidèles.
Et c'est ainsi qu'après l'Ascension de Jésus, on retrouve
Marie dans la chambre où se réunissent les apôtres, dans
l'attente de la Pentecôte.
Que fait-elle ? La servante du Seigneur persévère dans la
prière avec ses frères et soeurs.
Nul ne s'adresse à elle. Marie, avec ses frères, invoque le
Seigneur.
Marie prie avec les vivants, au milieu des vivants et pour
les vivants.
Marie ne prie pas pour les morts, et surtout, personne ne la
prie.
En dehors des citations que je viens de faire et de quelques
autres sur lesquelles je reviendrai plus tard, il n'est plus
question de Marie ou de son nom dans le Nouveau
Testament.
Ni Paul, ni Jacques, ni Pierre, ni Jean, ni Jude ne la
mentionnent.
— 70 —
Écoutez plutôt leurs déclarations :
1. Paul, parlant de la médiation : « Dieu est unique,
unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le
Christ Jésus, homme lui-même, qui s'est livré en rançon
pour tous » (I Timothée 2 v. 5).
2. Jacques, parlant de la dévotion : « La dévotion pure et
sans tache devant Dieu notre Père consiste en ceci : visiter
les orphelins et les veuves dans leurs épreuves, se garder de
toute souillure du monde » (Jacques, 1 v. 27).
3. Pierre, parlant de la rédemption : « Si vous appelez
Père celui qui, sans acception de personnes, juge chacun
selon ses oeuvres, conduisez-vous avec crainte pendant le
temps de votre exil. Sachez que ce n'est par rien de
corruptible, argent ou or, que vous avez été affranchis de la
vaine conduite héritée de vos pères, mais par un sang
précieux, comme d'un agneau sans reproche et sans tache, le
Christ, discerné avant la fondation du monde et manifesté
dans les derniers temps à cause de vous. Par lui, vous
croyez en Dieu, qui l'a fait ressusciter d'entre les morts et lui
a donné la gloire, si bien que votre foi soit en Dieu comme
votre espérance » (I Pierre 1 v. 17-21).
4. Jean, parlant de l'intercession : « Petits enfants, je
vous écris ceci pour que vous ne péchiez pas.
— 71 —
Mais si quelqu'un vient à pécher, nous avons comme avocat
auprès du Père, Jésus-Christ, le juste. C'est lui qui est
victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour
les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (I Jean 2
v. 1-2).
5. Jude, parlant de la foi transmise aux saints : g Très
chers, j'avais un grand désir de vous écrire au sujet de notre
salut commun ; et j'ai été contraint de le faire, afin de vous
exhorter à combattre pour la foi transmise aux saints une
fois pour toutes. Car il s'est glissé parmi vous certains
hommes qui, depuis longtemps ont été marqués d'avance
pour cette sentence : ces impies travestissent en débauche la
grâce de notre Dieu et renient notre seul Maître et Seigneur
Jésus-Christ... Mais vous, très chers, rappelez-vous ce qui a
été prédit par les apôtres de notre Seigneur Jésus-Christ. Ils
vous disaient : A la fin du temps, il y aura des moqueurs,
marchant selon leurs convoitises impies. Ce sont eux qui
créent des divisions, ces êtres psychiques qui n'ont pas
l'Esprit.
« Mais vous, très chers, vous édifiant sur votre foi très
sainte, priant dans l'Esprit Saint, gardez-vous dans la charité
de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur
Jésus-Christ pour la vie éternelle. Les uns, ceux qui hésitent,
cherchez à les convaincre ; les autres, sauvez-les en les
arrachant au feu ; les autres, enfin, portez-leur une pitié
crain-
— 72 —
tive, en haïssant jusqu'à la tunique contaminée par la chair.
« Or, à celui qui peut vous préserver de toute chute et
vous présenter devant sa gloire, irrépréhensibles et dans
l'allégresse, à Dieu seul, notre Sauveur, par Jésus-Christ
notre Seigneur, soient gloire, majesté, force et puissance, dès
avant tous les temps, et main-tenant, et dans tous les siècles !
Amen ! » (Jude v. 3-4, 17-24).
Tous ces textes fixent la doctrine chrétienne et excluent
nettement la possibilité d'une évolution du dogme.
Il est frappant aussi de constater que jean lui-même, le
disciple qui prit Marie chez lui, garde le silence sur la mère
de notre Seigneur. Je sais bien qu'on a voulu voir Marie dans
la femme qu'il nous présente au chapitre douze de
l'Apocalypse, enveloppée du soleil, ayant la lune sous ses
pieds, et une couronne de douze étoiles. Pourtant, une étude
attentive de ce chapitre examiné à la lumière de l'analogie de
la foi, nous prouverait bien vite que cette femme ne
personnifie ni Marie, ni même l'Église, mais le peuple
d'Israël.
Comme nous l'avons vu plus haut, l'Écriture nous parle de
Marie avant la naissance de Jésus, pendant son enfance et
son adolescence. Puis Marie s'efface.
— 73 —
Elle ne vit plus que cachée en Lui, pour Le montrer, Lui.
C'est Lui qu'elle met en avant. Marie reste dans l'ombre et
surtout dans l'ombre de la Croix, qui plane sur toute la vie de
son fils.
C'est là pour nous, parmi tant d'autres, une des grandes
leçons que nous donne Marie.
