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Gaston Racine
ÊTRE
CHRÉTIEN
1957
En vente chez l'Auteur :
"Le Refuge", 21, avenue Cernuschi
NICE (A.-M.)

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A mes enfants,
Hélène, Françoise, Jean-Bernard, Daniel et Grâce.

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GASTON RACINE
ÊTRE
CHRÉTIEN
1957
En vente chez l'Auteur :
"Le Refuge", 21, avenue Cernuschi
NICE (A.-M.)
C.C.P. MARSEILLE 1772-60

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DU MÊME AUTEUR
« Un message de Dieu aux veuves ».
1938
«Opinions ou Convictions ? La Foi ».
1943
« Révolté, Résigné, Vainqueur?».
1946
« L'Unité du Corps de Christ ».
1948
« Jésus revient !... Es-tu prêt ?... »
1951
« Le vrai visage de l'Affliction ».
1952
**
Textes abrégés de Conférences :
1956
« Dieu est-il responsable du péché?».
« L'Athéisme pratique ».
« Croyance ou Foi ».
« Connaissance ou obéissance ».
« Que pensez-vous du Christ ? ».
« Peut-on naître de nouveau?»
« L'homme face à la souffrance ».
« L'homme face à le mort ».
« «Vivre».
« L'homme et sa destinée ».
« Le monde et sa destinée ».
« L'Église et sa destinée »
« Israël et sa destinée ».
A paraître prochainement :
«Les Leçons de Marie, Mère de Jésus ».
«« Le Christ Inconnu ».

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Préface
Ces messages bibliques, apportés à Paris au cours
d'une mission destinée à préparer quelques communautés
évangéliques à un effort d'évangélisation, ont été
enregistrés par les soins de notre ami et frère, M.
Jacques Blocher, pasteur du Tabernacle. Revus et
condensés par l'auteur, ils parurent en 1956 dans le
périodique « Servir en L'attendant ».
Je me suis efforcé de leur conserver leur forme
directe et improvisée. Qu'on ne s'étonne donc point de
trouver dans ces pages tous les caractères du style parlé
: langage mordant, appel à la conscience et au coeur,
répétitions nécessaires pour lier ces messages les uns
aux autres et faire pénétrer un enseignement précis dans
les âmes.
Bien qu'il ne s'agisse pas d'études bibliques
proprement dites, le lecteur attentif reconnaîtra sans
peine que l'autorité de ces messages repose uniquement
sur la Parole de Dieu, chaque pensée exprimée se
rattachant à une référence scripturaire
7 —

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et non à un sentiment personnel. C'est pourquoi j'ai cru
devoir indiquer les nombreux textes qui ont inspiré et
nourri mes pensées.
Que Dieu accompagne ces pages et qu'elles
contribuent à hâter le renouvellement du témoignage
chrétien, en vue du Retour de Jésus-Christ et du salut
de beaucoup d'âmes.
G. R.
Nice, avril 1957.
8 —

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Introduction
Savez-vous qu'il y a, à l'heure actuelle, un grand nombre
d'hommes et de femmes qui cherchent dans ce monde « un
chrétien » ?
Cette affirmation ne laissera pas de vous sur-prendre.
Comment, direz-vous, sont-ils les seuls dans nos villes et
nos campagnes à ne pas connaître nos églises, nos temples,
nos chapelles et nos salles évangéliques ? N'ont-ils pas
entendu parler des grandes missions d'évangélisation
organisées par nos communautés en vue d'atteindre les masses
déchristianisées ?
Il est vrai que les édifices religieux — quoique moins
nombreux que les bars et les salles obscures — ne manquent
pas aujourd'hui et que les foules qui le désirent ont plus
souvent qu'autrefois l'occasion d'entendre la prédication de
l'Évangile. Il est même possible de l'écouter sans sortir de
chez soi, en tournant simplement le bouton de la radio.
— 9—

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Mais entendre un message, entrer dans un édifice
religieux, ce n'est pas encore avoir trouvé « un chrétien ».
Or, ce chrétien, consciemment ou inconsciemment,
l'ouvrier, dans son usine, le cherche parmi ses camarades ; le
commis, dans son bureau, voudrait le rencontrer chez ses
collègues ; l'employé aimerait le trouver chez son patron, le
client chez le commerçant, et le vendeur chez l'acheteur ;
l'étudiant se réjouirait de le découvrir parmi ses condisciples,
et l'élève chez ses maîtres.
Ami lecteur qui te réclames de Jésus-Christ, quels que
soient ton âge, ton occupation, ta position sociale, des yeux te
contemplent, des oreilles t'écoutent et cherchent à discerner
dans ton comportement, dans tes actes et tes paroles, un reflet
de la vie de Jésus.
Es-tu chrétien ?
Cette question pourra paraître intolérable à certains. Ne
laisse-t-elle pas supposer que plusieurs lecteurs ne sont pas ce
qu'ils devraient être, et ne rendent pas au Seigneur un
témoignage digne de Lui ?
Sans avoir peut-être les sentiments de Koré, de Dathan et
d'Abiram, ne diront-ils pas en leur coeur : « C'en est assez !
Car toute l'assemblée, tous sont saints, et l'Éternel est au milieu
d'eux » ? (1) Ne
(1) Nomb. 16 v. 3
— 10 —

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sommes-nous pas fidèles aux Écritures, des hommes et des
femmes de la Bible ? Ne nous rassemblons-nous pas au Nom
du Seigneur, et n'est-Il pas le centre de notre culte ?
Ne serait-il pas utile de nous rappeler davantage la parole
solennelle que l'Éternel adresse à son peuple : « Ne mettez pas
votre confiance en des paroles de mensonge, disant : C'est ici le
temple de l'Éternel, le temple de l'Éternel, Le temple de
l'Éternel! Mais si vous amendez réellement vos voies et vos
actions, si vous faites réellement la justice la justice entre un
homme et son prochain, si vous n'opprimez pas l'étranger,
l'orphelin et la veuve, et que vous ne versiez pas le sang
innocent dans ce lieu, et que vous ne marchiez pas après
d'autres dieux pour votre dommage, je vous ferai demeurer
dans ce lieu. » (2)
Il ne suffit donc pas de dire : « Nous avons la vérité », ou
de répéter : « Nous sommes dans la vérité », pour qu'il en soit
ainsi aux yeux de Dieu et du monde.
C'est pourquoi, en nous inspirant de la seconde épître de
Paul aux Corinthiens, et en nous exhortant nous-même, nous
voudrions, au cours des pages suivantes, vous présenter
différents aspects du témoignage chrétien.
Toutefois, avant d'entrer dans le vif du sujet, il nous paraît
utile, en un premier chapitre, de définir notre position vis-à-vis
de la Bible.
(2) Jér. 7 v.4-7
— 11 —