Et si maintenant nous continuons à établir un parallèle
entre la mère du Seigneur et l'âme sauvée par la grâce de
Dieu — l'âme qui accepte par la foi le salut, pour l'apporter
ensuite à d'autres — nous retirerons encore d'autres utiles
instructions de la vie de Marie.
LA FIANCÉE DÉ JOSEPH
J'ai déjà souligné, en commentant l'Annonciation, la
Visitation et le Magnificat, comment Dieu veut reproduire
spirituellement en chacun de nous I'ceuvre qu'Il fit en Marie.
Il reste donc à considérer pour notre édification ce qui
arriva à Marie lorsqu'elle retourna chez elle après avoir passé
trois mois auprès d'Élisabeth.
L'âme qui a accepté et cru la Parole du Seigneur, l'âme
qui a connu la joie de la communion fraternelle et les
transports de l'adoration, dans la communauté que crée le
Christ, ne peut pas toujours rester auprès de ceux que la
grâce a visités.
— 74 —
Il faut quitter « le pays des montagnes », descendre des
purs sommets pour retourner chez soi, dans sa maison, où
les difficultés vont commencer, où la foi va être éprouvée.
Les liens célestes ne brisent pas les liens terrestres. La
vie de Dieu en nous ne fait que les épurer et les sanctifier.
L'appel de Dieu à la sanctification ne conduit pas les
âmes à se séparer du monde pour vivre en vase clos, mais à
devenir la possession de Dieu dans le monde, « son trésor
particulier ».
Il n'est pas question pour Marie de ne pas retourner vers
Joseph ou de lui cacher son état.
De même, l'âme qui a reçu la vie de Dieu ne peut pas fuir
ses responsabilités, et ne pas confesser le nom de Jésus
parmi les siens.
Que va faire Joseph, lorsqu'il apprendra que Marie est
enceinte ?
Écoutons comment Matthieu nous décrit ces événements
qui, humainement, auraient pu avoir de tragiques
conséquences pour Marie :
Voici de quelle manière arriva la
naissance de Jésus-Christ.
Marie, sa mère, ayant été fiancée à
Joseph, se trouva enceinte par la vertu du
Saint-Esprit, avant qu'ils eussent habité
ensemble. Joseph, son époux, qui était un
homme de bien et qui ne voulait pas la
diffamer, se proposa de rompre secrètement
avec elle. Comme il y pensait, voici, un ange
du
— 75 —
Seigneur lui apparut en songe, et dit : Joseph, fils
de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie,
ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient du
Saint-Esprit ; elle enfantera un fils, et tu lui
donneras le nom de Jésus ; c'est lui qui sauvera son
peuple de ses péchés.
Tout cela arriva afin que s'accomplit ce que le
Seigneur avait annoncé par le prophète :
Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un
fils.
Et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui
signifie Dieu avec nous.
Joseph s'étant réveillé fit ce que l'ange du
Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec
lui.
(Matthieu 1, v. 18-24).
Constatant l'état de sa fiancée, Joseph avait, à première
vue, deux possibilités devant lui :
1. S'il croyait le témoignage de Marie et sa version sur
le mystère de sa grossesse, il pouvait garder sa femme auprès
de lui et honorer en elle, l'élue du Seigneur.
2. Par contre, s'il conservait un doute sur une situation
aussi extraordinaire, étant un homme juste, il ne pouvait
épouser Marie — la fiancée enceinte tombant alors sous le
coup de la loi qui prononçait la peine de mort pour un tel cas.
(Deutéronome, ch. 22, v. 23 et ss.)
Que se passe-t-il donc en Joseph pour qu'il s'oriente vers
une troisième solution, celle qui le conduisait à vouloir
rompre secrètement avec Marie,
— 76 —
afin de ne pas l'exposer publiquement à l'ignominie et moins
encore aux rigueurs de la loi ?
Ou le témoignage de Marie n'a pas suffi pour le
convaincre et l'amener à croire, et, dans le doute, il préfère
s'abstenir, étant un homme de bien.
Ou, s'il a cru sa fiancée, une crainte respectueuse s'empare
de son coeur. Joseph ne se sent plus capable de vivre avec
cet être dans lequel Dieu accomplit un si grand mystère.
Qu'en sera-t-il de Marie, humblement résignée à toute la
volonté de Dieu ? La servante du Seigneur sera-t-elle
abandonnée dans cette épreuve ?
Quand Dieu a commencé un travail dans un coeur, Il le
poursuit et l'amène à son achèvement. Il ne permet pas que
l'incrédulité, le doute ou la crainte, détruise son oeuvre ou
nuise à son épanouissement. Dieu lui-même intervient : un
ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph, dissipe ses
doutes ou ses craintes, lui révélant personnellement la vérité
au sujet de « l'enfant » et lui communiquant ce que Dieu
attend de lui. Dès son r Eve il, sans tergiversation, Joseph
obéit à l'ordre d'En Haut et prend sa femme auprès de lui, la
mettant ainsi à l'abri des soupçons injurieux.
Joseph partage dès lors l'espérance de Marie.
Le salut est entré dans sa maison. La Vierge n'est plus
seule maintenant pour attendre les choses merveilleuses de
Dieu.
— 77 —
Une telle délivrance est l'image de tout ce que Dieu peut
faire, aujourd'hui encore, pour les âmes de nos familles, qui
ne croient pas à notre témoignage. Ce n'est plus à nous de
combattre. Attendons-nous au Seigneur qui, à son heure,
saura révéler lui-même sa grâce et amener à l'obéissance de
la foi ceux qui dans nos demeures ne connais-sent pas la
vérité.
Mais il ne la connut point, jusqu'à ce
qu'elle eût enfanté son fils premier-né,
auquel il donna le nom de Jésus.
(Matthieu 1, v. 25).
Par ce texte, que la version de Jérusalem traduit ainsi : « Et
sans qu'il l'eût connue, elle enfanta un fils... », l'Évangile
veut établir comme un fait historique, l'origine divine de
Jésus-Christ.
C'est là le véritable intérêt que ce passage a pour nous.
Joseph trouva Marie enceinte avant qu'ils eussent mené vie
commune, et c'est sans qu'il l'eût connue qu'elle mit au
monde Jésus.
Ainsi, si l'on ne peut prouver par l'Écriture la virginité
perpétuelle de Marie, on ne saurait mettre en doute qu'elle
était vierge à la naissance du Sauveur.
Cela seul est important.
Que se passa-t-il ensuite entre Joseph et Marie ?
Il me paraît sans intérêt de discuter à perte de vue pour
savoir si, après la naissance de Jésus,
— 78 —
Joseph connut sa femme et lui donna d'autres enfants, ceux
que l'Évangile appelle « les frères » du Seigneur.
S'il est vrai que le terme « frère » est employé quelquefois
dans la Bible pour désigner un proche degré de parenté et
non nécessairement les enfants du même père et de la même
mère, nul ne peut certifier cependant que les « frères » de
Jésus dont nous parle le Nouveau Testament n'étaient que ses
cousins.
A Nazareth, où Jésus avait été élevé, ne disait-on pas de
lui : « Celui-ci n'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et
le frère de Jacques et de Joses et de Jude et de Simon ; et ses
soeurs ne sont-elles pas ici auprès de nous ? »
Et jean l'apôtre, ne nous signale-t-il pas que « ses frères
non plus ne croyaient pas en lui » ?
Serait-ce pour cette raison-là qu'au moment de mourir,
Jésus confie sa mère à Jean plutôt qu'à ses proches demeurés
encore dans l'incrédulité ?
On pourrait facilement le soutenir en s'appuyant sur cette
parole du psaume messianique : « Je suis devenu un étranger
pour mes frères, un inconnu pour les fils de ma mère ! »
Pour moi, je le répète, quelle que soit l'opinion que l'on
partage au sujet des frères ou des soeurs de Jésus, je ne vois
pas ce que le fait d'être restée vierge, ou d'avoir eu des
enfants après la naissance
— 79 —
du Christ, pourrait ajouter ou ôter à la vertu de la mère par
excellence.
Toutefois, si rien ne s'oppose formellement à ce que
Joseph ait connu sa femme après la naissance de Jésus, je
pourrais très bien comprendre aussi que l'époux de Marie ait
arrêté dans son coeur de respecter celle dont le corps avait
été le théâtre mystérieux d'une telle opération de l'Esprit
Saint !
De toute manière, Joseph et Marie restent pour les fiancés
de tous les temps, des modèles de foi, d'amour et de pureté.
LA NAISSANCE DE JÉSUS
La lecture du deuxième chapitre des Évangiles de Luc et
de Matthieu, nous renseigne parfaitement sur les
circonstances que connut Marie, avant, pendant et après la
naissance de son fils.
En ce temps-là parut un édit de César
Auguste, ordonnant un recensement de toute
la t'erre. Ce premier recensement eut lieu
pendant que Quirinius était gouverneur de
Syrie. Tous allaient se faire inscrire, chacun
dans sa ville. Joseph aussi monta de la
Galilée, de la ville de Nazareth, pour se
rendre en Judée, dans la ville de David,
appelée Bethléem, parce qu'il était de la mai-
son et de la famille de David, afin de se faire
inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était
enceinte.
(Luc 2, v. 1.5).
— 80 —
Les choses merveilleuses que l'on attend de Dieu ne se
passent pas toujours selon nos prévisions.
Marie et Joseph habitent à Nazareth de Galilée, et
pourtant, selon les Écritures, c'est à Bethléem de Judée que le
Messie doit naître.
Écoutons plutôt :
«
Et toi, Bethléem Ephrata,
«
Petite entre les milliers de Juda,
«
De toi sortira pour moi
«
Celui qui dominera sur Israël
« Et dont l'origine remonte aux temps anciens, a Aux
jours de l'éternité.
(Michée, ch. 5, v. 1)
Si Marie avait connaissance de ce texte de Michée, elle
pouvait être en souci. Devrait-elle, afin d'accomplir cette
prophétie, se rendre d'elle-même à Bethléem pour accoucher
dans cette ville, ou rester à Nazareth, ce qui pour elle
simplifierait tellement les choses ?
Ce n'est pas à nous de réaliser les prophéties. Il nous
appartient seulement d'être fidèles là où Dieu nous visite, et
de savoir attendre de Lui, dans la soumission,
l'accomplissement de ses desseins.
Malgré les apparences, Dieu gouverne le monde et règne
au-dessus de tous les Césars.