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CHAPITRE PREMIER
Fidélité à la Bible
Le titre de ce chapitre n'est peut-être pas très exact, nous
dirons même, au risque de paraître paradoxal, pas très biblique.
Nous nous comprenons cependant : il ne s'agit pas de
fidélité à un livre, si précieux soit-il, mais d'attachement à la
Parole de ce livre, à la doctrine, à la Vie, à la Personne que
nous révèle la Bible.
Deux dangers nous menacent constamment :
L'orthodoxie morte et le libéralisme.
Il est parfois troublant de rencontrer des gens accusés de
libéralisme qui « vivent » les enseignements de l'Écriture et de
voir d'ardents défenseurs de l'orthodoxie négliger de pratiquer
les paroles du Christ.
Certes, nous avons sans cesse, et partout où nous
— 13 —

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allons, une Bible dans notre poche. Mais à quoi cet
attachement nous servirait-il et serait-il utile aux autres si ce
que dit « le Livre » n'agissait pas dans notre vie ?
Nous avons besoin du Livre pour diriger notre vie, mais
Dieu ne veut pas que nous en restions au Livre.
Il est une boussole qui nous conduit, un phare qui nous
fait éviter les récifs, une lampe qui nous éclaire dans la nuit.
Mais ni la boussole, ni le phare, ni la lampe n'ont de fin en
eux-mêmes et n'existent pour eux-mêmes.
De même, la Bible n'a d'importance qu'en raison de ce
qu'elle révèle d'une manière transcendante :
Le Dieu unique, notre Créateur et notre Rédempteur.
C'est une lettre sans prix en raison de l'absence de l'auteur.
Si l'homme était resté avec Dieu, il n'y aurait pas de Bible.
On ne s'écrit que lorsqu'on est séparé.
S'il y a une Bible aujourd'hui, c'est à cause du péché qui a
privé l'homme de la contemplation directe de Dieu.
Quand Jésus était sur la terre, il n'avait recours à l'Écriture
que pour prouver son origine, et démontrer qu'Il était bien
Celui dont chaque page est
— 14 —

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remplie (1). Les Écritures devaient conduire les Juifs au Christ
(2).
Les pharisiens, hélas ! préférèrent le Livre à la Personne. Ils
n'allèrent pas jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au Christ, et leur
attachement au Livre et à leurs traditions les conduisit à
crucifier Jésus (3).
La lettre non vivifiée par l'Esprit les a rendus aveugles et
criminels. Tout cela peut encore se produire aujourd'hui (4).
Que personne, cependant, ne croie que nous cherchons à
diminuer la valeur du Livre par excellence.
Notre but, au contraire, est de montrer à la lumière des
Écritures quelle est la véritable fidélité à la Parole de Dieu.
Qu'est-ce que la fidélité ?
Selon l'Écriture, on peut distinguer trois genres de fidélité:
La fidélité de Dieu.
La fidélité de l'homme naturel.
La fidélité du chrétien.
1. Considérée en Dieu, la fidélité est la perfection qui
consiste en l'action continue de son
(1) Luc 4 v. 16-21 Luc 24 v. 27
(2) Jean 5 v. 39-40
(3) Jean 8 v. 37-47
(4) 2 Cor. 3 v. 6
— 15 —

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amour à travers les temps, et malgré les obstacles. « Dieu est
fidèle ! » (5).
On est fidèle à ce qui est plus grand que soi. Dieu n'ayant
rien au-dessus de Lui est absolument fidèle à lui-même. « Il n'y
a en Lui ni changement, ni l'ombre d'une variation ». (6)
Ses pensées sont immuables, ses paroles éternelles, ses
actes irréprochables.
C'est sa fidélité qui donnera à ses promesses un plein
accomplissement (7) Il achèvera l'oeuvre qu'il a commencée en
nous (8).
Sa fidélité est inébranlable (9). Elle atteint jusqu'aux nues
(10) et demeure à toujours (11).
2. Considérée en l'homme, la fidélité est une vertu naturelle,
la force qui consiste en un ferme attachement aux promesses
faites (12), au dessein arrêté (13), à la personne aimée (14), à
l'idéal conçu au point de vue moral (15)
.
On voit ainsi des hommes de tout âge, et de toute tendance,
être fidèles à leur patrie, leur foyer, leur femme, leurs amis, leur
club, leur parti, leur
(5) 1 Cor. 10 v. 13
(6) Jacq. 1 v. 17
(7) Néh. 9 v. 8
— Rom. 4 v. 20-21
(8) Phil. 1 v. 6
— Ps. 138 v. 8
(9) Es. 49 v. 7
(10) Ps. 36 v. 6 (1l) Ps. 119 v. 90
(12) Gen. 31 v. 45-54
(13) Juges 11 v. 39

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(14) 1 Sam. 20 v. 17
(15) Gal. 1 v. 14
— 16 —