— 81 —
Aussi, est-ce par un édit d'Auguste, ordonnant un
recensement de toute la terre que joseph et Marie se
trouveront au jour et à l'heure de l'accouchement, au lieu
annoncé par les prophètes.
La volonté de Dieu s'accomplit toujours par la puissance
de Dieu et est toujours conforme à la lettre de l'Écriture.
Dieu ne nous demande pas de réaliser aujourd'hui, d'une
manière charnelle, ou parce que nous en aurions le loisir, ce
qu'Il attend que nous accomplissions demain, avec la force
qu'Il communiquera.
Mais demain, à l'heure qu'Il voudra, Il réclamera de nous
une obéissance totale à sa volonté clairement révélée.
Aucune circonstance, aucun travail, aucune fatigue ne devra
nous arrêter.
Soumis aux autorités et malgré l'état de Marie, Joseph s'en
ira comme tout le monde en sa propre ville, afin de se faire
inscrire avec la femme qui lui était fiancée.
Pendant qu'ils étaient là, le temps où Marie
devait accoucher arriva, et elle enfanta son fils
premier-né. Elle l'emmaillota. et le coucha dans
une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place
pour eux dans l'hôtellerie.
(Luc 2, v. 6.7).
Nous voici donc à Bethléem.
— 82 —
Mais, là encore, les choses ne vont pas se passer comme
nous pourrions le désirer, ou comme notre imagination
pieuse pourrait prévoir l'accomplissement d'un événement
divin.
Tout est fait pour nous déconcerter ou nous scandaliser.
Ni le cadre de la naissance du Christ, ni les acteurs qui
évoluent autour de Jésus, ne semblent correspondre à la
dignité qui revient au Fils de Dieu.
Ce n'est pas dans l'hôtellerie que va naître le Sauveur,
mais dans une grotte obscure servant d'étable aux animaux.
C'est dans une crèche que Marie déposera son enfant et
c'est là que de pauvres bergers viendront pour le trouver.
Sur la terre, la présence de Jésus en nous n'ouvre pas
nécessairement toutes les portes.
Au contraire, en certains lieux, il n'y aura point de place
pour nous ici-bas. « Si le monde ne nous connaît pas, c'est
parce qu'il ne L'a pas connu. » Cependant, « toutes choses
concourent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu, de
ceux qui sont appelés selon son dessein. »
Dieu veut apprendre à ceux qu'Il a choisis pour accomplir
sa volonté, que son salut gratuit doit être annoncé d'abord
aux pauvres et aux ignorants.
— 83 —
LES BERGERS DE BETHLÉEM
Il y avait, dans cette même contrée, des bergers
qui passaient dans les champs les veilles de la nuit
pour garder leurs trou-peaux. Et voici, un ange du
Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur
resplendit autour d'eux. Ils furent saisis d'une
grande frayeur. Mais l'ange leur dit : Ne craignez
point ; car je vous annonce une bonne nouvelle,
qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande
joie : c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David,
il vous est né un Sauveur. qui est le Christ, le
Seigneur. Et voici à quel signe vous le
reconnaîtrez : vous trouverez un enfant emmailloté
et couché dans une crèche.
Et soudain il se joignit à l'ange une multitude
de l'armée céleste, louant Dieu et disant :
Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur
la terre parmi les hommes qu'il agrée
(Luc 2,
v. 8.14).
Si le monde ne nous reçoit pas, Dieu va nous rendre
capables de recevoir ceux que le monde méprise, mais que
Lui aime et veut sauver.
Aujourd'hui on consacre des millions pour se faire ouvrir
la porte d'une « hôtellerie » qui n'est pas pour nous, et pour
financer une publicité tapageuse destinée à faire accepter
Jésus-Christ aux foules.
Autrefois, Joseph et Marie acceptaient l'obscurité d'une
étable pour y déposer le trésor de leur coeur.
— 84 —
Alors le ciel s'ouvrait et, sans aucun frais pour joseph et
Marie, une publicité merveilleuse digne du Fils de Dieu se
faisait par un ange environné d'un choeur céleste.
Rien ne manquait à l'annonce ! Le sujet, la date, le lieu,
tout était indiqué. Enfin, le signe qui les conduirait à croire
cette bonne nouvelle, et à reconnaître pour Sauveur l'enfant
de la crèche, leur était révélé.
Lorsque les anges les eurent quittés pour
retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux
autres : Allons jusqu'à Bethléem et voyons ce qui
est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître.
Ils y allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et
Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche.
Après l'avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait
été dit au sujet de ce petit enfant. Tous ceux qui les
entendirent furent dans l'étonnement de ce que
leur disaient les bergers. Marie gardait toutes ces
choses, et les repassait dans son coeur.
Et les bergers s'en retournèrent, glorifiant et
louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et
vu, et qui était conforme à ce qui leur avait été
annoncé.
(Luc 2, v. 15.20).
Irrésistiblement attirés par la propagande céleste au
rendez-vous des méprisés, les bergers vont en hâte à
Bethléem et trouvent tout conforme à ce qui leur avait été
annoncé I Alors, ils s'en retournent glorifiant et louant Dieu
pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu.
— 85 —
Que celui qui lit comprenne, et qu'avec Marie garde
toutes ces choses et les repasse dans son coeur, trouvant son
inspiration dans les choses faites r le ciel pour évangéliser la
terre.
Si nous possédons aujourd'hui la vie de Jésus, si e se
manifeste dans notre chair mortelle, notre témoignage
commencera parmi les pauvres, au n des humbles de ce
monde.
Seulement, ne laissons pas nu le Sauveur dans crèche.
Comme Marie, enveloppons-Le des langes notre amour.
Alors, si nous ne pouvons pas encore montrer le Christ
ailleurs que dans une étable, nous ferons l'expérience que si
Jésus est tout pour notre cœur, ceux que Dieu enverra vers
nous par sa divine puissance, ne verront plus le boeuf l'âne
ou l'endroit misérable, mais uniquement Personne du divin
enfant.
Dans l'étable de Bethléem, ce que les bergers virent, ce
fut le petit enfant. Alors, aussi, ils racontent ce qui leur avait
été dit au sujet de ce petit faut.
De même aujourd'hui, si Christ est réellement né en
nous, les humbles de ce monde sauront voir « le petit enfant
», même si nous n'avons pas de grands moyens pour le
montrer, ni de belles chapelles où présenter.
— 86 —
LES MAGES D'ORIENT
Jésus étant né à Bethléem en Judée, au temps du
roi Hérode, voici, des mages d'Orient arrivèrent à
Jérusalem, et dirent : Où est le roi des Juifs qui
vient de naître? Car nous avons vu son étoile en
Orient, et nous sommes venus pour l'adorer.
Le roi Hérode, ayant appris cela, fut troublé, et
tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les
principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, et
il s'informa d'eux où devait naître le Christ. Ils lui
dirent : A Bethléem en Judée ; car voici ce qui a été
écrit par le prophète :
Et toi, Bethléem, terre de Juda,
Tu n'es certes pas la moindre entre les villes de
Juda,
Car de toi sortira un chef, qui paîtra Israël, mon
peuple.
Alors Hérode fit appeler en secret les mages, et
s'enquit soigneusement auprès d'eux depuis combien
de temps l'étoile brillait. Puis il les envoya à
Bethléem, en disant : Allez, et prenez des
informations exactes, sur le petit enfant ; quand
vous l'aurez trouvé, faites-le moi savoir, afin que
j'aille aussi moi-même l'adorer.
Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici,
l'étoile qu'ils avaient vue en Orient marchait devant
eux jusqu'à ce qu'étant arrivée au-dessus du lieu où
était le petit enfant, elle s'arrêta. Quand ils
aperçurent l'étoile, ils furent saisis d'une très
grande joie. Ils entrèrent dans la maison, virent le
petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et
l'adorèrent ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui
offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la
myrrhe. Puis, divinement avertis en songe de ne pas
retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays
par un autre chemin.
(Matthieu 2, v. 1-12).
— 87 —
Si la bonne nouvelle doit être annoncée aux pauvres et aux
ignorants, souvenons-nous que Dieu aime aussi les riches et
les savants.
Pour eux aussi l'heure viendra où, comme les Mages de
l'Orient, ils pourront voir « le petit enfant » avec Marie sa
mère et se prosterner devant lui pour lui rendre hommage, en
déposant à ses pieds leurs trésors.
Pour trouver Christ, leur voyage sera plus long que celui
des bergers, et leurs difficultés plus grandes. Leur recherche
du Sauveur ne se fera pas sans trouble. Mais, partis un jour
dans la bonne direction, et malgré les obstacles, ils
retrouveront toujours l'étoile qui les conduira dans leur nuit
vers le meilleur trésor et vers la plus grande joie.
Eux aussi seront divinement avertis de ne pas retourner
vers certaines gens qui leur seraient un piège et ils sauront
dans quel chemin Dieu veut les voir marcher pour retourner
à leurs occupations.
LA FUITE EN ÉGYPTE
Lorsqu'ils furent partis, voici, un ange du
Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit :
Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère,
fuis en Égypte, et restes-y jusqu'à ce que je te
parle ; Car Hérode cherchera le petit enfant
pour le faire périr. Joseph se leva, prit de
nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en
Égypte. Il y resta jusqu'à la mort
— 88 —
d'Hérode, afin que s'accomplît ce que le
Seigneur avait annoncé par le prophète : J'ai
appelé mon fils hors d'Égypte.
Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par
les mages, se mit dans une grande colère, et il
envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-
dessous qui étaient à Bethléem et dans tout son
territoire, selon la date donc il s'était
soigneusement enquis auprès des mages. Alors
s'accomplit ce qui avait été annoncé par
Jérémie, le prophète :
On a entendu des cris à Rama,
Des pleurs et de grandes lamentations :
Rachel pleure ses enfants,
Et n'a pas voulu être consolée,
Parce qu'ils ne sont plus.
(Matthieu 2, v. 13.18).
Aujourd'hui, comme aux jours d'Hérode, Dieu ne se laisse
pas devancer par les plans criminels de nos adversaires. Dieu
connaît les pensées et les intentions des coeurs et sait avertir
ses enfants.
Que fera le jeune chrétien devant l'opposition, la menace et
la rage de Satan ?
Il se laissera guider par Celui qui, des cieux, veille sur la
vie du tout petit enfant. Il se retirera où Dieu le conduira.