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église, à un objet, à des coutumes et traditions. Il n'est pas
nécessaire d'être chrétien pour avoir cette fidélité (16).
3. Chez l'enfant de Dieu authentique, la fidélité est un fruit
de l'Esprit (17).
C'est un attachement créé par l'Esprit pour les choses d’En-
haut, pour ce qui plaît à Dieu, pour ce qui vient de Dieu (18).
C'est ce qui nous lie à Dieu Lui-même, à sa volonté qui est la
Loi suprême, quelles que soient :
Les circonstances adverses,
les tentations incessantes de l'égoïsme et du monde,
l'ingratitude des hommes et
la ruine de nos espérances.
La fidélité à la Bible doit être un fruit de l'Esprit et non un
zèle charnel qui conduit à l'aveuglement et au fanatisme.
La source de la fidélité chrétienne, c'est l'amour. Sa cause,
la grandeur de Dieu.
Son but, la gloire de Dieu.
Son objet : Dieu Lui-même.
Ses conséquences, une obéissance totale aux ordres divins.
Son modèle, Jésus-Christ, « le témoin fidèle » (19)
(16) 2 Rois 12 v. 15
(17) Gal. 5 v. 22
(18) Col. 3 v. 1-3
(19) Apoc. 2 v. 22
— 17 —

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Ses résultats, la paix du coeur, et des âmes sauvées.
Il y a donc fidélité :
Si la Source qui l'alimente est l'amour de Dieu versé
dans nos coeurs par le Saint-Esprit (20). Les pharisiens
fidèles n'avaient pas l'amour de Dieu en eux (21).
Si la Cause qui nous fait agir est la grandeur et la majesté
de Dieu reconnues, et sa Seigneurie acceptée (22).
Si le But que nous nous proposons constamment est la
gloire de Dieu et non la nôtre (23)
.
Si son Objet est Dieu Lui-même devenu le centre de nos
affections (24)
.
La fidélité chrétienne n'existe que si elle se manifeste par
une obéissance sans condition et sans limite qui va jusqu'à la
mort (25)
.
Elle n'a de valeur que si elle est conforme à celle de
Jésus-Christ (26)
.
Enfin, les résultats de la fidélité se manifestent dans le
coeur du croyant par une bonne conscience, source de paix et
de sérénité, et, autour de lui, par un témoignage qui porte de
bons fruits (27).
(20) Rom. 5 v. 5
(21) Jean 5 v. 42
(22) Ps. 45 v. 11
(23) Jn 5 v. 44
Jn 12 v. 43
(24) Act. 16 v. 15
(25) Apoc. 2 v. 10
(26) Phil. 2 v. 5-11
(27) 1 Pi. 3 v. 8-17

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18 —

Page 18
*.*
A la lumière des points précédents, nous pouvons dire
maintenant que la fidélité à la Bible n'est donc pas :
1. Une simple reconnaissance de l'inspiration verbale
des Écritures.
2. L'adhésion à une confession de foi rédigée dans un
langage orthodoxe consommé.
3. La proclamation véhémente de notre attache-ment
aux principes fondamentalistes.
4. La réputation d'être théopneuste.
Ne nous y trompons pas ! Comme on peut se croire
sauvé et ne pas l'être, on peut se croire fidèle à la Bible et
s'illusionner (28).
Gardons-nous aussi de confondre fidélité à la Bible
avec fidélité :
à une interprétation,
à un système doctrinal,
à la tradition, aux coutumes, à son église,
aux principes de sa communauté.
La fidélité à la Bible n'est pas non plus un simple
attachement à un Livre extraordinaire.
(28) Matt. 7 v. 21

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19 —

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Elle n'a aucune valeur si elle n'est pas une fidélité à la
Parole vivante, à la Personne ineffable révélée par la Bible,
au Christ !
Si la Bible est reconnue comme la révélation de Dieu aux
hommes, si cette révélation est acceptée, elle s'imposera à
nous, aura autorité sur nos coeurs, et nous conduira à
l'obéissance.
Ce Livre nous instruira, nous critiquera, nous reprendra et
nous laisserons cette parole réformer notre vie (29).
En définitive, la fidélité à la Bible est donc manifestée :
1. Si on laisse l'Écriture corriger dans notre vie ce qui
n'est pas conforme à son enseignement.
2. Si on permet à l'Écriture de reprendre, de modifier
dans nos églises et communautés, ce qui n'est pas en harmonie
avec ce qu'elle déclare.
3. Si on met l'Écriture au-dessus des hommes de réveil,
des réformateurs, des Pères, des traditions, des coutumes, des
habitudes.
4. Si on laisse la Parole diriger nos pas dans ce monde,
n'étant plus guidés par les principes du monde.
5. Si on n'emploie plus la Bible pour y chercher la
confirmation ou la justification de nos pensées, de
(29) 2 Tim. 3 v. 16-17
20 —

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nos principes, de nos coutumes, qu'on sait très bien être
étrangers au Christ.
En conclusion, chacun peut mesurer la valeur qu'il
accorde à la Bible, au prix que le Christ a pour son coeur.
Et la valeur que le Christ a pour nous se mesure à
notre obéissance à ses commandements.
Cette obéissance trouve elle-même sa source dans
l'amour que nous avons pour Celui qui a parlé.
Et cet amour naît dans nos coeurs en réponse à la
révélation de son amour pour nous à la Croix.
La fidélité à la Bible n'est donc pas un attache-ment à
un texte, mais à la Personne qui a inspiré ce texte.
Il y a un amour du texte qui est du pharisaïsme et qui
tue. Un amour pour la Bible qui ne transforme pas la vie
est de l'idolâtrie, et offre autant de danger que le
libéralisme (30)
.
Que notre attachement à la Bible se manifeste non
plus par des paroles, ou par une simple prise de position
doctrinale, mais par une vie qui soit tous les jours un
témoignage rendu à Jésus-Christ.
La ruine du témoignage chrétien ne vient pas des
grands négateurs, mais de tous ceux qui affirment et ne
vivent pas !
(30) 1 Jn. 5 v. 21
-- 21 —

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Quand nos vies deviendront davantage le parfum, la lettre
et l'image du Christ, quand nous ferons vraiment fonction
d'ambassadeurs pour le Christ, quand nos coeurs seront le
temple du Dieu vivant, et notre attitude dans le monde, celle
d'hommes en Christ, la Bible aura alors ses témoins véritables
et fidèles.
22 —