A cause de Jésus, Joseph et Marie durent descendre en
Égypte. A cause de la vie de Christ en nous, Dieu peut
encore nous conduire à l'écart, mais c'est Lui aussi, qui, à son
heure, nous ramènera de l'exil.
La haine, la persécution, la souffrance, tout cela est dans le
programme du chrétien, et doit arriver afin que l'Écriture soit
accomplie.
— 89 —
LE RETOUR EN ISRAEL
Quand Hérode fut mort, voici, un ange du
Seigneur apparut en songe à Joseph, en
Égypte, et dit : Lève-toi, prends le petit
enfant et sa mère, et va dans le pays
d'Israël, car ceux qui en voulaient à la vie
du petit enfant sont morts. Joseph se leva,
prit le petit enfant et sa mère, et alla dans le
pays
d'Israël.
Mais,
ayant
appris
qu'Archélaüs régnait sur la Judée à la place
d'Hérode, son père, il craignit de s'y rendre
: et, divinement averti en songe, il se retira
dans le territoire de la Galilée, et vint
demeurer dans une ville appelée Nazareth,
afin que s'accomplît ce qui avait été
annoncé par les prophètes : Il sera appelé
Nazaréen.
(Matthieu 2, v. 19-23).
Les hommes passent, les temps changent ; seul Jésus
demeure !
A la mort d'Hérode, un ange intervient à nouveau pour
rappeler Joseph, le petit enfant et sa mère, au pays d'Israël,
non pas dans la ville de David son père, mais à Nazareth la
cité méprisée de Galilée, d'où aucun prophète ne semblait
devoir sortir. Élevé dans cette ville, Jésus sera appelé : «
Nazaréen ».
Là où se manifeste la vie de Jésus, tout est divine-ment
conduit. L'homme ne choisit pas le lieu de son témoignage.
Fidèle, il obéit à la volonté que Dieu lui révèle, et il ne tarde
pas à voir l'Écriture s'accomplir dans sa vie.
— 90 —
L'ENFANT PERDU ET RETROUVE
Les parents de Jésus allaient chaque année à
Jérusalem, à la fête de Pâque.
Lorsqu'il fut âgé de douze ans, ils y montèrent, selon la
coutume de la fête. Puis, quand les jours furent écoulés,
et qu'ils s'en retournèrent, l'enfant Jésus resta à
Jérusalem. Son père et sa mère ne s'en aperçurent pas.
Croyant qu'il était avec leurs compagnons de voyage, ils
firent une journée de chemin, et le cherchèrent parmi
leurs parents et leurs connaissances. Mais, ne l'ayant pas
trouvé, ils retournèrent à Jérusalem pour le cher-cher.
Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple,
assis au milieu des docteurs, les écoutant et les
interrogeant. Tous ceux qui l'entendaient étaient frappés
de son intelligence et de ses réponses. Quand ses parents
le virent, ils furent saisis d'étonnement, et sa mère lui dit
: Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ?
Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse.
Il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez.
vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon
Père ? Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur. disait.
Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth, et il leur
était soumis. Sa mère gardait toutes ces choses dans son
coeur.
Et Jésus croissait en sagesse, en stature et en grâce,
devant Dieu et devant les hommes.
(Luc 2, v. 41-52).
Jésus avait douze ans quand Marie dut apprendre une
leçon importante, et, avec elle, nous devons souvent
repasser son enseignement dans notre coeur.
C'est toujours un grand danger pour nous d'accomplir par
coutume des actes religieux.
— 91 —
Quand ils deviennent pour nous des traditions, sans nous
en apercevoir nous perdons vite le contact avec Jésus.
Accaparés par mille occupations, même pieuses, nous ne
nous rendons pas compte que Jésus n'est plus avec nous.
Cependant, nous le croyons là, faisant partie du voyage ! Et
c'est ainsi que l'on peut cheminer toute une journée sans
souffrir de son absence.
Mais le soir arrive et, quand soudain l'on se soucie de
Jésus, Il reste introuvable. Compagnons de voyage, parents
et connaissances ne nous sont d'aucun secours pour nous
aider à retrouver Celui que nous avons négligé, et perdu...
Où donc Le chercher ? Où donc Le trouver ?
Jésus nous a tellement habitués à sa fidélité, que nous en
arrivons à croire qu'Il doit être toujours là, et que nous
pouvons marcher avec qui nous voulons, bavarder avec qui
nous semble bon, n'avoir aucun contact avec Lui pendant
une journée entière, sans cependant douter un seul instant
que nous Le retrouverons le soir, quand nous aurons terminé
nos affaires...
Dieu veut nous apprendre que la présence de Jésus est une
grâce à chérir plus que toute autre chose, et qu'il ne va pas
de soi qu'Il reste avec nous quand nos pensées ne sont pas
avec Lui.
Pour une journée où nous avons négligé le Seigneur, la
marche est arrêtée... Trois jours de peine et d'angoisse...
— 92 —
Cependant, Jésus n'était pas en danger. Il était resté à
Jérusalem et se tenait assis dans le temple, au milieu des
docteurs, les écoutant et les interrogeant.
Pour retrouver le contact avec Jésus, il faut toujours
revenir à notre point de départ. C'est au temple de Dieu que
le Sauveur est resté et c'est là seulement que nous Le
retrouverons, si nous savons rentrer en nous-mêmes.