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CHAPITRE II
Le Parfum de Christ
Être chrétien, selon l'apôtre Paul, c'est être premièrement le
parfum de Christ, partout où nous sommes.
Écoutons-le plutôt : « Grâces soient rendues à Dieu, qui
nous fait toujours triompher en Christ, et qui répand par nous en
tout lieu l'odeur de sa connaissance ! Nous sommes, en effet,
pour Dieu, la bonne odeur de Christ, parmi ceux qui sont
sauvés et parmi ceux qui périssent : aux uns, une odeur de mort,
donnant la mort ; aux autres, une odeur de vie, donnant la vie.
Et qui est suffisant pour ces choses ? » (1)
Pour que ces paroles ne restent pas de beaux textes
pauliniens, mais deviennent des réalités dans nos vies, il faut
avoir, en réponse aux appels de la
(1) Cor. 2 v. 14-16
23 —

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grâce, renoncé à soi-même (2), et s'être laissé plonger dans le
Saint-Esprit (3) qui, par le baptême, nous identifie au Christ
dans sa mort et dans sa résurrection (4). La mort et la vie de
Jésus deviennent alors, par la foi, des réalités opérantes en nous
et autour de nous (5).
Nous ne sommes donc plus ici-bas pour nous-mêmes, mais
pour Dieu. Nous ne vivons plus pour nous-mêmes, mais pour
Celui qui est mort et ressuscité pour nous (6).
Ainsi, avec l'apôtre, les croyants peuvent rendre grâces à
Dieu qui, en Christ, les fait toujours triompher, voulant
répandre par eux l'odeur de sa connaissance en tout lieu. Cette
odeur, c'est celle du Christ Lui-même qui, par sa présence en
nous, continue son incarnation dans le monde, de telle manière
que les souffrances et les joies du chrétien deviennent celles de
Jésus Lui-même (7).
Parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent,
Christ devient en nous pour les uns, une odeur de vie qui donne
la vie, et pour les autres, une odeur de mort qui donne la mort.
Dans ce monde, le chrétien ne vit donc pas seulement e
parmi ceux qui sont sauvés », jouissant avec eux de tout ce que
donne la vie même du Père
(2) Malt. 16 v. 24
(3) 1 Cor. 12 v. 13
(4) Rom. 6 v. 3-7
(5) 2 Cor. 4 v. 10-12
(6) 2 Cor. 5 v. 15
(7) 1 Pi. 4 v. 12-16
— 24 —

Page 25
et du Fils (8). Il est entouré également de « ceux qui périssent ».
Comment ne pas être saisis par ces paroles qui reviennent
quatre fois dans le Nouveau Testament ? Oui, tout autour de
nous, des âmes périssent ! Et pourtant, nous savons que « Dieu
a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique, afin que
quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie
éternelle » (9).
« Ceux qui périssent » , nous dit l'apôtre, sont ceux qui
n'ont pas reçu l'amour de la vérité pour être sauvés (10)
.
La prédication de la Croix est une folie pour eux (11). La
bonne odeur de Christ, une odeur de mort (12). Incrédules,
l'Évangile leur est encore voilé parce que le dieu de ce siècle a
aveuglé leur intelligence (13)
.
Cette vérité à aimer, c'est à nous chrétiens de la manifester.
Cette prédication de la Croix, c'est à nous de la faire retentir.
Cette bonne odeur de Christ, c'est à nous de la répandre. Cet
Évangile voilé, c'est à nous de le vivre parmi ceux qui péris-
sent, afin que naisse dans leur coeur l'amour de la vérité qu'ils
auront reconnue, entendue, sentie et contemplée incarnée en
nous.
(8) 1 Jn 1 v. 3-4
(9)
Jn. 3 v. 16
(10) 2 Thess. 2 v. 10
(11) 1 Cor. 1 v. 18
(12) 2 Cor. 2 v. 15-16
(13) 2 Cor. 4 v. 3-4
— 25 —

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Comment « ceux qui périssent » pourront-ils reconnaître et
aimer la vérité, s'ils ne voient pas les chrétiens y marcher ?
Comment accepteront-ils la prédication de la Croix, s'ils ne
voient pas qu'elle est une puissance de Dieu en ceux qui
croient ?
Comment le parfum de Christ sera-t-il « odeur de vie » si
ceux qui périssent ne respirent pas à notre contact l'arôme
excellent d'une vie qui est une lumière, et dont le fruit consiste
en toute sorte de bonté, de justice et de vérité ? (14)
Comment le voile qui les aveugle sera-t-il déchiré, si nous
sommes encore soumis à l'influence du dieu de ce siècle, nous
conformant à ses désirs ?
Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et
parviennent à la connaissance de la vérité, et s'il n'y a qu'un
seul médiateur entre Dieu et les hommes (15), il appartient
cependant aux chrétiens de conduire les hommes au Sauveur
(16). Mais qui est suffisant pour ces choses ? Ou qui donc est à
la hauteur d'une telle tâche ?
Dieu ne nous demande pas d'improviser de nouvelles
méthodes pour sauver les âmes, ni de multiplier nos efforts
pour prêcher aux foules. Il attend que les chrétiens soient dans
ces foules, dans leurs relations avec les impudiques, les
cupides, les
(14) Ephés. 5 v. 8-9
(15) 1 Tim. 2 v. 3-7
(16) Jn 1 v. 42
— 26 —

Page 27
ravisseurs et les idolâtres de ce monde, le parfum de Christ !
(17)
Plusieurs activités dites chrétiennes ne sont, en réalité, que
des oeuvres mortes (18). Semblables aux mouches mortes, elles
infectent le témoignage chrétien, et corrompent l'huile du
parfumeur (19)
.
Quelle odeur avons-nous pour Dieu ? Quel parfum respire-
t-Il de nos oeuvres et de nos vies
Il n'y a qu'une odeur qui soit agréable à Dieu : celle qui,
jadis, montait des holocaustes offerts sur l'autel par Noé (20),
puis par Aaron et ses fils (21)
.
C'est ainsi que l'apôtre nomme le
sacrifice du Christ : « un parfum de bonne odeur » (22)
.
De même, c'est par l'offrande de notre corps, de notre être
tout entier, en sacrifice vivant et saint, que nous serons
agréables à Dieu, et que notre service pour Lui sera vraiment
intelligent (23)
.
Le culte raisonnable, aux yeux de Dieu, n'est pas celui que
les chrétiens célèbrent sous une forme ou sous une autre, le
dimanche matin. C'est une vie livrée sur l'autel, une
consécration totale, renouvelée chaque matin, et engageant
notre être tout entier (24)
.
(17) 1 Cor. 5 v. 9-10
(18) Héb. 9 v. 14
(19) Ecclés. 10 v. 1
(20) Gén. 8 v. 20-21
(21) Lev. 1 v. 1-17
(22) Ephès. 5 v. 2
(23) Rom. 12 v. 1-2
(24) Heb. 13 v. 15 — Ps. 103 v. 1
— 27 —

Page 28
Quand Jésus-Christ a été réellement accepté pour Sauveur,
Il ne reste pas un étranger dans notre vie. Il en devient le
Maître, le Seigneur, et transforme non seulement notre manière
de penser, mais aussi notre manière de vivre. C'est pourquoi la
conversion ne peut pas rester purement intérieure.
Comme l'écrit très justement le docteur A. Schlemmer : «
La pensée n'existe pas, par elle-même, séparée du corps...
L'esprit n'habite pas le corps, il est incarné, uni au corps par la
vie. Il n'y a pas une partie de l'homme qui ne soit à la fois corps,
vie et esprit. C'est pourquoi toute réalité intérieure tend à
prendre corps, et se traduit d'une manière extérieure, accessible
aux sens. Nos pensées, nos sentiments et nos désirs modèlent
notre visage, la forme de notre corps, nos gestes, notre voix. Ils
tendent sans cesse à se manifester sous forme matérielle, sous
forme de paroles (qui sont des sons, donc des vibrations de
l'air) et des actes. A tel point qu'on doit refuser de croire à la
sincérité d'un sentiment qui ne change pas les choses autour de
soi, d'un enthousiasme qui n'agit pas, ou d'une affection qui ne
donne rien » (« Le renouvellement de la pensée », page 98).
Une doctrine peut être saisie intellectuellement sans qu'elle
influence notre comportement extérieur, mais la vie éternelle ne
peut être reçue en nous sans produire du fruit dans l'homme tout
entier,
— 28 —

Page 29
esprit, âme et corps (25). Ce fruit, c'est la sainteté (26).
Pour répandre le parfum de Christ en tout lieu dans ce
monde, il ne faut pas seulement avoir entendu parler de Jésus,
ou avoir accepté sa Parole comme la formule du salut ; il faut
être uni à Lui dans sa mort et sa résurrection. Par ce lien inal-
térable, nous sommes maintenus en sa présence, et c'est elle
qui imprègne notre vie de son odeur.
Nous savons tous qu'il suffit de voyager quelques heures
en compagnie de fumeurs pour être, sans avoir fumé,
imprégnés de l'odeur du tabac. De même, sortant d'un cabinet
dentaire, nous n'avons pas besoin de révéler à nos proches d'où
nous venons.
Il en est ainsi de celui qui vit près du Seigneur. Sans
paroles, sa vie exhale le nard de son Bien-Aimé (27). Le
monde doit respirer au contact du vrai chrétien l'atmosphère du
sanctuaire céleste, quelque chose de cette paix qui surpasse
toute intelligence (28), de cet amour qui surpasse toute
connaissance (29), de cette douceur bienveillante du Christ !
(30)
On ne peut avoir de relation personnelle avec Jésus et
demeurer les mêmes. La vraie connais-
(25) 1 Thess. 5 v. 23
(26) Rom. 6 v. 22
(27) Cant. 1 v. 12
(28) Phil. 4 v. 7
(29) Ephés. 3 v. 19
(30) 2 Cor. 10 v.1
— 29 —

Page 30
sance biblique est la révélation d'une Personne qui devient le
centre de nos affections, et dont la Parole réveille notre
conscience, nous instruisant, nous enseignant, nous
corrigeant, afin de nous rendre propres à toute bonne oeuvre
(31)
.
La Croix qui sauve ne laisse jamais l'homme intact. Si
Jésus avait simplement porté une croix sur sa poitrine, Il
n'aurait pas tant souffert, et ne serait pas mort. Cette croix
aurait été une décoration, et n'aurait sauvé personne. La croix
qui sauve crucifie celui qu'elle sauve. Celui qui nous a sauvés
a dû être crucifié. La Croix a été l'instrument de sa mort, et
celui qui est sauvé aujourd'hui par la Croix est crucifié par
elle (32). Il n'y a pas d'Évangile en dehors de cela. L'Évangile
de la Croix, c'est celui qui mène à la mort notre vieil homme,
qui condamne et met de côté la chair pour donner toute
gloire, et toute vie en nous, à Jésus-Christ.
Ce n'est plus moi qui vis, dit l'apôtre Paul, mais c'est Christ
qui vit en moi » (33). La Croix qui sauve, c'est celle qui nous
crucifie, nous brise, nous broie, car c'est de nous-mêmes
avant tout que nous avons besoin d'être sauvés. Alors, la
Croix devient aussi l'autel où se consume une vie entièrement
consacrée à Dieu.
Si tant de gens appelés « chrétiens » restent orgueilleux,
durs, égoïstes, avares, sensuels, tout en
(31)2 Tim. 3 v. 16-17
(32)Gal. 6 v. 14
(33)Gal. 2 v. 20
— 30 —

Page 31
affirmant appartenir à Jésus-Christ, c'est qu'ils ont admis la
doctrine de l'expiation comme moyen de justification (34),
sans avoir accepté la croix qui, seule, met fin à la vie du moi
(35). Voilà pourquoi Dieu ne peut pas les conduire toujours
en triomphe, ni manifester par eux l'odeur de sa
connaissance, en tout lieu (36)
.
Au chapitre trente de l'Exode, versets vingt-deux à trente-
huit, nous trouvons un enseignement remarquable au sujet de
la composition de l'huile sainte et du parfum du sanctuaire.
1. Les différents éléments qui devaient entrer dans la
composition du parfum devaient être pris en parties égales (v.
34). Ainsi, dans le chrétien, parfum de Christ, la vérité et la
charité, la justice et la miséricorde, la douceur et la fermeté,
doivent se trouver parfaitement équilibrées, comme elles le
furent en Jésus de Nazareth.
2. Une fois le mélange obtenu, il devait être pilé très fin,
réduit en poudre (v. 36). Jamais notre nature ne pourra
exhaler le parfum de Christ. Par nature, nous sommes
orgueilleux, implacables, égoïstes, souillés, impurs,
menteurs, injustes. Mais tels que nous sommes, nous
pouvons aller à la Croix où, devant l'amour du Christ, notre
orgueil et toutes
(34)
Rom. 3 v. 21-26
(35)
Col. 2 v. 11-12
(36)
Luc 14 v. 33-35
— 31 —