Jésus est occupé des affaires de son Père, alors que nous
L'avons oublié pour nous occuper de nos propres affaires.
N'accusons pas le Seigneur d'avoir mal agi avec nous,
mais rentrons en nous-mêmes. Nous comp rendrons alors
que si nous avons dû Le chercher durant trois jours, si nous
avons été dans la peine et l'angoisse, c'est bien parce qu'un
matin, nous sommes partis sans Lui et que toute une journée
toujours sortis de nous-mêmes nous nous sommes éloignés
de Lui.
On ne perd Jésus qu'en s'éloignant de Lui. Et ce qui nous
éloigne de Lui, ce sont les affaires et les soucis de la terre.
C'est auprès de son Père que le Christ se trouve.
Recherchons premièrement le royaume de Dieu et sa justice,
et si même comme Marie et Joseph, nous ne comprenons
pas toutes les paroles et les pensées du Seigneur, nous Le
verrons redescendre
— 93 —
avec nous à Nazareth, entrer dans nos occupations et
préoccupations pour y manifester de plus en plus sa vie, sa
sagesse et sa grâce devant Dieu et devant les hommes.
Après avoir bien compris cet enseignement que Marie
gardait dans son coeur, il nous faut revenir à une leçon
qu'elle avait apprise dans ce même temple de Jérusalem,
quarante jours après la naissance de Jésus, à l'heure où, pour
la première fois, elle y avait conduit son Fils.
LA PROPHÉTIE DE SIMÉON
ET SON ACCOMPLISSEMENT
Le huitième jour, auquel l'enfant devait
être circoncis, étant arrivé, on lui donna le
nom de Jésus, nom qu'avait indiqué l'ange
avant qu'il fût conçu dans le sein de sa mère.
Et, quand les jours de leur purification furent
accomplis, selon la loi de Moise, Joseph et
Marie le portèrent à Jérusalem, pour le
présenter au Seigneur — suivant ce qui est
écrit dans la loi du Seigneur : Tout mâle
premier-né sera consacré au Seigneur — et
pour offrir en sacrifice deux tourterelles ou
deux jeunes pigeons, comme cela est prescrit
dans la loi du Seigneur.
Et voici, il y avait à Jérusalem un homme
appelé Siméon. Cet homme était juste et
pieux, il attendait la consolation d'Israël, et
l'Esprit-Saint était sur lui. Il avait été
divinement averti par le Saint-Esprit qu'il ne
mourrait point avant d'avoir vu le Christ du
Seigneur, il vint au temple, poussé par
l'Esprit. Et, comme les parents apportaient
— 94 —
le petit enfant Jésus pour accomplir à son
égard ce qu'ordonnait la loi, il le reçut dans ses
bras, bénit Dieu et dit :
Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur
S'en aller en paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu ton salut,
Salut que tu as préparé devant tous les peuple,
Lumière pour éclairer les nations,
Et gloire d'Israël, ton peuple.
Son père et sa mère étaient dans l'admiration
des choses qu'on disait de lui.
(Luc 2, v. 21-33).
Lors de ce premier voyage à Jérusalem, Marie n'était pas
montée au temple « selon la coutume de la fête », mais pour
présenter son enfant au Seigneur, et pour accomplir à son
égard ce que prescrivait la loi de Moïse.
Portant son enfant dans ses bras, tout occupée de lui,
Marie avait vu et entendu des choses merveilleuses.
Un pieux vieillard, divinement averti qu'il ne mourrait
point avant d'avoir vu le Christ du Seigneur, survint au
temple, poussé par l'Esprit, au moment où les parents de
Jésus se soumettaient aux exigences de la Parole.
De la bouche de Siméon, Marie qui venait de présenter au
Seigneur l'offrande du pauvre, avait reçu la confirmation que
son trésor était vraiment le Salut de Dieu, la Lumière pour
éclairer les nations, et la gloire du peuple d'Israël.
— 95 —
Aussi, Marie et Joseph étaient-ils dans l'admiration des
choses qu'on disait de Lui.
Comme il est bon aujourd'hui encore — lors-que dans
notre faiblesse nous accomplissons la volonté du Seigneur —
d'entendre des personnes pieuses, comme Siméon et Anne,
rendre témoignage à la vie de Dieu que nous possédons, et
aux mer-veilleuses possibilités que cette vie nous donne pour
nous-mêmes et pour les autres.
Mais c'est alors que Dieu, au moment même où Il nous
donne sa bénédiction, nous prépare à entendre des choses
que notre coeur charnel n'aurait pu supporter sans sa grâce
prévenante :
Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère : Voici,
cet enfant est destiné à amener la chute et le
relèvement de plusieurs en Israel, et à devenir un
signe qui provoquera la contradiction, et à toi-
même une épée te transpercera l'âme, afin que les
pensées de beaucoup de coeurs soient dévoilées.
(Luc 2, v. 34-35).
Marie devait savoir que la vie de son enfant deviendrait
un signe qui provoquerait la
contra-diction parmi les
hommes, et qu'elle-même connaîtrait la souffrance. Une épée
transpercerait sa propre âme, lorsque l'opposition des
hommes irait jusqu'à clouer le Sauveur sur la Croix, cette
Croix où les pensées des coeurs se trouvent révélées, le
Crucifié suscitant la foi ou l'incrédulité, l'amour ou la haine
de plusieurs.