Page 32
nos tendances naturelles seront brisés, broyés. Alors, de
l'orgueil brisé, se dégagera le parfum de l'humilité, et de tous
nos penchants naturels broyés dans le concasseur des
souffrances du Christ (37) se répandra, pour Dieu, dans ce
monde, le parfum doux et subtil de la douceur, de la bonté, de
la pureté, de la vérité et de la justice du Christ.
3. Ce parfum devait être salé, pur et saint (v. 35). Il doit
en être ainsi de nos vies qui doivent être gardées de la
corruption, préservées de tout mélange étranger et de toute
souillure.
4. Réservé pour l'Éternel, personne n'avait le droit d'en
composer un pareil pour son usage personnel, ni d'en humer
l'odeur. De même, c'est à Dieu qu'appartiennent nos vies, et
nous n'avons pas le droit d'en disposer pour nous-mêmes, pas
plus que nous n'avons à nous complaire en nous-mêmes, en
voulant sentir l'odeur de nos oeuvres (38).
5. Enfin, ce parfum devait être brûlé devant l'Éternel «
chaque matin » et « entre les deux soirs », sur le brasier de
l'autel d'or (39). Pour que l'odeur se répande, il fallait chaque
jour le feu de l'autel. De même, il est nécessaire que le feu de
l'amour de Dieu nous consume pour que le nom de Jésus
répande autour de nous son odeur. Nous
(37)Gal. 5 v. 24
(38)Luc 17 v. 10
(39)Ex. 30 v. 6-8
— 32 —

Page 33
pourrions avoir toutes les connaissances, toutes les qualités et
toutes les vertus, les dons spirituels les plus grands, si nous ne
sommes pas animés par le feu de l'amour divin, le parfum de
Christ ne se dégagera pas de nos vies (40)
.
Chez le chrétien authentique, l'amour de Dieu a été versé
dans son coeur par le Saint-Esprit qui nous a été donné (41).
Ce coeur devient alors un encensoir divin par lequel Dieu
répand dans ce monde le parfum du fruit de son Esprit : amour,
joie, paix, patience, bonté, bénignité, fidélité, douceur et
tempérance (42)
.
Amis, nous arrivons à la fin d'un âge, à l'heure où Dieu va
opérer un grand triage dans la chrétienté (43). Comme au sein
d'Israël dans le désert (44)
,
il y a aujourd'hui beaucoup de gens
de renom dans le monde religieux. Tout en se réclamant de
l'Éternel, comme le faisaient Koré, Dathan et Abiram, ces
hommes mettent en doute l'autorité des Écritures et contestent
leur enseignement (45)
.
Pourtant, ils prétendent apporter
encore un parfum à l'Éternel dans leurs « encensoirs de péché
» (46)
.
(40) 1 Cor. 13
(41) Rom. 5 v. 5
(42) Gal. 5 v. 22.
(43) Apoc. 22 v. 11
(44) Nomb. 16
(45) 2 Pi. 2 v. 1
(46) Nomb. 16 v. 38
— 33 —

Page 34
Qui donc est dans la vérité ? Comme aux jours de Moïse, «
Dieu connaît ceux qui sont siens » (47), ceux qui n'ont d'autre
ambition ici-bas que sa gloire, et qui ne veulent répandre autre
chose que le parfum de Christ, l'odeur de sa connaissance
parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent. Oui,
Dieu s'apprête à manifester les siens par la révélation de ses
terribles jugements. « Qu'il se retire de l'iniquité, quiconque
prononce le nom du Seigneur ! » (48)
Mais depuis longtemps l'homme n'appelle plus le péché
une iniquité (49). Habitué au mal, il a perdu tout sens moral et
va jusqu'à nier le péché. La prédication de la Croix peut bien
lui paraître une folie, et l'expiation, une absurdité, car le sage
de ce siècle est juste à ses propres yeux.
Aucun argument, aucune discussion ne sauraient le
convaincre. Seule la vie sainte des chrétiens pour-rait, par
contraste, lui révéler sa misère, lui faire comprendre la vérité et
l'amener peut-être à saisir la vie! Mais, aujourd'hui, les
chrétiens vivent tellement comme le monde, et se sont
tellement conformés au présent siècle, que le Saint-Esprit ne
peut plus convaincre le monde de péché par la vie sainte des
chrétiens.
Cependant, on ne se moque pas de Dieu, et comme aux
jours des grands révoltés du désert, «déjà
(47) 2 Tim. 2 v. 19
(48) 2 Tim. 2 v. 19
(49) 1 Jn 3 v. 4
— 34 —

Page 35
la plaie a commencé », et des multitudes périssent dans leur
péché (50).
Que ferons-nous, chrétiens, pour sauver ceux qui périssent
?
Comme Moïse et Aaron, n'acceptons pas un salut pour
nous-mêmes ! Humilions-nous, et courons nous placer entre les
morts et les vivants avec un coeur semblable à l'encensoir
d'Aaron, avec une vie dont l'encens salé, pur et saint, fera
propitiation pour le péché du peuple (51)
.
Que là où Dieu nous fait la grâce de vivre, nous puissions,
sans nous occuper du « rideau de fer » ou du « rideau de
bambou », nous tenir « entre les morts et les vivants » et établir
pour le salut de plusieurs « un rideau de parfum », le
témoignage silencieux d'un amour qui supporte tout, croit tout,
espère tout et endure tout (52)
.
Seul cet amour, qui ne périt jamais, peut sauver une âme
de la mort et couvrir une multitude de péchés ! (53)
C'est le parfum de Christ, la vie chrétienne véritable !
(50) Nomb. 16 v. 46 — 1 Pi. 4 v. 17-18
(51) Nomb. 16 v. 47-50
(52) 1 Cor. 13 v. 7
(53) Jacq. 5 v. 20
— 35 —

Page 36
CHAPITRE III
La Lettre de Christ
Alors que la Bible, traduite en une multitude de langues et
de dialectes, est diffusée chaque année en millions
d'exemplaires par toute la terre, l'incrédulité et aussi la crédulité
des hommes vont sans cesse en augmentant.
Le Livre, imprimé en caractères les plus divers, reproduit
dans les versions les plus modernes, autorisé et recommandé
par les plus hautes autorités religieuses et civiles du monde,
n'arrive pas à stopper la marche folle des nations vers la
catastrophe.
D'une manière générale l'enseignement des Écritures ne
s'impose plus. Sa lumière n'éclaire plus les ténèbres de l'heure.
Ses promesses n'arrêtent plus les désespérés sur le chemin du
suicide. Ses avertissements, ses menaces n'effrayent plus les
pécheurs.
Le Livre est là, mais l'autorité de la Parole qu'il
— 36 —

Page 37
révèle semble perdue. Cette Parole est lue sans être vécue,
entendue sans être reçue, écoutée sans être mise en pratique.
Afin que la lettre de la Parole ne se multiplie pas dans ce
monde pour la condamnation des âmes(1), mais pour leur salut,
il faut que les masses déchristianisées puissent voir cette
semence incorruptible (2) germer et porter son fruit sur la terre,
manifester ses effets dans le coeur des croyants.
Les presses du sanctuaire céleste ont besoin non de papier
et d'encre mais de la vie du chrétien pour imprimer, sur les
tables de chair de leur coeur, avec l'Esprit du Dieu vivant (3),
les caractères mêmes du Christ, la volonté du Père, qui doit se
faire sur la terre comme au ciel (4)
Après avoir examiné au chapitre précédent comment un
croyant devient pratiquement le parfum de Christ, nous
considérerons comment sa vie peut et doit être « la lettre de
Christ, connue et lue de tous les hommes » (5) sans distinction
de sexe, d'âge, de classe, de culture ou de langue (6).
Pour nous révéler sa parole éternelle, Dieu s'in-
(1) Jn. 12 v. 48
(2) 1 Pi. 1 v. 23
(3) 2 Cor. 3 v. 3
(4) Matt. 6 v. 10
(5) 2 Cor. 3 v. 2
(6) Gal. 3 v. 28
— 37 —

Page 38
carna en Jésus Christ. « La Parole devint chair et habita au
milieu de nous ! » (7)
Pour répandre la Parole de Dieu sur la terre, il ne suffit pas
d'augmenter le tirage de la Bible, il faut que chaque croyant
livre à Dieu son corps en sacrifice vivant (8), afin que partout
ses membres servent à révéler la volonté de Dieu et à
l'accomplir (9).
Le monde ne se fie plus à la parole des chrétiens. Il veut
une signature (10), une parole écrite non sur du papier, mais
dans notre chair mortelle (11). Le témoignage chrétien doit
avoir dans ce monde la valeur d'une parole écrite. Les hommes
n'écouteront nos paroles que s'ils peuvent d'abord lire dans
notre vie l'enseignement de Jésus (12). Toute vérité qui n'est
pas incarnée dans notre existence n'a ni influence, ni puissance
sur ceux qui nous entourent.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le témoignage
chrétien dans ce monde n'est pas essentiellement oral.
Il faut veiller à ne pas identifier le témoignage chrétien à la
simple prédication de l'Évangile.
La prédication, c'est la proclamation publique de l'Évangile
devant le monde qui l'ignore. Et, pour que cette annonce soit
efficace, elle doit être précé-
(7) Jn. 1 v. 14
(8) Rom. 12 v. 1
(9) Rom. 6 v. 13-19
(10) Job 31 v. 35
(11) 2 Cor. 4 v. 11
(12) Act. 4 v. 13
— 38 —

Page 39
dée, accompagnée et suivie du témoignage de Jésus (13)
,
Le témoignage, c'est l'enseignement constant qui se
dégage d'une vie entièrement consacrée au Christ.
Donc rendre témoignage au Christ, c'est plus que
proclamer l'Évangile aux foules, ou raconter notre
conversion.
II est certes nécessaire pour être sauvé de confesser de sa
bouche le Seigneur Jésus (14) ; mais nous n'avons pas encore
rendu témoignage quand, à l'ouïe de la prédication, nous
avons manifesté publique-ment que nous acceptions Jésus
pour Sauveur.
Seule la foi du coeur en la résurrection de Jésus-Christ,
foi qui accompagne toute conversion véritable (15), donne
naissance au témoignage chrétien, et celui-ci se manifeste
avant tout par une vie transformée.
Toute décision d'accepter Jésus-Christ doit être suivie du
renoncement à soi-même, sans lequel il est impossible de
suivre le Seigneur et de témoigner pour Lui dans ce monde
(16)
.
Savoir que Jésus-Christ a expié nos péchés sur la Croix,
ce n'est pas encore être sauvé.
Croire que Jésus-Christ est mort pour nous, ce n'est pas
encore connaître et expérimenter le si grand salut de Dieu
(17)
.
(13) Apoc. 1 v. 9
(14) Rom. 10 v.9
(15) Rom. 10 v. 9
(16) Matt. 16 v. 24-26
(17) Heb. 2 v. 3