— 96 —
C'est une vie de souffrance qui fut promise à Marie au
moment même où elle recevait la bénédiction du vieillard
Siméon. La mère de l'homme de douleur sera aussi la mère
douloureuse.
La souffrance, l'épée sont dans son programme. Un
tranchant est pour Jésus, l'autre pour Marie et pour tous
ceux qui, avec elle, sont sauvés par les meurtrissures du
Crucifié.
C'est à la communion de ses souffrances que le Christ
nous appelle, afin que nous soyons rendus conformes à Lui
dans sa mort pour l'être aussi dans sa glorieuse résurrection.
C'est à Le suivre dans le renoncement à tout, à Le suivre
jusqu'à la mort et à la mort de la Croix que Dieu convie
ceux qu'Il bénit de toutes bénédictions spirituelles dans les
lieux célestes en Christ.
C'est vers la Croix en effet que marchera Marie.
C'est là que nous la retrouverons debout et silencieuse,
laissant parler son Fils, qui décide de son sort.
Son enseignement suprême pour toutes les générations
qui la diront « bienheureuse », Marie l'avait donné une fois
pour toutes à Cana, en sept mots simples et lumineux :
« Faites tout ce qu'Il vous dira. »
Ce sont ces paroles qui délivrent les hommes de leurs
difficultés. Elles leur apportent ce qui leur
— 97 —
manque : le vin meilleur, la joie parfaite que procure
l'obéissance aux commandements du Fils de Dieu.
Marie a mis au monde son Fils, non pour que l'on parle
d'elle, mais toujours de Lui,
non pour qu'on regarde à elle, mais toujours à Lui,
non pour qu'on l'aime elle, mais toujours Lui, qui de sa
plénitude nous donne grâce sur grâce.
Voilà Marie ! Marie dans l'ombre de la Croix ! Marie
vraiment humaine, priant au milieu de ses frères et avec ses
frères, le seul Médiateur entre Dieu et les hommes :
Celui qui seul est assis à la droite de Dieu et intercède pour
nous,
Celui qui seul possède l'immortalité,
Celui qui seul a détruit la mort et a mis en évidence la vie
et l'incorruptibilité par l'Évangile,
Celui qui vient bientôt, notre glorieux Sauveur et Seigneur
Jésus-Christ.
Il nous demande à tous qu'à l'instar de Marie, la servante
du Seigneur, nous sachions Le montrer, Lui, au monde qui
L'ignore.
Alors, quand Lui qui est notre vie sera manifesté, Il nous
manifestera avec Lui en gloire.
― 98 ―
C'est Lui, Jésus, qui en son jour, présentera Marie glorifiée
avec tous ceux qui, comme elle, n'auront eu de regard et
d'amour que pour Lui,
tous ceux qu'Il n'a pas honte d'appeler, encore aujourd'hui :
« ses frères ».
FIN
TABLE DES MATIÈRES
Pages
Au lecteur ................................................................9
Introduction ...........................................................11
CHAPITRE PREMIER
L'Annonciation ..........................................17
CHAPITRE II
De l'Annonciation au Magnificat ..............39
1. La Visitation ........................................49
2. Le Magnificat ......................................55
CHAPITRE III
La servante du Seigneur ............................65
1. La Fiancée de Joseph ...........................74
2. La Naissance de Jésus ..........................80
3. Les Bergers de Bethléem .....................84
4. Les Mages d'Orient ..............................87
5. La Fuite en Égypte ...............................88
6. Le Retour en Israël ...............................90
7. L'Enfant perdu et retrouvé ....................91
8. La Prophétie de Siméon et son accomplis-
sement
94
GASTON RACINE
Né en Suisse en 1917. De descendance huguenote, il se
convertit au Christ à l'âge de 14 ans, où il reçut une vision
particulière de l'unité des chrétiens.
Arrêté en pleine jeunesse par la maladie, il apprit à l'École
de la souffrance à renoncer à ses plans et projets les plus
chers pour se soumettre à la volonté de Dieu.
Après plus de quarante années de ministère pastoral et
d'enseignement biblique dans divers pays du monde, tout en
restant foncièrement attaché à la révélation divine telle
qu'elle est attestée dans l'Écriture sainte, Gaston Racine
demeure humblement disponible pour servir son Dieu où Il
veut, comme Il veut, et quand Il veut. Pour accomplir cette
vocation, depuis 1947, G.R. ne dépend d'aucune Eglise
particulière.
LES LEÇONS DE MARIE, MÈRE DE JÉSUS.
Cet ouvrage est la réimpression intégrale au Canada, du
texte original paru en France en 1957, plus de cinq années
avant l'ouverture du Concile Vatican Il.
Comme dans ses autres écrits, l'auteur s'efforce de parler à
la conscience et au coeur de ses lecteurs, en exaltant par le
Saint Esprit, la Personne du Christ, le Fils unique du Père, le
Sauveur du monde et le seul Seigneur de tous les hommes.
C'est dans ce sens qu'il faut lire ce qu'il écrit à la page 98:
"Marie a mis au monde son Fils, non pour qu'on parle
d'elle, mais toujours de Lui, Non pour qu'on regarde à elle,
mais toujours à Lui,
Non pour qu'on l'aime elle, mais toujours Lui."