Page 40
— 39 —

Page 41
Accepter toutes les vérités bibliques et continuer de vivre
ici-bas comme auparavant, ce n'est pas appartenir à Jésus-Christ
(18).
C'est de notre condition présente, c'est de notre vie propre
que nous devons être délivrés. Le salut de Dieu ne nous est pas
donné seulement pour éviter un jour le jugement éternel, mais
aussi pour nous sauver de notre misère actuelle et nous faire
vivre sur la terre à la gloire de Dieu.
Ce qui perd les hommes, ce n'est pas d'avoir hérité la nature
d'Adam, le premier pécheur, mais c'est de vouloir conserver
leur propre vie (19) et leur vaine conduite (20), sans se soucier
de Dieu ni de sa loi, refusant sa grâce et le don de son amour :
Jésus. vie nouvelle et éternelle (21)
.
« L'Évangile, écrit Ph. Menoud, est une Personne: Jésus-
Christ. Il est en même temps une doctrine, c'est-à-dire un
ensemble d'affirmations sur cette per-sonne et sur sa
signification pour l'humanité. Les croyants s'engagent envers
cette personne et adhèrent à cette vérité. L'engagement
personnel et l'adhésion doctrinale sont une seule et même
démarche, vu que la doctrine explique la personne et n'est pas
extérieure à elle. La vérité chrétienne n'est pas extérieure non
plus au croyant qui la professe. Car, accepter l'Évangile, c'est
admettre la seigneurie de
(18) 1 Jn. 3 v. 6
(19) Matt. 10 v. 39
(20) 1 Pi. 1 v. 18
(21) Jn. 3 v. 16-21
— 40 —

Page 42
Jésus-Christ sur sa personne, corps et âme, et sur toute son
existence. C'est là l'oeuvre de toute une vie ».
Le témoignage chrétien est tout d'abord silencieux. Sans
parole, le croyant devient ici-bas le parfum de Christ pour
Dieu (22). Sa pensée étant rendue captive de l'obéissance du
Christ (23), sa vie témoigne de la présence de Jésus.
Au milieu de ceux qui croient, sa présence apporte une
odeur de vie qui attire, réconforte et vivifie.
Parmi les incrédules, son passage laisse une odeur de
mort, car toute vie sainte met en lumière le péché des autres,
et porte en elle-même un jugement, la condamnation et la
mort.
Le vrai chrétien n'est pas un homme qui a besoin de se
recommander au monde. Sa vie est sa lettre de créance et
découvre son origine. Ayant renoncé à lui-même, s'étant
chargé de sa croix pour suivre Jésus, il a été crucifié avec
Lui. Désormais ce n'est plus lui qui vit, mais Christ en lui. t
ce qu'il vit dans la chair, il le vit dans la foi au Fils de Dieu
qui l'a aimé et s'est Lui-même donné pour lui (24). Dieu
emploie notre chair mortelle, ce corps que le monde voit,
pour agir et témoigner dans ce monde (25). Marchant
(22) 2 Cor. 2 v. 14-16
(23) 2 Cor. 10 v. 5
(24) Gal. 2 v. 20
(25) 2 Cor. 4 v. 10
— 41 —

Page 43
par l'Esprit, le chrétien n'accomplit plus les convoitises de
la chair (26). Il n'a pas même besoin de parler de sa foi,
car «elle est connue dans le monde entier», comme l'était
celle des Thessaloniciens (27). L'Esprit manifeste en lui
son fruit, et la foi ses oeuvres (28).
Lettre de Christ dans l'Église, sa vie est un modèle
pour ceux qui croient. Sans parole elle enseigne, édifie,
reprend et exhorte.
Lettre de Christ dans le monde, sa vie est un exemple
et recommande l'Évangile aux perdus. D'autres âmes sont
sauvées à son contact et viennent à la connaissance de la
vérité. Désormais ces vies transformées deviendront
elles-mêmes les lettres de recommandation du croyant et
de la doctrine de vie qui l'habite.
A nos arguments, les hommes opposent d'autres
arguments et nos discussions sont souvent stériles.
A une vie, le monde ne peut opposer qu'une autre vie.
Si dans notre comportement ici-bas, dans nos gestes, nos
actes et nos paroles, les hommes peuvent discerner la vie
de Jésus manifestée dans notre chair mortelle, voyant nos
bonnes oeuvres ils glorifieront notre Père qui est dans les
cieux (29).
C'est par des faits que nous pouvons convaincre, et
non par des idées. Il faut que l'Évangile, dans notre vie,
soit un fait, et non une idée. Ce
(26) Gal. 5 v. 16
(27) 1 Théss. 1 v. 8
(28) Jacq. 2 v. 14-26
(29) Matt. 5 v. 16
— 42 —

Page 44
fait, c'est « Christ en nous, l'espérance de la gloire » (30)
.
Ainsi, l'athée qu'aucun raisonnement scientifique ou
aucune preuve mathématique n'aurait pu convaincre de
l'existence de Dieu, croira un jour parce qu'il l'aura rencontré
dans la vie d'un chrétien. Lui qui refusait d'ouvrir la Bible
aura pu lire la Loi de Dieu, écrite du doigt de Dieu, non sur
une table de pierre, mais sur celle de chair du coeur de ce
croyant. Son exemple l'aura conduit à rechercher la doctrine
qui l'inspire, et cette doctrine l'aura amené à la Personne qui
en est l'auteur, la force et la vie.
L'homme révolté par la souffrance et les peines qui
l'accablent, blessé et meurtri davantage par toute prédication,
verra l'acceptation naître dans son coeur, la paix et la lumière
envahir son âme quand, sur sa route, il rencontrera une
douleur plus grande que la sienne louant Dieu pour ses
bienfaits, n'enviant rien du bonheur des autres, oubliant sa
propre misère pour penser avec compassion à la détresse de
son prochain, rayonnant sur tous l'amour de l'homme de
douleur.
Oui, les lettres de Christ ici-bas, ce sont des vies
transformées, capables d'influencer d'autres vies non
seulement par leurs paroles, mais surtout par leur conduite,
leur amour, leur foi, leur pureté (31). C'est
(30) Col. 1 v. 27
(31) 1 Tim. 4 v.12
— 43 —

Page 45
dans notre attitude et notre comportement en toutes
circonstances et en tous lieux que se trouve le témoignage
chrétien.
S'il est exact que la simple lecture de la Bible peut amener
une âme au salut, il est encore plus certain que la vraie doctrine
se propage essentielle-ment par nos vies. Elle attire surtout par
ses réalisations ; elle n'est aimée qu'au jour où, incarnée, on
constate qu'elle est la vie de ceux qui la possèdent.
Ainsi, la v